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Roxanne

juillet 29, 2006

Pour ceux qui s'inquiéteraient du sort de nos prostituées locales, déplacées et refoulées sans ménagement par les forces policières à chacun des 1800 festivals présentés chaque été à Monrialle, sachez que malgré le début des Outgames (comment peut-on penser à nommer un nouvel événement en utilisant le préfixe «out»?) et l'imminent Gay Pride (suivi à la mi-août par le guêpes-pride, partout sur l'île, amène ton épipène!), sachez que toutes les belles et surtout moins belles de nuit sont toujours disponibles dans le Centre-Sud, sur la fameuse rue Ontario, là où la qualité n'est pas un obstacle aux junkies. La direction vous recommande une infinie circonspection (et non pas circonsicion) car elle n'est pas toujours en mesure de spécifier avec certitude le sexe précis de chacun des spécimens que vous accrocherez au cours de vos vagabondages licencieux dans ce secteur de la ville. La prostitution dans notre quartier, c'est une surprise dans chaque paquet (et chaque paquet est une surprise).

Un message sans intérêt public présenté par ton ami Fred, le Tom Sawyer de la rue Ontario.

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Quatre lectures d'été

juillet 23, 2006

i guess i just wasn't made for these times

Tous ces gens, autour, ils le voyaient se promener la tête légère, son chien en laisse, et lui toujours prêt à l'autre bout de la laisse à asséner sur autrui la répartie cocasse. On le pensait déposé dans la vie terrestre pour la gloire et la perpétration de la divertissance. Au bureau, on trouvait chacune de ses phrases entertaineuse à souhait. Les collègues assumaient que dans ses moments d'oubli, ces moments où il fixait le vide, l'au-dessus de sa machine ou le tapis de son cubicule, il était en train de songer à quelque nouvelle réflexion tordue et immensément drôlatique.

Il se sentait comme son chien en fait. À la maison, quand Vesoul se tournait vers le mur, alors lui aussi alors se retournait et fixait le mur, comme un doublon du danois superbe, racé, d’une intelligence rare, svelte et distingué. Le chien s’accordait un temps précieux, toutes les allures d’un repos mérité, le temps précieux qui était le repos de sa propre grandeur. Sans doute se mettait-il à refaire le monde, à le recorriger, parce que le monde est une dictée répétée sans réfléchir, une dictée mal retranscrite, sans sens, le texte est éculé et les erreurs de grammaire nombreuses. C'est du vieux patois, et les correcteurs ont de la presbytie.

Et lui malgré sa superbe et sa verve, et son verbe, et sa verge, pas plus fin qu’un autre, le propriétaire du chien, le propriétaire du mur, il fixait le plâtre et la peinture de couleur crème, parce que c’était le mur qui se trouvait devant ses yeux, alors il le fixait, et ne songeait à rien, à rien, absolument rien. Il regardait le danois du coin de l'oeil: ce à quoi Vesoul pensait, lui, c'est à n'en pas douter, c'est à la mort, et à la vieillesse, et au temps qui a passé. Le maître se retournait et regardait le danois dans les yeux, mais le danois vieux continuait à simuler une fascination par le mur. Il était loin et avait la modestie et l'à propos de paraître un peu simplet.

En public, il avait pris le parti de ne jamais parler de ces choses. Il se taisait comme son chien car ces sujets, ce sont des choses tristes, déprimantes, ce sont des gouffres sans fond, un trou de problèmes insolubles, universels, transcendeurs de frontières, de lutte de classes et d’éons. Il promenait Vesoul, saluait, et glissait un mot ou deux. Partout ça souriait. Le lundi au travail, il longeait les cubicules en dispersant la bonne nouvelle de son arrivée. Vesoul restait à la maison, gardait le matériel et mentalement corrigeait les travers d'un monde imparfait.

Socialement, on le trouvait charmant. Par contre... sometimes ça sortait. Très rarement, seulement dans une frénésie ou un accès de faiblesse. Des fois en tête à tête, des fois quand il avait mal dormi. Ensuite il se sentait plutôt honteux. Qui était-il en effet pour assommer tous ces gens si bons? De quel droit se permettait-il tant de familiarité et d’impudeur? Qu’est-ce qui le poussait donc à s'adonner bassement à des problèmes métaphysiques, à exposer devant public des problèmes terrestres, basiques, aussi sérieux, à savoir la vieillesse et la dégénérescence du corps, l'arthrose, le sens de la vie et la faiblesse des yeux.

*****

Toutes les histoires commencent avec des gens qui sont et se terminent avec des gens qui meurent. Tu n’es pas quelqu’un si tu ne lis pas quatre heures par jour et que tu n’écris pas quatre heures par jour. Tu es quelqu’un si tu médites quatre heures par jour, si tu penses quatre heures par jour, si tu marches quatre heures par jour, si tu marches en pensant quatre heures par jour, si tu regardes tes concitoyens dans les transports en concitoyens pendant quatre heures chaque jour, si tu laves et balaies et aspires et moppes tes planchers quatre heures par jour, si tu fais des kystes aux ovaires quatre heures par jour.

Recommencer à zéro, Chabanel, pleuvoir des crapaux, magasiner des boutons et des rubans, diriger les forces armées au Rwanda, au Canada, au Darfour. Recevoir des numéros de part et d’autre, aller aux parcs, dans tous les parcs, manger des espaces verts, monter dans les troncs, laisser ses jambes balloter de part et d’autre des troncs, manger du verres et boire dans des verres vert, en verre vert, en bois vert. Enjeu de mots.

*****

Au milieu un matelas, et dans la nuit, des ombres de gratte-ciels de cartons, de piles de boîtes à la solidité on ne peut plus incertaine, menaçant de s’écrouler sur celle qui veut bien dormir, mais qui se couche pour la première fois, les yeux plus gris que la panse, dans un endroit nouveau où elle doit dormir pour la première fois. Le vent de la nuit entre très lentement par la fenêtre de la chambre, et ça sent le pipi de chat, la terre mouillée dans la cour, et les cacas de chien jamais ramassés, jamais enfouis. Au matin, le soleil va entrer tranquillement dans la chambre, par la fenêtre sans stores, sans rideaux, sans personne, et pour la première fois, les échos des autochtones, de la faune locale, des animaux de cette ménagerie urbaine, les enfants bruyants, mal élevés, aux joues sales, les futurs caïds du coin et la marmaille du boutte.

*****

L’idée est de ne pas prendre les choses pour ce qu’elles ne sont pas. L’amour comme réel. La commodité comme méprisable. Je suis un grand tauteur et tu es l’amour de ma vie, mais les dimanches seulement. Je t’aime de proche, quand ta peau est dans mes yeux et que je ne peux pas te voir vraiment. Quand mon nez renifle sur ton corps l’odeur de ma propre bave, ça me dégoûte un peu, parce que tu sens moi, tu sens ce qui sort de mon propre corps. Méprendre l’attirance physique, l’entremêler avec une sensibilité artistique connexe, un goût pour le lard brut, l’auto-dérision, le sans-gêne du monde, le manque de gêne face à l’univers, l’irrespect immense pour les décisions lourdes de sens et le respect gargantuesque de ta bouche qui avale le monde entier, avale chacune de ses composantes, avale tout ce qui est et qui ne sera plus, en plissant les yeux de rire et en respirant l’odeur de ta salive sur la chute de reins de mon cou. Je pourrais passer ma vie à te regarder vivre, puis à ta mort convaincre le monde de combien formidable tu étais. Et j’y parviendrais, et ils vivraient tous à travers toi. Tu es une grande tautrice. Tu inventes l’univers comme il aurait toujours dû être.

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Le top 5 du mercredi
Édition spéciale du vendredi!!!

juillet 21, 2006

Le top 5 des nouvelles activités à essayer ce weekend:

1) Le cancer de l'utérus.
2) La géronto-nécrophilie.
3) La lecture du photo-roman «La famille Dutroux à la plage». Dans ce nouvel épisode, les Dutroux rencontrent Guy Cloutier.
4) Rester assis face à un mur à faire rebondir une balle 20 heures par jour en écoutant Pet Sounds des Beach Boys.
5) Le head-butting.

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L'essence

juillet 20, 2006

Quand William Burroughs était au Maroc, complètement intoxiqué, il écrivait et lançait sur le sol chaque feuillet dûment rempli. Il a fallu que ses amis débarquent, qu'ils ramassent les papiers éparpillés et qu’ils tapent à la machine les écrits de Burroughs. Puis ils les firent éditer. Sans quoi, Burroughs ne l’aurait jamais fait, il n’était tout simplement pas en état de faire autre chose qu’écrire.
Nous sommes bien loin de l'état d'esprit et de l'état de conscience du vieux Bill, ici maintenant, quoi que la chaleur des dernières semaines n'a pas grand chose à envier à Tanger. Pour le temps que ça durera, ça tape fort. Je ne publie rien sur le web, parce que les gens ne lisent pas l'internet l'été. Ils sont occupés à acheter de l'essence.

Il y a des jours où j'ai envie de donner mon iBook à quelqu'un, avec tout ce qu'il y a d'écrit dedans, tous mes disques remplis de documents word et de laisser cette personne s'en occuper à ma place: trier le bon du mauvais, faire publier ce qui est publiable. Je sais que ça ne durerait pas deux jours, que le control-freak qui sommeille pas trop loin, au milieu de toute cette apathie présumée, referait surface et demanderait à récupérer son bien, à revoir lui-même, phrase par phrase et mot par mot des dizaines de fichiers, des pages et des pages.

Mardi, dans toute ma journée, j'ai prononcé deux phrases.

J’applique une vraie discipline, ce que je n’ai jamais véritablement fait avant, comme Hemmingway, sauf les électrochocs en moins. Je m'installe sur les terrasses, parfois il y a des gens qui viennent me distraire de mon travail, s'asseoir une heure. C'est bien la seule chose pour laquelle je montre une quelconque discipline ces jours-ci: me forcer à écrire, et le faire de manière cohérente en évitant les bouts de phrases éparpillés ici et là, travailler le même long texte et les mêmes fichiers word over and over again. Et ça fonctionne, c’est d’ailleurs la seule chose dans mon existence qui fonctionne actuellement. Donc, pour ceux qui m’appercevraient sur une terrasse, en plein soleil, sachez que je suis parfaitement heureux puisque la seule chose qui semble compter pour moi fonctionne. Évidemment, le loyer ne se paie pas. Mais il y a des livres qui s’écrivent, qui seront publiés, et dont la vente ne paiera pas les loyers dans le futur.

Si je ne publie pas beaucoup sur le web, c'est que j'essaie d'en sortir.

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Pensées Vagabondes #21

juillet 14, 2006

Un enterrement de vie de Gaston.
Une bouse de cristal.
Trouver une seringue dans une botte de foin.
Manger et pisser.
Shit and drink Pennyroyal tea.
Un noeud Phémisme.
I fought the law, and the fils du juge won.

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Bleus Blues & Mambo Italiano

juillet 09, 2006

Bleus blues

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Les Savardises, épisode 18

juillet 07, 2006

Résumé de l'épisode précédent:

Intoxiqué par un repas douteux, Alexandre Savard devient le patient récalcitrant d'une visiteuse, Monique Liquide, infirmière improvisée. Nous les retrouvons dans un salon du Centre-Sud, alors que la brave femme, essayant sans succès d'administrer à son malade un remède au gros gin, s'aperçoit que le chien de la maison a profité de la confusion pour boire l'alcool fort...

*****
-18-

Ainsi donc, Alexandre Savard, qui selon la rumeur n’aime pas beaucoup lever le coude et, selon les démonstrations publiques qu’il en fit jadis, tient bien mal l’alcool, se tire encore d’affaire. Même souffrant, même malade, même étendu de tout son très long et de son pas très large. Couché de deux tiers sur le vieux sofa, en position d’orgie romaine, devant l’air plus affolé que contrarié de Monique Liquide, Alexandre Savard rigole un peu, de toute la force de ses 35 kilos, or so. Il en oublie presque l’intoxiquation alimentaire dont il a été victime. Le verre d’eau de vide est vie, Savard n’a rien bu, le berger allemand a lappé plein de liquide, et Monique, elle, n’a rien vu. Savard doit son salut à sa déviance argumentatoire, qui le fait picosser sur tout et sur rien, même quand il a tort, et à la complicité de ce chien aussi curieux qu'assoiffé.
Il n’y avait donc pas grand chose à faire. Pressé par Monique Liquide de se prononcer sur l’événement et sur les suites à y apporter, Alexandre Savard envisage un instant d’administrer un lavement à l’animal. Mais c’est un manoeuvre qui n’est pas conseillée, d’abord parce qu’il faut user d’éléments précis et maintenir le chien en posture inconfortable, ensuite parce que ce n’est pas la saison des poires à lavement, mais plutôt celle des pêches à lavement, qui sont beaucoup moins efficaces. De plus, ces dernières ont tendance à couler plus facilement parce que plus juteuses. Il y a toujours quelques kiwis, dont la peau charnue rend l’exercice plus agréable. Quant aux pastèques, et même dans ce cas précis où il s’agit d’un très gros chien, nous préféront ne pas y songer.

« Le mieux », énonce Monique, « serait de le laisser là. Couché ainsi par terre, il ne risque rien ».
« Quelle quantité d’alcool faut-il pour saouler un chien? », demande Savard.

Monique ne répond pas, s’inquiète. Que se passera-t-il si le chien se lève, commence à la courtiser et tente de la ramener vers sa chambre? S'il fait des avances à sa soeur et s'engueule avec son frère? S’il entonne une chanson à trois heures du matin en revenant de pisser dans le parc? S’il urine dehors contre un mur, devant les cops, dans le képi d’un agent? S’il régurgite dans le réservoir d’eau potable?

- Je ne sais pas quelle quantité d'alcool un chien à besoin pour se saouler, mais si jamais il est saoul, couché par terre il ne s’en rendra pas compte !

Monique Liquide, satisfaite d’avoir écarté le souci éthylique et ainsi trouvé sa réponse au problème, à l'os canin, reprend le verre vidé, y verse une seconde rasade de Tanqueray. Elle est bien déterminée à donner à Savard le remède de grand-mère qui lui a été prescrit, avant que le chien, maintenant parti en boisson, ne liquide le reste de la réserve.

à suivre...

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Liens vers les épisodes déjà en ligne

Les Savardises: épisodes un, deux, trois, quatre, cinq, six, sept, huit, neuf, dix, onze, douze, treize, quatorze, quinze, seize et dix-sept.

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Si le monde était l'endroit parfait qu'il devrait être, les Savardises seraient publiées chaque semaine. Mais le monde est un petit peu imparfait sur les bords. La preuve: l'auteur a perdu son emploi la semaine dernière. C'est donc vous dire qu'il a présentement bien d'autres choses en tête. Si vous avez un boulot pour lui, il est possible d'entreprendre d'agrèables discussions à ce sujet en lui envoyant un courriel. Il peut louer ses services comme ami de passage, comme promeneur de chiens, comme escorte dans les cocktails. Il est aussi un complaisant joueur d'échecs qui perd tout le temps. Il n'attend que le travail qui révolutionnera sa vie, la vôtre, et lui donnera l'occasion d'utiliser toutes ces capacités qui ne paient jamais, de devenir enfin un organisme à but très lucratif qui fonctionne. Si vous n'avez pas d'emploi pour lui, vous pouvez toujours relayer sa carte d'affaires à un(e) ami(e), ou encore vous procurez un magnifique t-shirt de la collection rappaz.net, ce qui permettra à l'auteur d'empocher deux dollars de profit, c'est-à-dire le prix d'un pain tranché au Métro Sous le Pont, qui est situé, comme son nom l'indique, sous le pont.

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kanadadé

juillet 03, 2006

Dans le parc, un soûlon attablé a souhaité «Bonne fête du Canada» à Pierre-Paul. C'était la première fois que quelqu'un souhaitait «Bonne fête du Canada» à Pierre-Paul. Pierre-Paul est né dans l'est. Il ne voit pas souvent des Anglais. Pierre-Paul était heureux de l'attention. Pierre-Paul n'est pas un rabat-joie. Il n'a pas fait remarquer au soûlon que c'était déjà le 2 juillet. L'autre soûlon, assis avec le premier, a dit ensuite avec un gros accent du terroir: «Happy Canada Day», parce qu'il ne savait pas si Pierre-Paul parlait français ou anglais. Les deux langues z'officielles. «C'est si beau notre pays», s'est dit Pierre-Paul. Il a voulu faire le salut au drapeau, mais il n'y avait pas de drapeau. Tous les drapeaux étaient occupés à recouvrir les cercueils de nos soldats qui rentraient d'Afghanistan.

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