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Le top 5 du mercredi

juin 28, 2006

Cette semaine: le top 5 des expressions et lieux communs faisant ces jours-ci l'objet d'une utilisation abusive.

5) «Détrompez-vous»
4) «Tenez-vous le pour dit»
3) «Musique émergente»
2) «Bouncer»
1) «Le numéro local que vous avez composé doit être précédé de son indicatif régional...»

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Lettre à Memphis #058

juin 26, 2006

Ma très chère amie et voisine. A peculiar thing happened to me last night. When i woke up this morning, c'était comme si j'avais pogné un warp durant la nuit, c'était comme si le continuum espace temps s'était brisé, déréglé. Comme si j'avais voyagé et que j'avais échoué dans un monde tout autre que celui qui, hier soir encore, prévalait. A travel through a tube, à travers le temps et les époques, et les éons. Bref...

... je crois avoir vieilli de 25 ans en une seule nuit...

... je n'ose pas trop monter d'un étage et me présenter à vous...

Pour vous préparer au choc d'un rappaz de 27 ans prisonnier d'un corps de 52 ans, voici une photo prise alors que je réfléchissais à ma nouvelle condition...

PaulR15.jpg

Qui est le président des États-Unis en 2031? Ronald Reagan? L'acteur?! Et qui est le vice-président? Jerry Lewis?

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Pensées vagabondes #20

juin 20, 2006

Dès que nous franchîmes l'entrée du club privé, on nous demanda de choisir une divinité censée nous représenter. Pratiques, nous choisîmes Shiva, car ses nombreux bras favorisait le pognassage. Nous fûmes introduit dans une très grande salle, dont nous jugeâmes la température inadéquate. Pressé d'étrenner nos nouveaux attributs, je fermai quatres fenêtres rien que d'une chotte tandis que ma concubine, pour éviter le brettage, donna l'accolade à six personnes en même temps. Nous fûmes rapidement convaincus de laisser tomber nos vêtements, que nous enlevâmes, et les convives eurent tôt fait de nous demander de faire de même avec notre passé simple.

*****

Dieu acheva au septième jour son oeuvre. Il s'ouvrit une cannette de bière et partit le BBQ.

*****

Poussant l'Oedipe jusqu'à l'audace, le gigolo Italien se choisit une épouse en tous points conforme à la sauce à spaghetti de sa mère, c'est à dire riche et épaisse.

*****

Au septième jour, Dieu voulut s'ouvrir une bière, mais se rendit compte qu'Il avait oublié de créer les dépanneurs.

*****

Au Louvre, ce touriste causa grand scandale en touchant l'anus de Milo.

*****

Au septième jour, Dieu se rendit au dépanneur, mais se rendit compte qu'Il avait oublié son porte-feuille.

*****

Il fallait toujours qu'elle soit meilleure que tout le monde. Par exemple, elle cherchait deux aiguilles dans une botte de foin.

*****

Au septième jour, Dieu déboucha ce qu'Il croyait être un grand cru. Mais comme le monde n'existait que depuis six jours, c'est un vin jeune, au goût bien fade, qu'Il dut boire.

*****

Croyant faire une bonne affaire, l'Iroquoise ingénue échangea sa fourrure contre une syphillis toute neuve.

*****

Vers la fin du septième jour, après que le dépanneur eut fermé, que la piquette eut été bue en entier et que la pluie mit fin aux espoirs d'un barbecue, Dieu commençait à trouver le temps long. Pour se distraire, Il décida d'inventer le papier-bulles pour protéger les paquets, avec les petites bulles que tu peux pèter.

*****

Lire aussi: Pensées vagabondes #19.

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Le septième jour

juin 18, 2006

Dimanche. Jour du Saigneur. Le monde arrête de tourner. Les sites de nouvelles updatent comme pas vite. La grosse Presse remplit ses pages avec des cahiers spéciaux et des légèretés de circonstance. Sur le Plateau, deux citoyens au moins n'ont pas leur journal dominical, parce qu'un fêtard expatrié, après huit rhums and coke dans un party, vole les copies fraîchement livrées aux portes, en cherchant à marcher jusqu'à son lit. Le dimanche tout est au ralenti. Dans ton email, juste des vieilles phrases. C'est le meilleur temps pour lire ton spam. Ça fait longtemps qu'Enlarge Yourpen t'as pas écrit. Mélancolie.

spam pam pam

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Les Savardises, épisode 17

juin 17, 2006

Résumé de l'épisode précédent:

Entraîné par d'irrépressibles pulsions carnivores, Alexandre Savard a été intoxiqué par un repas douteux. Apparue au moment inopportun dans l'appartement du Centre-Sud où s'écroule Savard, Monique Liquide s'improvise infirmière. Elle essaie de lui administrer la cure au gros gin censée soulager son mal, mais elle doit évoluer entre un malade récalcitrant, amateur de discussions oiseuses, et un chien gigantesque qui rôde autour du moribond.


*****
-17-

Alexandre Savard saute sur l’occasion :
« Qu’est-ce qui te dit que c’est la viande pour commencer?»
« Ça me semble évident!»
« Absolument pas. Ça peut être n’importe quoi!»
Monique a l’air tout sauf convaincue.
« Ça pourrait être les maukicour, tout le monde attrape ça» insiste Savard.
« C’est le steak.»
« Ce n’est pas le steak!»
« Quoi d’autre alors?»
« Le chien en a mangé aussi, du steak : est-ce qu’il a l’air malade? Non, il est tout à fait normal, bien portant...»
« Ça ne prouve rien, ce chien n’est pas normal justement! C’est un chien atomique! Tu te rappelles la fois où il a mangé les cigares aux choux?»
« Il a pas été malade, non. Mais on a senti ses conséquences gastriques pendant 3 jours!»
« Bof. Tu sais ce qu’on dit du chou...»
« La fois où il a mangé l’huile qui restait dans une casserole, il a été atomique, comme tu dis, cette fois là? Il a été aussi malade que n'importe qui»
« Ça ne prouve rien non plus! Qui n’aurait pas des nausées après avoir bu deux litres d’huile de canola! Toi peut-être?»
« Il a pas eu des nausées, il a eu la diarrhée!»
« Peu importe»
« L’huile m’a jamais donné la diarrhée!»
« Bon, écoute...»
« J’ai bu des litres d’huile de canola dans ma vie! Et je n’ai jamais eu la diarrhée, tu sauras!»

Monique Liquide s’écrase sur la table basse du salon, s’essuie le front, et décourage un peu. Sa main, du revers, va chercher le verre de Tanqueray, et, le saisissant, elle le balance sous le nez d’Alexandre Savard, dont la discussion et la fascination pornographique pour les débats inutiles la font transpirer plus que jamais.

« Quoi ?» demande-t-il en reprenant son souffle; et sa face exsangue ne l’est plus, rougie par l’effort et l’emportement.
« Bois! ... Faut que tu boives ça!»

Alexandre Savard regarde Monique Liquide d'un air drôle, baisse la tête vers le fond du verre, regarde sa soigneuse à nouveau.
« Il est vide, ton verre...»

Monique Liquide regarde le verre: vide, en effet. Les deux doigts d’alcool british auraient ainsi donc filé à l’anglaise? Elle regarde le verre, étonné, puis fronce les sourcils en direction d’Alexandre Savard.
Et enfin, en se retournant lentement, elle baisse les yeux sur le berger allemand, couché par terre, en rond de chien, haletant et souriant, des kilomètres de langue mouillée pourlèchant son museau roux.

à suivre...

*****

Liens vers les épisodes déjà en ligne

Les Savardises: épisodes un, deux, trois, quatre, cinq, six, sept, huit, neuf, dix, onze, douze, treize, quatorze, quinze et seize.

*****

Les Savardises devraient normalement être publiées chaque semaine, d'autant plus que l'auteur possède des tiroirs pleins d'épisodes déjà écrits, mais comme il est aussi assez pogne-cul, il ne peut pas vous promettre de publier ces épisodes avec régularité. Vos commentaires sur les aventures d'Alexandre Savard peuvent cependant le ramener à l'ordre. Et en ce qui concerne Alexandre Savard, le vrai, il paraîtrait qu'il fait beaucoup d'apparitions publiques ces temps-ci. Surveillez-le, il a même un t-shirt à son nom.

* Visitez le profil rappaz.net sur MySpace.

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Le top 5 du mercredi

juin 14, 2006

Cette semaine, le top 5 des choses que le néophyte devrait éviter de dire pendant la Coupe du monde:

5) Vous avez peut-être une meilleure équipe, mais nous autres on mange à notre faim.
4) On a massacré les Français zéro à zéro!
3) Le Brésil, non mais, vous avez gagné quoi vous récemment, hein?
2) C'est vrai que si vous gagnez pas, après y vous torturent?
1) Comment? St-Pierre et Miquelon est pas qualifié?

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«Le truc c'est de faire tout à la botch» (02 avril 06)

juin 12, 2006

(Texte publié sur P45.ca).

« Allo? »

Le commis répond en anglais au client juste avant, et au téléphone : « Not yet ». Déposer le sac de croustilles et le chocolat en barre sur le comptoir. « It’s the first day of the month! Everybody’s happy here!».
La nuit de printemps, l’été hâtif, mars pas encore terminé, la nuit est chaude. On ne sort pas sans blouson, sauf si l’on est particulièrement non-frileux, mais il se trouve tout de même au fond de l’air une chaudeur, un bloc de fond chaud, une brique d’humidité relative à la hausse, un chaud newyorkais je dirais, mais ce n’est pas Williamsburg mais St-Henri, rue Notre-Dame, kek part, le long. Karaoké absent ce soir, ce n’est sans doute pas la saison, mais à une des tavernes du quartier, on a ouvert les grands châssis qui donnent sur un quartier résidentiel. Sur le balcon opposé, de l’autre côté de la rue, une jeune Marocaine tout ce qu’il y a de bien, avec une peau magnifique, s’appuie sur la rampe pour parapher un bail bleu et blanc, sur lequel se penche avec elle un vieux propriétaire bien d’ici, la mèche poivre et sel qui se détache d’un front dégarni, froncé sur la signature, incliné vers l’avant. Les bourgeons leur tombent dessus, c’est comme du houx sur le nouveau bail et ils célèbrent leur nouvel union. Bienvenue dans le coin, et le comité d’accueil boit et rit pour votre débutance.

On jase fort, dans une dronquerie du coin, doit faire des heures qu’ils boivent, ces gens-là, qu’ils buvettent devant les baies vitrées ouvertes. Il est à se demander s’ils ont fait la même chose dans Centre-Sud, si on entend le karaoké à partir de la maison, ce soir. Et la saison de hockey qui n’est même pas encore terminée! Chez Brière, entre deux joints on doit regarder la télé suspendue au-dessus du slicer à viande; et pendant que le steak haché gris pourrit dans le display, on regarde la raie du gardien, du nouveau héros, parce qu’on aime les gardiens de but héroïques, à quelques secondes de la fin du match, à 15 minutes 37 secondes, le but du Canadien par le numéro 11. Troisième période. Printemps hâtif, accéléré, précipité, exagéré, abusif, et fonte des glaciers encore. Ère de temps liquides, qui approche...

Un chansionner gratte approximativement une guitare au fond du bar. Guy tare. La gratte mal. Lui aussi boit depuis longtemps. Ou peut-être pas, dans le fond, mais quoi qu’il en soit, il ne l’aura pas facile ce soir. Mais lui aime ça, parce que dans le fond ça participe. Ça lui hurle des demandes spéciales, des chansons plates que lui aime quand même, et sait jouer, même approximativement, et il fera aller sa voix rauque.
Ça chante parfois avec et parfois ça n’écoute pas. Les boules de brillard s’entrechoquent, les brûlures d’estomac s’organisent, et finalement il aime ça, et dans les pharmacies de tous ces buveurs, et de tout ce quartier, le Maalox blanchit en paix, attendant patiemment jour de gloire.

S’engage dans la rangée, à la caisse : survêtement gris, mais un gris propre, coupe jogging. Son visage est lisse, pâle, n’a pas sorti de l’hiver, si ça se trouve. Des traits bien définis et une peau de fesse dans la face, une fesse de cul, fraîchement rasée. Il s’est rasé ce matin, est allé changer son chèque. Maintenant achète une litière pour son chat –où chiait-il donc avant ce soir?- et un sac en poignées, à plastique, recyclable, transporte une bière, grosse bouteille. Consignée.
Rêve d’un scotch. D’un bourbon. D’un peignoir. Un Hugh Hefner de lui-même. Joue, gratte, guitare, le printemps lui chauffe la cenne. Quelque chose, un breuvage qu’aurait de la classe, limpide. Qui ne bourre pas. Bourativité.


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Pensées vagabondes #19

juin 08, 2006

Cette nuit là, le barman réussit à lui tirer les verres du nez.

Le lendemain matin, il se réveilla avec les yeux en face des trous les trous en face des yeux.

Toujours optimiste devant l'adversité, Thérèse voyait chaque nouvelle infection à levure comme une excellente occasion de préparer son propre pain.

Soucieuse d'allier toujours la motricité à la détente musculaire, elle eut un jour la géniale initiative de consacrer sa vie à la chaise berçante.

Puisqu'il était un physicien très bien élevé, il n'émettait après les repas que des gaz nobles.

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Le top 5 du mercredi

juin 07, 2006

Preventing Football

Cette semaine: le top 5 des choses à ne pas faire pendant la Coupe du monde de football, qui débute dans deux jours.

5) Entrer dans un bar, changer le poste de télévision pour la finale de la Coupe Stanley.
4) Se plaindre des matchs qui se terminent 1-0.
3) Téléphoner Ron Fournier à la radio et espérer en parler avec lui.
2) Espérer voir l'équipe du Vatican en shorts serrés.
1) Attendre le premier match de l'équipe du Canada.

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Les Savardises, épisode 16

juin 06, 2006

Résumé de l'épisode précédent:

Entraîné par d'irrépressibles pulsions carnivores, Alexandre Savard a été intoxiqué par un repas douteux et se tord de douleur dans son appartement du Centre-Sud. Monique Liquide, s'improvisant infirmière, décide de le soigner en lui imposant une cure au gin, après avoir découvert sous un buffet une bouteille de boisson qui doit, selon des avis plus ou moins éclairés, soulager le souffrant de son mal. Savard, tombé en état d'inconscience, se réveille en éructant.

*****
-16-

« Mais qu'est-ce que tu fous?» s'exclame Savard, ayant roté tout son soûl, et revenant rapidement aux humeurs vindicatives qui sont usuellement les siennes. Son teint est vert et son haleine sent le sang.

Monique Liquide, a un mouvement de recul, elle protège son visage pendant que l'haleine de Savard menstrue devant son visage. Elle justifie le brassement vigoureux qui a réveillé le malade: « Ben... je croyais que t'étais mort»

Alex tourne la tête et enfonce son visage dans le sofa, ce qui est une heureuse nouvelle pour l'atmosphère de la pièce. L'odeur se dissipe et Savard, dans le coussin, bougonne: « J'irais pas jusque à dire ça. Ce serait un peu exagéré.»

« T’as mangé quoi au juste?» demande Monique.
« De la viande»
« De la viande comment?»
« Du steak haché»
« Eh voilà!» s'exclame-t-elle.
« Eh voilà quoi?»
« Tu l’as bien fait cuire au moins?»
« Oui»
« Certain?»
« Probablement»
« Probablement... il est où le steak?»
« Dans mon ventre, je l’ai mangé»
« Au complet?»
« Ben ouais, évidemment. On fait pas cuire de la viande pour la jeter!»
« À voir l’état dans lequel tu te trouves, tu aurais peut-être eu intérêt»

Monique Liquide s’est levée et reprend l’inspection des cuisines savardéennes, cette fois non pas pour trouver le Tanqueray (la bouteille repose, ouverte, la face ouverte vers le monde, sur l’îlot qui sépare la cuisine du salon, et le verre, deux doigts de gin dedans, est sur la table basse, à quelques centimètres d’Alex) mais en quête de pièces à conviction. De miettes à conviction. Résidus de viande hachée mal cuite, bout de rouge froid, mou, plein d’e-coli et de coliformes. Elle regarde, tasse les plats, va jusqu’à entrouverir un sac à ordures vert puant pour jeter son oeil bleu dans le contenu noir.

Savard, tout en s’évachant de nouveau dans le sofa, souffle : « Tu cherches quoi encore?»
« Des preuves!»
« Laisse faire, mais on s’en fout. Tu veux faire quoi? Appeler un détective, un enquêteur, un médecin légiste? ...Au fait, t’étais pas supposée me soigner?»

Ramenée à ses devoirs d’infirmière improvisée, voilà Monique qui s’élance au-dessus de l’îlot, glisse sur la pantry, et retombe dans le salon dans un fracas qui ameute le chien. Imposant et alarmé, ce dernier entre en course et scrute la visiteuse.

à suivre...

*****

Liens vers les épisodes déjà en ligne

Les Savardises: épisodes un, deux, trois, quatre, cinq, six, sept, huit, neuf, dix, onze, douze, treize, quatorze et quinze.

*****

Les Savardises devraient normalement être publiées chaque semaine, d'autant plus que l'auteur possède des tiroirs pleins d'épisodes déjà écrits, mais comme il est aussi assez pogne-cul, il ne peut pas vous promettre de publier ces épisodes avec régularité (sans médicaments). Vos commentaires sur les coquettes aventures d'Alexandre Savard sont toujours appréciés. C'est même pour ça que le site existe. Vous pourriez peut-être un jour rencontrer le véritable Savard (si Savard existe...)

* Visitez le profil rappaz.net sur MySpace.

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Entretien avec Alexandre Savard

juin 05, 2006

*Alors que le 16ème épisode des Savardises, attendu depuis des semaines et finalement prévu pour le 6 juin, se laissait désirer, l'équipe de rappaz.net s'entretenait avec Alexandre Savard, à la faveur d'une rencontre fortuite devant sa modeste demeure du quartier Centre-Sud.*

-Tiens, Alexandre Savard!
-Hey man, sont où mes aventures?
-Je sais pas, j'ai pas eu vraiment le temps de m'en occuper ces derniers temps.
-Tu dois être pas mal occupé, avec Nightlife, P45, ainsi de suite...
-Absolument pas! C'est assez tranquille en fait.
-Tu viens pas d'envoyer un nouveau texte à P45?
-Oui, mais c'est une nouvelle écrite il y a un an et demi. J'en ai coupé un bout, j'ai refait une phrase... C'est tout. J'ai besoin de tout mon temps libre pour ne rien faire ces temps-ci.
-Et le travail alors?
-Non, travaille pas. Chômage. Rien à faire, sauf écrire. Je suis un starving artist maintenant.
-Mais même avec tout ce temps libre, tu n'écris pas mes aventures...
-Mais tu fous rien!!! Donnes moi quelque chose pour m'inspirer!! T'es d'un ennui mortel ces temps-ci, Alexandre Savard!
-Il me semblait que c'était de la «fiction», que rien de ce que tu écris ne m'arrive pour vrai. Dans ce cas là, c'est ton travail d'inventer des histoires!
-Il fait beau, c'est l'été! Penses-tu que je vais m'enfermer chez moi devant un ordinateur?
-Probablement, oui, ce serait ton genre!
-Non monsieur. Je prends l'ordinateur, et je l'emmène ailleurs.
-Ailleurs où?
-Les parcs, les cafés...
-Les Starbucks!
-Le musée national de l'aéronautique, les grands ballets canadiens, les restaurants sans fumée, le poste 22, area 51, le 1000 de la Gauchetière, le Pho 2000, les faubourgs de Verdun, l'échangeur Turcot, le parc du Portugal, whatever, name it.
-Tu te promènes avec ton laptop?
-Yes, monsieur.
-On t'a même pas vu à aucun show récemment. Même qu'on est voisins et que je te croise même pas dans les escaliers.
-Bof, les shows... je n'ai pas envie de voir des shows. Ni de sortir d'ailleurs. Pas le temps, pas l'argent, pas l'envie.
-Muriel me disait que t'étais sorti avec eux autres vendredi dernier, pourtant.
-Ah ouais mais ça c'était une exception! C'est pas pareil! J'ai rencontré Annie Q sur Ste-Catherine dans l'après-midi, et elle m'a traîné un peu partout, à ses frais. J'ai même vu où Leonard Cohen habite.
-Tu l'as vu?
-Non, juste sa maison. Pas tellement grande d'ailleurs. Je pense qu'il n'a plus d'argent.
-C'est ce que j'ai lu dans le journal.
-Il est en ville ces temps-ci. Tous les médias de la ville en mouillent leur culotte.
-Toi aussi, à ce que je vois.
-Mais c'est Leonard! Monsieur Cohen!
-Bon faut je y aille. À quand la suite de mes aventures?
-Demain. Demain promis. En attendant, va relire ton épisode 15, pour te rappeler de ce que tu faisais.
-Je faisais quoi?
-Rien, tu faisais rien justement, t'étais malade. Va lire.
-Et je vais m'en sortir?
-Merde, est-ce que je le sais, Alexandre Savard? C'est TA vie!
-C'est pas de la fiction?
-Fiction, anti-fiction... où est la différence?
-Je te comprends pas. Et puis ton site m'ennuie, il ne se passe rien dessus.
-J'ai pas le temps, je travaille!
-Tu viens de me dire que t'as perdu ta job?
-J'ai jamais dit ça! Je suis parti. J'ai quitté. Démissionné. Je suis là, mais i'm dead. Mort. Mon cerveau est ailleurs.
-Tu va faire quoi maintenant? Tu cherches?
-Absolument pas. Je reste ici. J'écris. J'essaie d'atteindre le nirvana.
-Et tu penses y arriver?
-Probablement pas. Mais ça ne coûte rien d'essayer. En fait, c'est un objectif de vie assez économique.
-En regardant le mur? En écrivant?
-S'il y a une façon dont je peux y arriver, je pense que ce sera de cette manière. C'est la seule raison pour laquelle je suis sur cette terre.
-...
-Écrire, et aussi être gentil avec mes semblables. Mais les semblables sont déraisonnables. Je pense qu'ils ne veulent pas toujours qu'on soit gentils avec eux. Ils font exprès pour nous irriter.
-Et ils feraient ça pourquoi, selon toi?
-...je ne sais pas... je pense que c'est peut-être parce qu'ils ont peur? Mais c'est facile à dire.
-Facile à faire aussi. C'est très facile d'avoir peur.
-Tu as peur de quoi alexandresavard? Toi, un grand canadien, une nouvelle race de héros, dis-moi ce qui te fait peur.
-J'ai peur qu'on ne m'aime que pour la gloire que vous m'avez procuré, Muriel et toi. J'ai peur qu'on m'aime pour le namedropping que tu fais, pour l'utilisation abusive de mon nom. Mais pas pour mes qualités intrinsèques.
-Alors, c'est pour ça que tu te sauves? Que tu changes de quartier, que tu déménages dans trois semaines?
-Non.
-C'est pourquoi alors?
-Pour rien. Tu devrais le savoir mieux que moi. C'est toi mon biographe, c'est toi qui penses tellement connaître ma vie que tu l'écris avant même que je la vive. Toi, t'as peur de quoi?
-Essaie pas de changer de sujet.
-Je ne change pas de sujet. Je suis toujours le sujet de tout! Tout commence et finit avec moi! Ça fait un an que je vous entends prononcer mon nom. Que j'entends mon nom comme je ne l'ai jamais entendu! Quand je suis arrivé, j'étais Alex. Maintenant je suis «alexandresavard». Je ne suis même plus une personne, même plus un nom, juste un trademark. Il manque juste un «point org» à la fin. Vous en parlez constamment de mon nom, j'en entends parler toujours, et internet en est plein! Plein de mon nom! Pour une fois, je peux bien détourner l'attention de ma personne.
-Tu ne devrais pas. Tu devrais attirer l'attention sur toi. Tu devrais être quelqu'un, être grand. Tu as le droit d'être grand toi aussi, et tu devrais travailler pour ça.
-Qui a dit que je devrais l'être? M'as-tu déjà entendu dire que je voulais devenir quelqu'un de «grand»
-Tu n'a pas à le demander, c'est ce que tu dois faire. C'est dans tes entrailles, dans ton ADN, dans les lignes de ta main.
-Toi tu as peur de quoi?
-Moi? J'ai peur de ne pas être un grand écrivain. J'ai peur de détourner l'attention en sortant de la maison, en faisant du bruit, en ayant des cheveux qui brillent. J'ai peur de ne rien écrire de pertinent, qui ne saurait toucher personne, pas le moins du monde.
-Tu écris pour atteindre le nirvana, tu n'écris pas pour faire plaisir au monde!
-J'écris pour faire plaisir au monde, et pour qu'ils aiment ce que je fais, parce que c'est la seule chose avec laquelle je ne pense pas pouvoir les décevoir. Au pire, si c'est mauvais, comme ils n'auront rien demandé, ils ne m'en voudront pas. Je ne peux acheter de cadeaux à personne, parce que je n'ai pas d'argent. Je ne peux pas les tenir dans mes bras, parce que c'est contre les bonnes moeurs, notre éducation et les habitudes de notre pays. On ne peut pas parler aux gens de trop près dans le métro, ce n'est pas dans notre culture, et puis il y en a qui puent de la gueule et qui ont des postillons. Je ne peux pas faire les volontés de tout le monde, de n'importe qui non plus, dans le seul but de me faire aimer. Je n'ai qu'une seule chose à leur donner, et peut-être bien que cette chose là ne sera pas assez bonne assez pertinente. Je n'ai que des histoires courtes, des fausses correspondances, des emails inspirés, des off-Memphis comme je les appelle, des phrases bizarres et drôles et amusantes et saugrenues qui m'arrivent comme des flashbacks arrivent à un vétéran du Vietnam. Ça me cogne dessus dès que j'ouvre les yeux! Dès que je me lève le matin, dès les premières secondes, te rends-tu compte?? Je suis supposé faire quoi avec ça??
-Je veux trouver une fille, et faire un avec cette personne là...
-Tu es déjà «un», alexandre savard! Tu n'a pas besoin d'une autre personne pour t'aider à faire «un». Un plus un égale toujours deux. Faire les quatre volontés des gens ne donne rien. C'est une mauvaise façon de procéder.
-Tu l'as essayée?
-Non. J'aurais voulu, à une certaine époque, mais je n'ai pas été capable. Mais j'ai vu faire. Les gens te méprisent quand tu leur donnes tout. Un jour, quelqu'un a essayé de me donner un cadeau pour mon anniversaire. J'ai détesté ça. Je veux me faire oublier.
-Tu ne peux pas te faire oublier, tout le monde parle tout le temps de ce que tu fais. Tout le monde aime tes trucs sur le web, je n'ai jamais entendu personne en parler en mal.
-Je veux me faire oublier, je ne veux pas qu'ils me voient en public, au milieu de plein de gens, à moins que ce ne soit dans le soleil, avec les cheveux qui brillent, et un grand sourire. Un très grand sourire et d'excellents cheveux.
-Moi je ne veux devenir quelqu'un. Je veux que les gens aiment le vrai Alexandre Savard, moi, ma personne. Pas le nom qu'ils ont lu sur ton site web ou des pseudo-aventures qui n'ont jamais existé.
-La passe dans le métro, quand la bonne femme te fixait, c'était vrai! Tu me l'as racontée toi même!
-Oui presque vrai, mais sinon c'est du n'importe quoi. Je veux être reconnu pour moi-même, pour ce que je suis. Je ne veux pas que les gens viennent me parler dans les bars, dans la rue, parce qu'ils savent que je suis le type qui porte le nom d'Alexandre Savard, le nom que des gens répètent tout le temps. Je veux qu'ils reconnaissent ma personne, qu'ils l'apprécient et qu'ils l'aiment, comme si je ne portais pas ce nom là, comme si je n'avais pas de nom.
-Je ne veux pas être vu. Je veux que les gens lisent et soient heureux de lire ce que j'ai écris. Je ne veux pas qu'ils m'aiment moi, je veux qu'ils aiment ce que je lance sur le monde, parce que c'est la seule raison pour laquelle je suis ici. Je suis un projet. J'ai été pitché ici comme une oeuvre inachevée, c'est bien la moindre des choses que j'essaie de la finir. J'essaie d'être un boddhisatva. Je veux être un saint, calice. Personne ne le voit? Ça suinte de toutes les pores de ma peau. Je ne suis que ce que je donne au monde. Mais ce que j'ai a donner ne guérit pas la variole, ne règle pas la famine dans le monde ni les changements climatiques ni la haine ni le racisme, ni le mépris, ni les nids-de-poules, ni les verrues, ni les nébuleuses terroristes ou les gaz à effet de serre.
-J'aime les nébuleuses terroristes. Et les gaz à effet de serre aussi. Je veux dire... pourquoi recycler? Pourquoi remplir mon bac vert?
-Tu ne voudrais pas vivre à une autre époque des fois? Une époque propre?
-Aucune époque n'a été propre. Celle-ci peut être plus sale ou moins sale que les autres, peu m'importe. C'est celle dans laquelle je vis, et j'en accepte même les défauts. Je n'aurais aucun problème à mourir dans un autobus qui saute. C'est la façon de mourir de nos jours. Autrefois les gens mourraient d'un paquet de maladies que maintenant on guérit en deux semaines d'antibiotiques. À la place, les bus explosent, et les édifices gouvernementaux. C'est l'Amérique et c'est où je suis né. Et ce sont nos manières de mourir. Et puis si notre génération doit voir la fin des temps, alors je serai heureux de voir la fin avec tout le monde, parce que mes grands-parents, mes arrières grand-parents, mes bisaïeux et mes préhisto-ancêtres, mes homo erectus, mon arbre générationnalogique, toutes les branches du ptérodactyle à l'humanoïde, n'auront pas eu la chance de la voir. Mais moi oui.
-Tu ne trouves pas compliqué de vivre au 21ème siècle?
-Non. Au contraire, il n'y a rien de plus facile. Les façons de mourir sont déjà toutes prêtes, elles sont dans ton champ de vision, et tu as tout ton temps pour choisir laquelle, rapport à l'espérance de vie. Et toi... c'est compliqué d'écrire et d'être sur terre pour faire ça? Ça fait mal?
-C'est la chose qui me procure le plus de plaisir au monde. Le jour où ça m'occasionnera de la souffrance, je n'écrirai plus jamais une seule ligne de tout le reste de ma vie. Je ne crois pas à ceux qui disent que l'on doit souffrir pour créer quelque chose.
-Et tu penses que tu va réussir sans avoir mal?
-Absolument. C'est la seule manière de réussir quelque chose. L'effort ne doit pas naître de la douleur.
-Tout me semble extrêmement difficile.
-Quoi?
-Être quelqu'un. Trouver des gens. Faire «un». Avoir un avenir. Avoir une bonne alimentation. Mais vous dites que je ne fais pas d'effort, que je m'apitoie tout le temps.
-Ce n'est pas que tu ne fais pas d'efforts. C'est que tu penses que tu dois souffrir, être mal à l'aise, pour faire des efforts, et pour arriver à quelque chose. L'univers n'a plus besoin de gens qui sont mal à l'aise. C'est fini. Les gens sont suffisamment mal eux-mêmes, ils ne veulent pas s'encombrer de quelqu'un qui leur rappelle tous les jours qu'ils n'entrent pas dans le moule, et la planète elle-même en a assez. L'univers est écoeuré, man. Il commence à se faire de l'effet de serre à cause de ça. La goutte est sur le point de déborder. Dieu a assez vu de gens qui se plaignent et qui râlent sous son toit. Saint-Pierre veut que quelqu'un défonce la porte d'entrée à grands coups de bottes à cap au lieu d'entrer la tête penchée.
-Je pense que c'est la fin.
-Je pense que c'est réellement la plus belle époque de toute l'histoire de l'humanité, depuis les ptérodactyles et depuis les stromatolites du précambrien.

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Frederic Rappaz © 2002-2008
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