
Ainsi donc, les partis d'opposition ont fait tomber le gouvernement après seulement 519 jours de pouvoir chancelant et d'histoires de corruption. Nous retournerons donc aux urinoirs le 23 janvier prochain, pour réélire à peu près les mêmes députés, des mêmes partis politiques, dans les mêmes circonscriptions. L'Ouest canadien re-votera pour les conservateurs, l'Ontario re-rotera libéral, le Québec re-bloquera, et les candidats du NPD continueront à voter pour eux-mêmes.
Je suis déjà à la recherche d'idées farfelues (vos suggestions sont les bienvenues), question qu'on s'amuse un peu le jour de l'élection. Comme manger son bulletin de vote semble toujours interdit par la loi électorale canadienne, j'envisage de brûler le mien dans un isoloir de Laurier-Sainte-Marie, scandalisant du même coup plusieurs petits vieux. On aura des photos, promis. Et si l'on m'empêche de «voter», je crierai plus fort que Gilles Duceppe un soir de pleine lune.
Partager |Hyperlien | Toi, qu'est-ce t'en dis ?
À moins d'une providentielle hécatombe en décembre, mon pool de la mort 2005 se concluera sur un fiasco monumental. Un seul décès enregistré parmi les personnalités sélectionnées, soit l'écrivain Arthur Miller.
J'ai bien eu un regain d'espoir à la fin de l'été, lorsque la légende du rock and roll, Fats Domino, qui réside en Louisiane, a été porté disparu pendant deux jours suite au passage de l'ouragan Katrina, mais on a retrouvé le petit père et ses 77 ans quelque part sur sa chaise, au milieu d'un champ de patates mouillé. .. ou enfin quelque chose du genre... Ain't that a shame...
De son point de vue, chaque nain peut regarder dans les trous de ton nez.
En raison de la constitution particulière de certaines parties de son corps, un guitariste Playmobil ne peut jouer qu'un seul accord.
Avant de voyager en Urope, ayez sur vous plusieurs Uro. Préférablement en liquide.
Il y a plusieurs variétés de produits nettoyants «tout usage». Mais aucun produit nettoyant «aucun usage».
J'ai le syndrôme de la bière qui commande.
Hot dog we stand, together we relish-moutarde.
Partager |Hyperlien | Toi, qu'est-ce t'en dis ?Je reviens. J'ai un poulet dans le four et il se débat beaucoup.
Partager |Hyperlien | Toi, qu'est-ce t'en dis ?i shot a man on Papino / just to watch him die
Partager |Hyperlien | Toi, qu'est-ce t'en dis ?Les gens qui font des dépressions ennuient. Tellement années 1990...
Partager |Hyperlien | Toi, qu'est-ce t'en dis ?
Chère correspondante, bonjour chez vous.
Les roadtrips et les pélerinages sont des objets durs, des objets parallélorgasmiques, aux contours mal définis, pointus, douloureux, mais infiniment attirants. C'est toujours difficile de se remettre d'un lendemain de roadtrip.
Je ne sais pas pour toi, quelle est ta règle générale, ta malhabitude face aux lendemains de voyage; quant à moi, ça ne m'attrape jamais tout de suite. Ça décante quelques mois, et longtemps après ça commence à ressentir comme a zillion years ago.
Je ne reviens jamais vraiment de Memphis tsé, même si ce n'était pas le plus excitant des lieux terrestres. Je ne reviens pas vraiment de nulle part.
La seule solution que j'ai trouvée dans ma jeune poursuite de questions, c'est de roadtripper encore.
Mais ma solution manque de financement, et ça sucke de s'empêcher de faire des choses par manque d'argent.
Par contre, pour les gens en général c'est le temps qui manque, et c'est une excuse encore plus lame.
***
(Lien: Donkey Heart)
Simple rappel pour ceux qui n'ont pas encore ajusté leurs signets: Letters to Memphis a depuis un moment déjà son adresse officielle: rappaz.net. Je ne voudrais pas vous perdre lorsque l'ancien URL disparaîtra de la surface du web.
Simple rappel pour moi: je n'ai toujours pas payé mon nom de domaine chez iXmédia. Le chèque est dans malle...
Partager |Hyperlien | Toi, qu'est-ce t'en dis ?Chère correspondante, je ferai de vous des héros.
De toi Kim St-Pierre, je ferai une star, comme tu l’es, comme tu le mérites. Comme tu me surplomberas de ta hauteur. Et de Savard, je ferai l’idole d’une génération: ce sera notre boys band à nous, notre Joey McIntyre, notre Jordy, notre création de toutes pièces, notre supercherie. Il amusera toute une génération de lecteurs et attendrira toute une génération de lectrices. Il sera celui que l’on veut aimer, protéger, défendre bec et ongles; celui qu’on veut à la maison pour la fête des enfants, notre clown chantant, notre clown râlant, celui qui fait le mime de service dans les surprise-parties, pour le bonheur de tous. Celui qui pour toi est dans la pièce d’à côté, dans son loveshack. Celui qui est au-dessus de ma tête, celui qui me voisine d’en haut.
Nous lui inventerons des aventures qu’il ne connaît pas, qu’il ne se sait pas connaître. Tu taperas du pied sur les lames de ton plancher quand passera un bon gag, un bon punch, une trouvaille génialissime. Et alors moi en bas dans ma chambre, moi concentré, moi buveur de thé, je consentirai à lever les yeux de mon écran plein de mots. Sourire en coin je jetterai un regard rieur sur la blancheur de mon plafond, comme si je transperçais d'un regard éclairé le solide entre nos appartements pour aller voir jusqu'à ton ordinateur, parce que je t’entends taper sur ton sol la satisfaction de taper sur ton clavier les flashes qui mènent aux savardises de demain. Tout le monde l'adorera: Alexandre Savard sera notre Gilligan.
J’ai sorti un sandwich crasseux, froid, mouillé, imbibé de sauce, de substances molles, de légumes vieux et de fraîche de frigidaire. L'heure du souper.
Je me suis levé ce matin avec des maux de ventre insultants, résultat d’un mélange brillant de bahji et de bourbon, de baba ganoush, de nachos et de soupe aux pois. Explosif mélange cosmopolitain, absorbé en moins de seize heures, et ressorti dans les délais.
Asperger le mix à grandes rasades de root beer, voilà qui me semble décent dans ces circonstances. Les ingrédients se coordonnent bien avec le pétillant d'une boisson gazeuse, avec les piments chauds ça pique la langue et c’est mieux que d’attraper la scarlatine.
Je téléphone à Alexandre Savard, pour des motifs flous:
- Une p’tite Root Beer, Alexandre Savard ?
- Euh… non… pourquoi ?
- Je sais pas, je viens de m’apercevoir que ça faisait des années que je n’en avais pas bue. Et quand j’étais kid, j’en buvais tout le temps.
- Ah.
- Avec le temps, j’ai opté pour moins de «root», et plus de «beer».
Savard rit à s’en péter les côtes, et je lui raccroche là-dessus, je le laisse sur un punch, sur un élan, question de le planter là dans les sphères vertigineuses de l’hilarité. Je l'assassine, en quelque sorte.
Je l’imagine bien planté de tout son long dans sa cuisine, un combiné inerte dans sa main gauche, rigolant ferme. Puis il replace l'acoustique sur son socle en secouant sa tête; il s’assoit seul à sa table, face au mur, et en souriant se remémore les hauts faits, les faits saillants, les hauts moments de notre échange, tandis que son dîner Kraft crame doucement dans la poêle et le prive d’un repas substantiel qui lui aurait fait du bien.
Mais je l’ai diverti, je lui ai causé du bien à l’âme! Savard rit et retourne dans sa chambre, dans sa cellule du Centre-sud, dans son loveshack personnel, l’âme légère et le ventre très creux.
Chère correspondante, bonjour chez vous!
Je trouve toutes les excuses possibles pour ne pas faire mes shits. Plus récente preuve en date ? T'écrire cette lettre, au lieu de faire ce que j’ai à faire. Sinon, entre autres alibis, je coche au côté d'une des cases suivantes: parler avec n'importe qui, parler au téléphone, répondre aux mails des fidèles, ces correspondances qui attendent patiemment dans leur boîte qu'on leur prête réponse; prendre des photos stupides au salon, courir le corridor avec le chien, se faire une soupe, se faire un thé, se faire cuire un oeuf, se faire couler de l'eau chaude pour un thé et l'oublier sur la pantry.
Je quitte ! Je quitte msn, je referme la fenêtre pour écrire pour vrai dans mes soirées. Je quitte l’école pour écrire. Je quitte mon travail pour écrire, comme d’autres quittent la maison et le high school pour devenir rock star. Je deviens écrivain, et j’essaie de faire mon boulot.
Et cependant que j’écris, je sais que je n’écris pas ce que je devrais écrire, et que je n’y arriverai pas. J’imagine déjà les lettres de présentation, les lettres aux médias, les couvertures et les titres des récits qui ne s'enchaînent pas, qui ne sont pas écrits.
Je quitte la vie sociale, les sorties, les soirées mondaines, les relations extra-maritales. Je m’enferme dans une chambre rouge et j’écris à Memphis, car hors de Memphis point de salut. Non, on n’en revient jamais. Memphis, ville crade et triste du mid-south américain demeure dans l’œil de mon cyclone, dans mon champ d’orbite, dans mes buts, dans mes tirs aux buts, dans mes moyens, mes fins et mes moyens, mes fins de mois pas finies, mes fins d’années mal finie, je suis mal fini, mal écrit. Je suis un perdant glorieux, un perdant magnifique, un loser oui, mais je te le dis avec le sourire fendu car j'en suis un beau, a beautiful loser.
Et je compte bien encore me lancer des défis : accoucher de combien de pages ? J’ai off demain. Pas off-Memphis: off-travail ! Je peux passer la nuit à écrire, jusqu’à ce que l’écran du Mac me rende aveugle et me colle les contacts aux iris. Ensuite dormir quatre heures et ressusciter la machine, restarter, réentendre le bip familier, me décrasser le coin des yeux en déchiffrant des pages et des pages de documents, et repartir.
«Rock & Roll Suicide» est un beau petit texte. Tout court, deux paragraphes. Probablement ce que j’ai composé de mieux depuis longtemps. J’ai repris des fragments de paragraphe d’il y a deux semaines, dont je ne savais que faire. Un copier-coller, un peu de rabotage ici et là, quelques mots de plus et en quelques minutes à peine, j’avais accouché de quelque chose que j’aime bien, que je considère. En plus, je te balance sans subtilité une photo vaguement licensieuse, que j’avais prise il y a un moment et que j’essayais de placer depuis un bout.
Pour résumer, car ailleurs on m'attend pour une autre partie de temps à perdre: tout n’est que futilité et perte de temps hors de cette ordinateur. Un traboulidon de mots et de temps modernes.
De pertes de temps modernes.
J'ai juste tourné les 27 ans, âge absurde, mythique et surréel, et passé out quelque part le soir même où je suis rentré de New York. Juste pour me rendre compte que la ville dans laquelle je revenais, la mienne, celle où j'habite comme résidant impermanent, celle où je fonde ma dynastie, celle où sur cette pierre je bâtirai mon église, est un lieu fort étrange, qui conserve toute son étrangeté même après s'être frotté, avoir zigné quelques jours avec la métropole des Métropoles.
Tout à Montréal, ce n'est pas qu'un mauvais cliché, c'est aussi un fait réel, scientifiquement prouvé, n'est que débaucherie, rock and roll, fucked up relationships, et frenchkissage de son voisin (ou voisine) dans le plus pur chaos. Un furieux mélange de relents de libertinage d'il y a trois siècles et d'alcoolisme tibétain.
Vingt-sept ans, âge absurde, mythique et surréel, est aussi, dans un autre ordre d'idées, l'âge où le mâle hétérosexuel blanc d'Amérique du Nord se rend compte que l'humanité à un crush indiscriminé sur lui, et qu'il peut jouer autant sur le terrain de chasse des nouveaux trentenaires que sur celui des pisseuses de 19 ans. Ça m'occasionne plusieurs envies furieuses, celle de m'enfermer dans ma chambre, et d'autres plus furieuses encore.
emcee > savais tu qu'André Waters est un gars?
Pabst Blue Rappaz > hahahahahhahaaha
Pabst Blue Rappaz > la réplique de la soirée, bravo!
emcee > merci, ça m'est venu en faisant la vaisselle
Je débarque à la poutine de deux heures et demie, celle où le type me reconnait à chaque fois, même si je ne m'y pointe qu'aux deux mois environ. À chaque fois il se rappelle et il m'exhibe les contenants en aluminium, parce qu'il sait que je prends plus grand.
Je ne lui ai jamais demandé son nom, parce qu'on ne retient pas ces choses là. Par contre, si vous marchez vers les toilettes, vous allez croiser un babillard qui normalement aurait dû se trouver dans les cuisines, ou dans une pièce réservée aux employés, mais qui, faute de place sans doute, est posé sur un mur à la vue de n'importe quel client le moindrement curieux.
Alors vous verrez une liste de noms étrangers, les noms des employés du restaurant. Ça débute par Housseyn, et chaque nom possède un numéro de téléphone. Il y a sur la liste un autre numéro, sept chiffres aussi, mais disposés d'une manière différente. Ça mène probablement à l'extérieur du pays. Ou alors il ne sait pas écrire son numéro de téléphone de la bonne façon, décale les nombres, fait des espaces là où il ne devrait pas y en avoir.
Je me rappelle (ou pas) d'une nuit où j'étais débarqué, seul, pour une commande et dans la discussion qui s'était ensuite ensuivi, je m'étais enquis de l'origine du vendeur de poutine.
Maintenant j'attends mon repas pour emporter et je me trouve plutôt crétin de lui avoir fait subir l'inquisition espagnole pour soutirer des informations dont je ne me souviens même pas. Il venait du Turkménistan je crois. Ou de l'Ouzbékistan ? Non, ça c'est trop loin. Il me semble que c'était Turkménistan. Ça sonne bien.
- De la Turquie.
- Ah oui ! Il me semblait aussi.
Il te slice les pizzas d'un geste gracieux.
- Demande lui d'où elle vient, elle, derrière toi.
- Laquelle ?
- Celle derrière toi.
Derrière moi, assise à la table, une blonde, une Française. Je l'ai entendu commander une pointe de pizza quelques minutes avant:
- J'vais prendre la même que lui...
- La même que lui ? Y'en a plus! Il reste la végétarienne.
- Ah non, je veux pas la végétarienne quand même.
Une femme aux cheveux foncés se pointe au comptoir, juste à ma gauche; pendant ce temps un client très saoul rôde.
La fille derrière, c'est évident qu'elle vient de la France. Pourquoi le lui le demander ? Tu lui as parlé tout à l'heure, mon ami, et elle est pleine de boutons. Sans les boutons, elle ne serait quand même pas si mal. Mais bon, pas de quoi s'émeuter en banlieue pendant neuf jours non plus.
- Encore tout seul mon ami ? Toujours tout seul, hein!
- Ouais. J'étais chez moi, et j'avais faim. Alors j'ai marché jusqu'ici.
- T'habites dans le coin ?
- Pas dans le coin, mais pas très loin. Environ quinze minutes.
- Quinze minutes. À pied ?
- Oui, à pied. De quelle fille tu parlais ?
- Celle qui était à côté de toi !!
- Aaaaah! Je savais pas si c'était de elle ou de celle derrière moi que tu parlais!
- C'était celle à côté de toi, t'aurais dû lui demander d'où elle venait !!
- Désolé...
Il regarde son four, secoue la tête, l'air congestionné:
- Elle était jolie !
- C'est vrai.
- Vraiment jolie.
- Elle va revenir...
Le jeune homme saoul, qui attend toujours sa commande en rôdant, vient s'appuyer au comptoir et articule avec labeur:
- A l'arrive tu c'te poutine là ?
- Ça s'en vient mon ami.
Et il te rescinde en huit une grosse pizza rouge avec son instrument à roulette.
- Touuaaaaa tu coupes ça comme hein chef !
Le saoul admiratif se pousse un peu; l'employé pose sa roulette, retourne vers ses sauces et se retourne vers moi:
- Ah je sais pas, mec. C'est dur trouver une femme.
- Mais voyons, y'en a partout !
- Ouais... mais y'en a qui sont pas bonnes.
- Pas... bonnes ?
- Y'en a qui sont pas bonnes avec toi. C'est pas toutes les filles qui sont correctes, mec, c'est difficile d'en trouver une.
- Non, pas tant que ça. Mais tôt ou tard, ça se met à changer sans que tu comprennes vraiment pourquoi.
- Italienne ?
- Non, pas italienne; poutine régulière.
- C'est impossible de comprendre, mon ami. Jamais. Jamais tu peux comprendre une femme...
De gros morceaux de fromage à peu près ronds rebondissent sur un matelas de frites brunes.
- ...mais... une chance qu'elles existent, sinon on fait quoi ?
- Je sais pas! Vraiment pas... c'est probablement mon intérêt principal dans la vie.
- Les femmes sont libres !
- Libres ?
La louche déverse un liquide sur l'ensemble et le fromage se désarrondit, je le devine déjà qui fond.
- Tout le monde il est libre, tout le monde peut faire ce qu'il veut, pourquoi pas en profiter ?
Être sur la même longueur d'ongles.
Prendre le mort aux dents.
Le cas déchéant.
C'est pas tombé dans l'oreille d'un saoul.
Mettre de l'eau dans son bain.
Less meat, more loaf !
Less friendship, more battleship !
C'est le goût de la marde.
Dieu ait son âne.
Mon pays, ce n'est pas un pays, c'est liver.
Je ne peux tout simplement plus boire autant, à moins que ce ne soit pour boire dans les cinémas pendant Rebel Without a Cause. Ça me fait perdre du temps, je m'éparpille. Mais je suis partagé entre ma volonté de quitter la vie sociale (ce que j'ai décidé la semaine avant de partir pour New York) et celle de continuer de dédier ma vie au rock and roll avant d'attraper la trentaine, cette maladie incurable.
J'ai recommencé à sortir en juin, après quelques années de vie en parallèle des grands circuits mondains. À Toronto d'abord, puis aux États-Unis ensuite. Chicago, en particulier, fut une longue brosse tranquille: conducteurs saouls, motocyclistes sans casques, virées sans fin, « Fred comment on dit go fuck yourself in french ? », bars hyper ventilés dans les neighborhoods de la windy city, films porno des années 1970, et rock and roll de toutes époques.

Depuis, ça n'a fait que s'améliorer. Toutes les occasions sont bonnes pour boire, on a même bon espoir d'en inventer de nouvelles. Au diable les face à face, les têtes à têtes dans les tavernes, exit les picolages courtois dans les parcs; de toute manière la Cité fait maintenant trop froid pour ça. Rebienvenue aux bars enfumés (pour le temps qu'ils vont le demeurer, enfumés), puis multipliez par 5 à 7, ajoutez 5 à 8, exponentiellez 9 à 3, plus je me fractionne en virées d'après-show et en house parties.
Le dilemme est ici: j'ai de glorieux projets avant la trentaine, cette maladie incurable, des achèvements à accomplir avant la mort. D'autre part, le grand courraillage éternel préocupe, accapare, et inspire la voie joyeuse des Lettres à Memphis. Les filles et la boisson. Mais surtout les filles. Je pense que je vais « dater » tout l'hiver dans des endroits sûrs, et aussi sur internet. Cesser de voir des alcooliques peut-être ? Ça m'évitera de sortir, si ce n'est que pour aller me réfugier dans des draps chauds dans les neighborhoods de la ville. Et il reste toujours les booty calls.
Six novembre 2005, journée d'élections municipales.
Consultez votre cahier spécial rappaz.net pour revivre les moments forts de cette campagne.


La virée dans Manhattan, Brooklyn et Long Island, sur terre et sous terre, aura duré cinq jours. Comme je le mentionnais hier, il ne s'agissait pas d'un roadtrip classique. Parce que je n'étais pas seul, pour commencer. Dans les faits, on ne l'est jamais, car il y a along the way un paquet de gens pires que nous à rencontrer, des inconnus dans les gros Greyhound gris et des visages dans les métros, les centre-villes, tous ces grands endroits où l'on butte dans quelqu'un pour ne pas se sentir seul au monde. Cette fois, nous étions deux. Deux seulement, après de nombreux désistements, comme ces choses se produisent toujours dès qu'un voyage, même petit, est évoqué.
Dans mes roadtrips usuels, chaque déplacement à l'extérieur de Montréal est une occasion pour marcher des heures et des heures, errer sans but précis, chercher sans cesse sans savoir quoi, trouvez des excuses pour tomber sur des gens et des endroits, des événements.
Cette fois, nous allions rejoindre des personnes précises à Brooklyn, et ces gens, sans qu'aucun itinéraire précis n'ait été arrêté au préalable, ont su nous transguider à travers nos mille et unes destinations, ce qui avait pour conséquence d'éviter de s'arrêter au coin d'une rue pour se demander, parmi l'éventail gargantuesque de possibilités, quoi faire ensuite.
Enfin, nous avions une voiture (louée). Que je n'ai pas conduite. Ça enlève un charme, celui des gros Greyhounds gris (car oui, ils ont un charme et un aspect poétique certains, pour moi en tout cas), mais la voiture offre plus de rapidité, plus de flexibilité; plus d'occasions aussi de perdre du temps dans n'importe quelle escale en milieu de route; permet de connaître des endroits pittoresques que vous brûlez de connaître aussi, tels New Baltimore ou Colonie, NY.
Pour les déplacements à Manhattan, cependant, nous avons eu recours au non moins poétique métro newyorkais.
J'ai souvent fait référence aux métros par le passé. Ainsi qu'aux autocars, et aux autobus de ville. Ça fait partie de la mythologie des Lettres à Memphis pourrait-on dire. Ce sont des éléments de référence qui servent à planter le climat, à donner à l'ensemble une impression de vitesse, de déplacements rapides à travers le continent, d'entrechocs des cultures et des gens. Une impression d'appartenir à une société, une ville, un ensemble d'individus, en même temps qu'une impression de fuite, de départ ou de menace constante de départ. De possibilité d'être là... mais de ne plus y être la seconde qui suit.
Maintenant, quelque chose de singulier se produit. Je suis tellement convaincu par cette idée que l'urbanité, dont le métro symbolise l'incarnation suprême, est au-dessus de tout, est le principe qui régit et motive chacune de mes tentatives d'exploration de ce monde, le théâtre, le décor de toutes les expérimentations que mon univers m'offre et que j'estime nécessaire d'apprivoiser, que je me sens extraordinairement confortable dans n'importe quel wagon de n'importe quel métro. Que toutes ces successions de cercueils métalliques bondés, qu'ils traversent New York, Montréal, México, Toronto ou Chicago, sous la terre ou suspendus, aériens, au-dessus d'un boulevard, sont toutes liées les unes aux autres. Il n'existe plus aucune différence. Et je crois qu'il n'y en existera plus, tant que je n'irai pas voir de l'autre côté des mers si le même phénomène peut se reproduire dans un contexte moins, disons moins occidental, plus dépaysant.
Avec le temps, chaque ville devient une station différente d'un même système de transportation. J'envisage le monde, c'est-à-dire le monde que je connais, celui de ce continent, comme deux longs rails parallèles qui vont partout. Chaque nouvelle étape est une nouvelle station. Tout se mixe, les déplacements d'il y a deux hivers, le pélerinage du printemps dernier, le plus récent séjour à nyc; et nous sommes assis dans un wagon, ou debout un bras légèrement engourdi suspendu à un poteau, debout devant les portes à regarder son reflet dans une vitre rayée entre deux quais. Le temps s'arrête, la distance s'efface. There's a box car moving. Je m'y sens davantage chez moi que chez moi.
Souvent, nous ne réalisont pas que les plus longs voyages commencent au pas de notre porte, sur un rectangle de trottoir d'un mètre carré. Qu'il n'est, au bout du compte, très peu question d'argent, de temps ou d'opportunités. L'idée est que le monde n'est qu'un long trottoir, et qu'il n'appartient qu'à nous de sauter d'une ligne à l'autre, et qu'un pas devant l'autre peut nous mener au bout de l'humanité.
Partager |Hyperlien | Toi, qu'est-ce t'en dis ?Joyeux quatre novembre!

J'ai revêti mon plus joli pin-striped suit pour revisiter New York. Quoique ce ne fut pas une visite, un grand vagabondage dans les termes auxquels je vous ai habitué. Ça n'avait rien d'un roadtrip à la Rappaz, autobus Greyhound, wifebeaters, solitude et sacs trop lourds.
Nous sommes partis en voiture.
Moi côté passager, toujours sans permis de conduire: ça me donne le luxe d'appuyer sur le klaxon sans le consentement écrit de la conductrice, choisir la musique, ouvrir et fermer les fenêtres de manière indisciplinée quite à fourrer la crève aux autres passagers, manger des cochonneries achetées dans une station-service, lancer des trucs par la fenêtres et polluer la lande, m'ébouillanter les couilles avec du café chaud renversé.
La voiture le long de la I-87, puis débarquement dans un appartement de Brooklyn, avec du tapis rouge-vin dans les escaliers, de grands miroirs dans le hall et des portraits de matadors accrochés aux murs.
C'était plutôt embourgeoisé comme séjour dans New York. Enfin... embourgeoisés comme vous et moi savons le faire, n'est-ce pas.
Les journées, entre elles ressemblantes, se déroulaient ainsi, selon un horaire monastique: réveil en début d'après-midi, puis séances intensives de nerdisme, alors que ma compagne de voyage et moi, chacun sur nos sofas de fortune, révisions sur nos portables les photos prises la veille, lecturions les emails de gens que nous verrions de toute façon dans à peine trois ou quatre jours. Et notre hôte, de sa chambre, agissait probablement de même.
Puis, lorsque la faim se faisait sentir, je me levais, ou encore mon alcolyte, pour marcher jusqu'à la table ensoleillée de Pete. Nous options pour la bouteille de bourbon de la boutique hors taxe. Ça coupe un peu la faim, et ça aide à patienter jusqu'à ce que l'un, ou l'une, ou l'autre, soit prête à sortir.
Il convenait ensuite d'emplir un flasque de Jim Beam, comme nos pères savaient si bien le faire, en prévision des parfois longs mais toujours agréables voyages en subway.
Le train, ligne Q, de Brooklyn à Manhattan. Généralement jusqu'à Canal Street, question d'aller bouffer dim sum.
Ensuite longue tournée de bars, de trous -de sleazy dives comme on dit en portuguais- avec entre chaque étape des promenades agrémentées de gens de toutes les formes et de toutes les couleurs, et des taxis partagés à trois, à quatre: pas cher.
Un party ici et là, Halloween oblige, New York City oblige, désespoir existentiel post-moderne et absence d'idées plus glorieuses obligent.
Puis la bouffe d'avant le dodo, chez Veselka ou chez Odessa, ou chez d'autres qui finissent en «a».
Un long tax' jusqu'à Brooklyn. Dix dollars séparés en trois parties plus ou moins égales, selon les billets dans les poches de chacun.
Vers les cinq heures, ou les six, nous voici de retour tous les trois sur nos lits, sofas ou planchers respectifs.
Enfin, le lendemain, au réveil tardif, les portables se réouvraient et l'on attendait que la faim d'abord, et l'appel du flasque ensuite, se fassent re-sentir.
Coïncidence ou alignement désastres: la distillerie Jim Beam est sise à Clermont, dans le Kentucky. Et nous slippions sur la rue Clermont, à Brooklyn.
Albums photos (encore incomplets) ici et ici.
Partager |Hyperlien | Toi, qu'est-ce t'en dis ?