Cette fois, c'est le point de non-retour. Peu importe s'il fait caca demain sur nos têtes, on ne pourra plus parler d'hiver. Le triomphe est total, notre survivance sans équivoque.
Avec 27 degrés en ville, ce n'était même plus le printemps, c'était l'été.
S'il faut deux mots pour décrire l'entière journée d'aujourd'hui, je choisis: stimulante et éprouvante.
Il reste encore quatre mois entiers. Je ne sais pas comment je vais passer au travers. Je suis éprouvé.
Incroyable. J'ai commencé. J'ai réellement commencé. J'improvise des méthodes. Je carbure à la tisane. Je ne me nourris pas. Et ça fait bien quatre ou cinq fois que tourne le premier album de Led Zeppelin.
Je commence presque - je dis bien presque- à en avoir assez d'entendre Robert Plant éterniser son «You shook me aaaaaaall niiiiiiiight loooooooooong ».
Malgré la fatigue et un cerveau qui me laissait depuis le sortir du lit une impression d'engourdissement cérébral, j'étais follement productif. Mariage heureux, salutaire, longtemps espéré, entre mon processus créatif ébulitionnaire et l'acte concret de tracer des mots sur du papier, d'enfoncer les touches d'un clavier, de voir apparaître des phrases sur un écran.
Plus tard encore, la pizza aux épinards maintenant au four, Robert Plant criait toujours, lançait les cris du fauve dont il avait la chevelure, Jimmy Page libérait les dernières notes de la chanson, John Bonham piochait encore quelques secondes de plus, et John Paul Jones... ben John Paul Jones, on s'en fout.
Moi je m'auto-congratule, je m'auto-satisfait. Je me pioche sur l'épaule et me shake la main.
Vous savez que je pourrais me suicider si je manquais cette soirée ?

Lundi, Sexy Doctor m'a conseillé de faire du sport, m'a spécifié que c'était le plus performant des anxiolytiques.
Elle m'a mis au défi d'angoisser après un exercice intense, le genre d'exercice qui me ferait haleter, me mettrait en sueur. Plonger un corps dans un liquide, s'immiscer dans l'humidité, une natation qui me mettrait en nage.
Je suis à l'étape d'avoir un médecin de famille, pour la famille que je n'ai pas, pour la famille que je suis, moi et mes voix dans mon crâne caféordinairïnomane qui souffre le sevrage. Sexy Doctor a tous ses patients (si seulement j'étais venu dans son cabinet trois semaines plus tôt). Je ne peux la prendre, de patients elle est déjà comblée.
J'ai cessé le café. Je n'ai pas absorbé de caféïne depuis dimanche après-midi. Du p'tit caféordinaire au déca-féordinaire. J'ai un de ces mal de crâne.
Je me ménage. Je ménage mon système digestif. Je restreins les élans qui me poussent non pas à me sustenter, mais à me gaver comme une noix. Je mange moins, moins vite, mastique bien. Respire entre chaque bouchée, entre chaque avalée. Je sors prendre l'air entre deux portions colossales. Je me déménage.
Partager |Hyperlien | Toi, qu'est-ce t'en dis ?Je vois Memphis (Tennessee), New York encore et le Ding Dong Lounge, puis le Mexique, toujours plus loin, toujours plus chaud. Toujours plus bruyant, México toujours plus grand.
Le poids des autobus et des sacs trops lourds pèse lourd. L'envie de prolonger l'odyssée. De prolonger mes veines dans les highways du continent me projette vers l'avant.
Néanmoins, je suis loin d'avoir envie, maintenant, de m'esquinter, de me saigner aux quatre routes pour amasser tout l'argent qu'il me faut.
Contrairement à l'automne dernier, je ne me sens pas la force ou l'urgence de me couper du reste du monde, de m'hyper-lucider au point de me désassocier de tout, de diriger tous mes efforts vers un point précis de l'univers.
Je veux la fin, sans les moyens.
Je devrais écrire sans arrêt, presque 24 heures par jour. M'arrêter pour sommeiller un peu ou pour me faire une tisane. Sinon, écrire tout le temps.
Si nous ne faisions que ça, ne voyant plus la vie hors du clavier, n'aurions-nous plus rien à écrire ou créerions-nous le nouveau stade de l'existence humaine (ou de non-existence humaine) ? Créerions-nous un monde ? Un monstre ?
Comment se sentir autre qu'imposteur ?
Imposteur pour verser des larmes au sujet de mistrals gagnants, imposteur pour me sentir ainsi aimé de toutes parts alors que pas bien loin, on déniche sans peine la douleur, le mal, la maladie, on déterre la putréfaction. La mort partout.
Et justement rien de tout ça n'existe chez moi. Pas de mouroir, de crèvoir, d'orphelinat, de sanatorium, pas de charnier, pas à cette adresse.
Et qui se plaint, qui se sent mal ? Moi.
Moi. Imposteur.
Ma vie m'apparaissait ce soir là d'un tragique incommensurable, avec toutes ces muses, toutes ces ultimes, toutes ces mariées avec deux enfants, toutes ces personnes bizarres et désespérées qui se jettent sur moi et m'exposent les bribes des drames intérieurs dont ils n'ont pas sollicités la présence et dont je ne sollicite pas les détails.
Tout cet amour que je reçois m'attendrit. La mort de tout être que j'appréhende dans le moindre pépiement d'un oiseau du Centre-Sud m'attristait, à six heures du matin, dans le gris, les flaques et les miettes de pain.
À 6h30, tout destinait la journée à se dérouler de la manière la plus normale, la plus banale qui soit. Attablé pour le petit déjeuner, je me décaféïnais tranquillement; j'étais des plus tranquilles.
S'accueille soudain l'envie de ne plus être là. Soudainement, il s'est mis à importer que je sois ailleurs.
Les concitoyens défilaient dans la rue, se distinguaient dans la grisaille matinale d'un lundi pluvieux. Je voyais leurs visages, tous, grimacer, se déformer, se distortionner.
Je fus terrassé par une tristesse foudroyante, juste de savoir qu'ils étaient tous en vie, sans l'avoir demandé, sans savoir pourquoi.
J'étais désespérément triste de les regarder marcher vers leurs voitures, vers le métro, vers leur travail, sans connaître le but, le sens de l'existence.
Les voir marcher vers leur destination, quelle qu'elle soit, en cachant le drame immense qui se déroulait en eux -et se déroule encore en cet instant précis- qui n'a pas le choix de se dérouler en eux, car c'est un drame universel, surnaturel, coulé dans l'essence même de toute chose et de toute idée: l'ignorance totale des motifs de leur propre existence, l'absence de raisons qui justifient qu'ils restent en vie.
Derrière mes orbites, le fond de ma tête s'était alourdie, mes pensées s'assommaient contre les parois de ma propre angoisse existentielle, j'avais l'intérieur tapissé d'angoisses.
Je trouvais d'une futilité pornographique ma position de ce matin là, debout sans intention claire, mû par l'attrait sidéral de cette force silencieuse nommée routine. Nous, orbites de la routine, dont cependant je ne suis pas dupe, car derrière elle l'orbite devine le drame de l'incarnation terrestre.
Je suis devenu fou. À huit heures, après soixante minutes passées à mimer l'acte de travailler, je quittais les lieux.
Je suis retourné chez moi. L'après-midi, je l'ai passé à la Clinique des Faubourgs. Comme à 12 ans, je passais une semaine entière, cafardeux, à l'infirmerie de mon école.
La quantité d'alcool absorbée par un être humain pendant une période déterminée de libations est inversement proportionnelle au nombre d'heures de sommeil dont il bénéficiera après la terminaison des libations sus-mentionnées.
Puisque je rôdais sans but précis entre deux verres de rouge, j'ai décidé de faire une petite virée du côté des Foufounes Électriques, vers deux heures la nuit dernière.
J'y suis resté une demie-heure environ. Y'a pas à dire, c'était la joie. Les fessiers se laissaient pognasser avec ardeur dans tous les coins sombres, et la situation ne semblait guère différente dans les coins qui l'étaient moins. Et même là où il n'y avait pas de coins du tout, c'était pareil.
J'étais blasé, baillant et hors-contexte parmi tous ces visages inconnus, et, avouons-le, plutôt laids. J'avais le vin plate. La cuvée de pisseuses 2004 laisse franchement à désirer. De quoi vous faire passer le goût de l'érection massive et l'envie de muscler les membres que la nature a mis à votre disposition.
Le printemps sera long. Tout compte fait, j'aurais dû dépenser mes cinq dollars au peep show de l'autre côté de la rue.
Le gargouillement du tuyau, les ruissellements des robinets de la salle de bains s'est tu depuis l'invasion chinoise des propriétaires chinois, lundi soir dernier.
Maintenant de retour à la cuisine, j'écoute le four préchauffer.
Partager |Hyperlien | Toi, qu'est-ce t'en dis ?La brûlure de mon plus grand échec ne cacherait-elle pas davantage une réussite ? La coupure dans mon échine me ferait-elle pas garder le dos droit ?

La frénésie des éliminatoires était de passage en ville pour la première fois en dix ans.
Un péquenot à la dent unique communiait le regard vide et le coeur solitaire, assis à sa place habituelle près de la caisse enregistreuse du Marché Amherst, face au téléviseur qui diffusait le grand match.
Sur la rue Ontario, près de Saint-Timothée, se lamentant entre deux lampées de vin de messe, une silhouette indistincte titube dans la trappe à B.S., lieu de pélerinage qui sent le calvaire et la bière renversée.
Cependant le dépanneur voisin regorge d'enthousiasme. Une faune pittoresque s'est agglutinée pour ne rien manquer de l'affrontement ultime. Ceci est mon corps, mutilé pendant 7 matchs. Ceci est ma bouteille de Gatorade, prenez et buvez-en tous.
Le pointage est toujours de 0-0 en ce début de troisième période.
Le commis me remet distraitement mes vingt-cinq cents, Théodore sort audacieusement à la droite de ses filets, et à ma gauche un Chinois pieux lâche un «Calisse » empreint de dévotion.
En vérité je vous le dit, cette nuit là, avant que la sirène qui marque la fin de ce septième match n'ait chanté dans l'enceinte du Fleet Center de Boston, le Tricolore aura marqué deux fois.
Dégagé des ténèbres par Kovalev, le disque apparait devant le filet pour Zednik à 10 minutes 52 secondes du dernier engagement. Andrew Raycroft, pourquoi regardais-tu la paille dans la visière de ton défenseur et non pas la rondelle dans ton propre filet ?
À quelques secondes de la fin, Zednik enfoncera le dernier clou en poussant dans un filet désert l'auréole de caoutchouc traversée en zone neutre par Koivu le miraculé.
En vérité je vous le dit, cette nuit là, c'est de l'est que la rumeur me parvint, par la porte ouverte de ma galerie arrière et jusqu'à mon humble logis. Les clameurs entonnées depuis Hochelaga-Maisonneuve m'annoncèrent le retour des Glorieux, et l'élimination des Bruins de Boston, par quatre victoires contre trois.

J'étais assis sur le rebord du trottoir et j'observais mon popsicle intérieur.
Nouveau meuble, trouvé dans les ordures, la fin de semaine dernière sur la rue Amherst: un tabouret haut sur pattes.
Tellement rouillé qu'on attraperait le tétanos juste à s'asseoir dessus.
Il me prend parfois, et souvent ces temps-ci, l'idée de me raser la tête et d'entrer dans quelque monastère.
À moins que rester assis tout le weekend, par terre dans son salon, au milieu d'un grand tapis, à boire du thé et à faire jouer disque après disque, puisse être l'équivalent personnel, la version urbaine et moderne, d'un séjour dans un monastère tibétain.
Dans ma tête, tout tourne au ralenti, toutes les voix parlent lentement, à voix basse. Elles fredonnent presque, comme si on avait encodé numériquement un album de Belle and Sebastian dans mes neurones. Néanmoins, je suis remarquablement lucide.
Lorsque je me risque à l'extérieur, je porte un capuchon, je me cache derrière mes lunettes. Je n'ai pas l'air réveillé, mais je ne révèle nulle intention de l'être davantage. Un inconnu m'attaque, cherche à provoquer une dispute, voire un bataille. Je l'ignore, lui tourne le dos.
Le lundi, je retourne travailler. Inlassablement, dans mon esprit, je me repasse Like Dylan In The Movies en écoutant les deux seules phrases que je connais par coeur.
Soigner son rhume avec des médicaments, quelle idée géniale ! Il s'agissait d'y penser...
Je connaissais God Money; j'ai rencontré God pilule.
C'est aujourd'hui que je commence. Quand je serai grand, je serai comme Elvis. Gros, en sueur, totalement dépendant des barbituriques. Avec quelques millions de dollars en moins... mais le viagra en plus.
Je suis au lit. J'entends les cloches sonner, au loin, vers l'est. Si j'avais la méningite, je serais déjà mort.
J'ai mal aux jambes. Voilà une heure que je me suis couché. Je n'ai pas dormi, quoi que j'y sois presque arrivé à quelques reprises.
Je me suis d'abord interrogé au sujet de la température ambiante. Dans la chambre. J'avais froid lorsque je me suis glissé sous les draps. Était-il prudent de monter le chauffage ? Avais-je froid parce que je suis fiévreux ou parce qu'il faisait simplement froid dans la pièce ?
Et si c'est la fièvre qui me fait grelotter, la température de mon corps est donc légèrement supérieure à la normale, par conséquent il n'est pas souhaitable de surchauffer la chambre.
Mon corps me fait mal. Je ressens mon corps. Je touche mes cuisses endolories. Je sens qu'elles existent. Je ressens l'existence de membres inférieurs.
Je détourne mon attention de mes jambes, pour me concentrer à présent sur mes migraines et sur ma nuque, endolorie elle aussi. Est-ce la méningite ?
Si ce l'était, mon état se serait sans doute détérioré beaucoup plus rapidement, et, si ça se trouve, je n'aurais même pas connu cette journée.
Je me rappelle aussi qu'une personne frappée par la méningite souffre de nausées et de vomissements. Or, je n'ai pas de vomissements.
Pas encore.
Mes yeux sont fermés. Je rabats mes cheveux sur mon front, devant mes paupières closes, pour me protéger de la lumière du dehors, qui entre dans la chambre, à travers le mince rideau bleu, blanc et rouge qui orne la fenêtre.
Il fait noir.
Je fixe le revers de mes paupières en tentant de discerner le chemin, le couloir de la mort, où je me précipite à l'instant même.
Je ne distingue guère le chemin. Pas du tout même...
Où vais-je ?
J'ouvre les yeux. Je suis un mourant plutôt en forme.
Je songe à ce que ce serait d'avoir un autre être humain couché ici, à mes côtés. Mes pensées, du coup, se déchastent, s'impurisent. Il n'y a rien là de bien scandaleux, rien pour écrire à sa mère, qui d'ailleurs s'en balance, rien non plus pour activer le filtre parental de son lecteur DVD cérébral, mais ce nouvel ordre de pensées me fait dériver de la sensation de mes propres membres inférieurs endoloris, de ma gorge brûlante, de ma langue pâteuse.
Je me sens mieux.
Partager |Hyperlien | Toi, qu'est-ce t'en dis ?Rien à signaler, si ce n'est un palpitant voyage jusqu'au métro Atwater, jeudi, pour dépenser ma paie, et cette longue balade sous la pluie, tard mardi soir, afin de me rendre apprécier le groupe TV on the Radio (recommandé par Sa Sainteté David Bowie lui-même...), découvrir Alexis O'Hara, et me faire, par la même occasion, enfumer tel un vulgaire saumon dans la petite salle emboucanée du El Salon. J'en suis revenu seul au monde à une heure du matin -mais ce n'était vraiment pas grave- par la paisible rue Marie-Anne, alors qu'il aversait toujours sur ma tête, mais j'avais un parapluie.
Outre ces aventures indignes d'intérêt, la semaine qui se termine est passée rapidement, puis est partie pour ne plus revenir.
Levé de bon matin, depuis lundi jusqu'à vendredi, invariablement aux premières notes de Boys Don't Cry des Cure. Huit heures de travail, traversées machinalement, sans trop y songer. En réfléchissant plutôt au vide ressenti, en tentant d'en investiguer les raisons. En essayant singulièrement de savoir pourquoi je n'ai pas étudié la médecine et pourquoi je ne suis pas en train de soigner des enfants Bosniaques ou des Rwandaises mutilées.
Je rentre à la maison en fin d'après-midi. Je ne soupe pas, je me gave. Ensuite j'indigeste.
Enfin, quelques heures après, sans avoir employé mon temps à quoi que ce soit d'autre qu'une somnolence langoureuse, je me couche et j'écoute mon coeur qui bat, mon coeur en proie à une angoisse existentielle que je ne me rappelle pas avoir ressentie depuis la sortie de l'enfance.
Je pense à la façon d'employer mon précieux temps. Je pense à Dieu parfois. Je regarde une des chaises du salon, les lattes de bois aux trois-quarts massacrées qui sont posées en dessous, et j'essaie de faire passer mon regard au travers, de détruire l'Illusion.
Parfois (trop souvent) je pense aussi à la solitude qu'on doit ressentir lorsqu'on flotte dans le néant. Je ne parviens pas à me convaincre qu'il est possible de se libérer de la douleur, et encore bien moins qu'il est possible de se libérer de la conscience de son propre corps.
Je m'assieds dans la baignoire, je laisse l'eau ruisseler sur moi. Je regarde mes deux jambes et je me demande comment il est possible d'être sans mon corps, dont je ressens la présence.
Comment il est possible que je n'existe pas vraiment, que ce corps que je ressens ne soit qu'une impression de corps.
Comment est-il possible que je sois, tout entier, un humain amputé qui envoie encore des signaux à son cerveau comme quoi il est, quand, à la vérité, il n'existe pas.
Kurt Cobain est mort depuis 10 ans.
Il y a une décénnie, l'album « Siamese Dream » entrait dans mes oreilles pour n'en plus jamais sortir, et je vendais irréversiblement mon âme au rock and roll.
Il y a dix étés, je voyais le clip d'Undone-The Sweater Song pour la première fois (aujourd'hui je le regarde sur DVD et j'essaie de résoudre une crise capillaire en tentant d'obtenir la coiffure de Rivers Cuomo).
Hier, le troisième anniversaire du plus grand échec de ma vie est passé sans même que je le remarque.
Dans le même ordre d'idées, dans cette même auto-satisfaction matérielle dont je me gratifie ces jours-ci, il est réjouissant d'ouvrir ma garde-robe et d'y apercevoir, soigneusement rangées, deux chemises propres et neuves, encore dans leur emballage d'origine.
Peut-être choisirais-je de demeurer reclus ce weekend, mais je devine très proche le soir ou je sortirai de chez moi pour visiter un quelconque débit de boisson achalandé, bruyant, enfumé, souillé de sueur et d'alcool renversé, renvoyé.
Car comment pourrais-je résister à la tentation narcissique d'exhiber mes nouvelles chemises, choisies expressément pour être portées avec ce somptueux déguisement d'Elvis Costello que je garde pour les occasions spéciales.
En effet, comment pourrais-je éternellement résister à la raison principale qui me pousse à sortir, de temps à autre, alors que je croyais pourtant cette envie loufoque éloignée de moi à jamais, c'est-à-dire: prendre deux heures pour m'habiller et aller pèter de la broue en ville -raison à mes yeux plus pertinente que le plaisir de la fête, l'attrait des liqueurs, ou celui de l'acte d'accouplement.
Bon d'accord, l'attrait de l'accouplement compte aussi.
On sort quand ?
Ayant éludé la question du loyer d'avril, que j'ai dû assumer seul, je me suis hier lancé à fond la caisse dans un marathon de dépenses, qui m'a fait dilapider la quasi-totalité de ma paie hebdomadaire. Maintenant, je n'ai presque plus d'argent; je m'en trouve fort satisfait.
Entouré de mes rarissimes possessions matérielles, je me vautre dans le plaisir de rester enfermé chez moi (dans mon taudis semi-confortable) malgré les invitations à sortir et les coups de sonnettes incessants des livreurs de pizza égarés.
Je me complais et je défie quiconque d'ébranler ma satisfaction, futile peut-être, mais néanmoins réelle.
Je profite du lecteur DVD, bon marché mais fonctionnel et encore tout brillant, exempt de poussière, que j'ai acheté jeudi soir. Et je me repasse inlassablement le tout nouveau Treasures from the vault de Weezer, malgré les caprices du téléviseur défectueux, abandonné dans le salon par la mythique Raphaëlle -mon âme soeur inconnue, qui déserta l'appartement avant que je n'investisse les lieux, en février.
Mon ancienne colocataire, qui avait quitté l'appartement le matin du 1er avril, est passée hier, vers 21 heures, chercher le reste de ses affaires, qu'elle n'avait pas eu la possibilité de déménager à sa nouvelle adresse. C'est ainsi que j'ai perdu l'accès à la télévision non-cablée et au magnétoscope, le tout en plein milieu de la digestion à laquelle je m'abandonnais depuis peu, ainsi que d'un épisode de la sixième saison des Simpsons (épisode #2F07: «Sir, you look like a man who needs help satisfying his wife ») entamé aux trois quarts.
J'ai en revanche hérité d'un bureau noir dont elle ne voulait plus.
Je suis sorti faire un tour, question d'acheter un p'tit Seven Up avec, sur la bouteille, la photo de Wayne Gretzky, le Great One, ce great canadian dont le profil droit devrait logiquement apparaitre au revers des pièces de 25 cents en lieu et place de celui d'Elizabeth II, qui indiffère tout citoyen pourvu de raison d'un bout à l'autre de cette vaste contrée rouge et blanche entailleuse d'érables.
En revenant, je n'avais plus de table dans ma cuisine.
Tu es l'auge de la connaissance à laquelle les cochons viennent s'abreuver.
Peut-être qu'en multipliant les aventures sexuelles, ou en axant sa vie sur la satisfaction et, plus exactement le soulagement de son intense (et selon moi excessif) besoin de sexe, mon camarade XXXX répond en fait à une autre nécéssité. Celle de s'accrocher, le temps d'une baise furieuse, à un autre être humain. Laisser déborder ses sentiments, ses émotions, sans que ceux-ci soient dirigés nécéssairement vers un autre individu.
La nécéssité d'oublier, le temps d'un échange de fluides, la course vers la mort à laquelle nous participons tous, auquel personne n'échappera jamais.
Ça me donne envie de trembler le soir, lorsque j'essaie de trouver le sommeil et que j'écoute mon propre coeur battre dans ma poitrine, ça me donne envie de pleurer calmement, en silence, en attendant que l'angoisse succombe en me laissant la vague illusion qu'elle ne reviendra pas. Ça me donne envie de courir vers le nord, pour m'accrocher à quelqu'un pour un moment, environ cinq ou six décénnies. Davantage si possible. Jusqu'à la toute fin.
Je n'y échapperai pas. Et elle non plus.
Je n'ai pas envie d'amour ou de sentiments suprêmes. J'ai envie parfois de simplement m'accrocher à une autre créature terrestre. De m'accrocher à quelqu'un et d'être une créature terrorisée.
Car je suis une créature terrorisée, consciente de l'échec inévitable de sa vie, qui se terminera, comme toutes les autres avant ou après, pour les siècles des siècles amen, dans la mort, la noirceur et la solitude.
Partager |Hyperlien | Toi, qu'est-ce t'en dis ?J'en étais à me demander, quelque part pendant la seconde moitié de l'année dernière, si ce dont j'avais besoin était une personne avec qui je pouvais cohabiter quotidiennement, sans problèmes et sans heurts.
Une cohabitation platonique et paisible, plutôt qu'une relation basée sur un amour profond, intense, quasi-mystique et quasi-cosmique, aux sentiments mutuels nobles, élevés et indestructibles... mais incapable de survivre aux concepts aussi peu concrets, dans les circonstances que je viens de décrire, à ces inventions que l'on nomme heures, jours ou semaines.
Je suis pauvre comme (quelqu'un qui n'a pas de) Job, sauf que j'en ai une.
Réduit à manger des spaghettis vulgairement arrosés de jus de tomate en canne, Saint-Henri-style, baby. À la cuisine, isolé et indigent, pauvre de contacts réels mais riche des plus beaux contacts virtuels, des plus encourageants courriels. Je vide mon compte de banque et ma boîte de réception. Le frigidaire se découvre de nouvelles formes de vie, et je m'invente une nouvelle nuit de travaux forcés.
Est-elle arrivée l'ère de la trahison, l'heure de ne démontrer aucune reconnaissance ? Renier ses dettes (imaginaires ?), prendre, avoir pris... et rejeter tout le reste ?
Partager |Hyperlien | Toi, qu'est-ce t'en dis ?Thé vert chinois, p'tits «cafés ordinaires», biere d'épinette flat au fond du frigidaire, espresso pas trop cher, pas trop serré, pas trop bon. Le besoin, toujours, d'avoir l'eau à la bouche, d'avoir quelque chose qui passe entre les lèvres, qui passe entre les dents, le desir de sucoter un truc quelconque. Je traverse ma phase orale ? Bienvenue aux dames ?
Partager |Hyperlien | Toi, qu'est-ce t'en dis ?Au retour du travail, jeudi, je me suis lancé dans une importante reconstruction de ma chambre, seule pièce jusque ici épargnée par le grand ménage qui a suivi l'expulsion de mon ancienne colocataire. Certaines mauvaises langues diront que je suis depuis des années absorbé dans un ménage qui ne se termine jamais. Et je crains fort que ces bonnes gens aient raison.
Je me sens impur.
Comme si c'était mal de négliger sa lessive et de ne plus avoir de sous-vêtements propres. Comme si c'etait mal de se regarder dans un miroir. Comme si c'était mal de chier. Comme si c'était mal de baiser certaines gens et de cesser de les respecter un mois, huit mois, un an plus tard.
Comme si c'était mal de flirter un peu, innocemment, mal de rencontrer des gens nouveaux, mal d'être intéréssé à les connaitre un peu mieux, et mal d'analyser leurs chances de me parasiter.
Mal de choisir ses compagnes, peu importe la catégorie à laquelle elles appartiendront, selon leur quotient de parasitage.
Je me sens impur.
Une des alternatives alléchantes qui s'offre à moi est de considérer ce cinglant refus d'accorder au drop-out notoire et lumineux que je suis une nouvelle chance de boire goulument au volumineux sein de l'instruction publique comme une invitation coquine à retourner au sud du Rio Grande, afin d'en finir avec le pays du soleil brillant, ses incompréhensibles mexicaines et ses rebelles rouges qui vendent des t-shirts des Ramones dans les quartiers roses d'une Ciudad démesurée.
Partager |Hyperlien | Toi, qu'est-ce t'en dis ?Alors qu'autour de moi, on s'affaire à convoler, puis à faire des enfants, à se faire tatouer leurs prénoms en caractères gothiques sur la peau des bras, je m'obstine de mon coté à ne point procréer.
Non seulement m'abstiens-je de faire fructifier ma semence, mais je m'abstiens de chercher celle avec qui l'oeuvre d'enfantement pourrait éventuellement devenir possible, ou encore de rejoindre, au pas de course, à l'autre bout des routes de ce pays, les yeux mouillés, le coeur au bord de l'implosion et la queue dressée vers le nord, la future matrice qui ne bée que pour moi et que je crains de ne jamais rejoindre, si ce n'est par téléphone entre deux solos de guitare... sobre et nonchalant... près des cabinets de toilettes d'un cabaret du centre-ville...
Partager |Hyperlien | Toi, qu'est-ce t'en dis ?Si un jour je commets la gaffe d'avoir des enfants, pensais-je, je veux léguer cette descendance à la ville de New York. Je veux qu'ils croîssent, pétillent, étincellent dans un grand jardin plein d'ombre et de majesté.
Avant je fantasmais des germes. Maintenant je fantasme des parasites.
À mon réveil ce midi, il grisaillait. Puis il a plu, merdouillé, ultimement neigé. Toujours il ventre et sur ma route les gens sont tous terriblement vieux ou terriblement laids. Je cherche, de café en café, de pawn shop en pawn shop la manière d'époiler la laideur.
Prudemment je vous ai fui, prudemment je vous décaféine. Imprudemment, je rentre et je m'éventre entre quatre murs. Vagabondages pour claustrophobe.
J'incendierai les lavoirs, incendierai les devoirs, incedierai l'obligation d'élever ce cerveau à l'ignition.
J'atermoierai tout.
Je ne suis, par nature, pas trop porté sur l'auto-flagellation, mais je trouve que ce sittoueb est d'un mortel ennui depuis quelques temps. Rectifions. Étendons un ciment d'indices sur ces briques brûlantes.
Certains ont pu juger ridicule et inapproprié mon questionnement de mercredi dernier, alors que je m'interrogeais sur l'ordonnance de non-publication qui oblige les médias à taire l'identité de la presumée victime de Guy Cloutier, accusé d'agressions sexuelles, et sur la possibilité que certains faits soient divulgués, via internet, par des personnes n'appartenant pas à un média de masse.
Dans La Presse de jeudi, un article de Maxime Bergeron, que vous pouvez lire ici, effleure le même sujet, et trace un parallèle semblable à celui que j'évoquais cette semaine.
Voir la tronche détestable de Steve-O, en page frontispice de La Presse de ce jeudi matin, me donne une envie qui sera difficile à contenir: celle de débloquer les fonds qu'il serait préférable de ne point débloquer, pour aller voir le Don't Try This At Home Tour, samedi au Métropolis.
De tous les ex-Jackass, Steve-O a toujours été celui qui m'a le plus tapé sur les nerfs, et je crois que je ne l'aimerais pas du tout, si ce n'était de cette seule phrase, proclamée juste avant qu'il ne détruise son ventilateur, dans Jackass-the movie: «My name is Steve-O, this is my house and I'm fucking sick of that fan ».
La tournée actuelle met aussi en vedette le gros Preston Lacy, et surtout Ryan Dunn dont la passion pour les petites autos n'est plus à prouver.
En attendant que je prenne une décision quant à samedi, je hoche la tête en constatant, découragé, que certaines personnes à Montréal et à Québec (où le freak show a été présenté cette semaine), et certains médias, s'amusent à nous faire passer pour des imbéciles ces jours-ci.
La ville de Montréal veut nettoyer une portion pour le moins particulière de la rue Sainte-Catherine, entre Saint-Urbain et Saint-Hubert, et pour ce faire, on prendra les moyens financiers nécéssaires.
Je n'ai, à la base, rien contre l'intention de rendre plus agréable un secteur du centre-ville déprimant et sale, mais il est difficile d'imaginer qu'il soit possible de dénaturer ces quelques mètres, qui se sont trouvés, avec les années, une personnalité propre.
La rue Sainte-Catherine, entre Saint-Urbain et Saint-Denis, n'est rien sans les Foufounes Électriques, et la plus récente salle de l'X, de l'autre côté de la rue, au-dessous du Sound Central et tout près de ce terrain de vague, envahi par les punks, qu'on veut faire disparaître.
C'est aussi, et même surtout, les bars de danseuses et les peep shows, si nécéssaires à ces Américains de 18 à 20 ans qui n'ont pas l'âge légal pour boire et sortir dans leur pays, mais qui sont considérés comme majeurs chez nous.
Comment ne pas se prendre d'affection pour le restaurant La Belle Province le plus animé en ville, coin Saint-Laurent, où le trois fois centenaire John (que j'ai affectueusement rebaptisé Fern) est fidèle au poste, increvable, chaque nuit, toujours si prompt à nous hurler « Une poutine !!!! » et à se ruer sur nous lorsqu'on entre dans son restaurant, une bière à la main.
Enfin, que serait donc ce centre-ville sans prostituées, coin Hôtel-de-Ville, coin Sanguinet, coin Sainte-Élizabeth, sans les putes qui squattent le Dunkin' Donuts les nuits d'hiver, lorsqu'il fait froid ?
Que serait donc cette ville, si ses individus les plus trash ne peuvent plus aller et venir, et souiller impunément tout un quadrilatère entre l'Université du Québec et la Place-des-Arts ?
Dans l'expression « future ex-coloc », vous pouvez désormais éliminer le mot: « future ».
Comme le disait Joey Ramone sur la scène du Rainbow Theatre de Londres, le 31 décembre 1977: « Glad to see yaaaa go !!! ».
...Moins de deux minutes plus tard, le grand Oncle Joey devait ajouter: « Gimme gimme shock treatment !! » à peu près sur le même ton, mais tout ceci n'a plus aucun lien avec le sujet du moment.