Pretty Girls Make Graves a botté des culs hier soir. J'ai un peu forcé sur le vin avant le concert, et étiré le vagabondage dans le quartier après le show, ce qui explique que je somnolais au travail. Mais quel meilleur endroit pour roupiller un peu que son lieu de travail, endroit que l'on squatte parfois plus souvent que son propre lit ?
Voici enfin un premier débat éthique sur ce weblog, doublé d'une amorce de réflexion sur le rôle de ce jeune média (?) dans notre société.
Un accusé, dans ce pays, jouit de la présomption d'innocence, jusqu'à ce qu'on aie établi la preuve, hors de tout doute raisonnable, de sa culpabilité.
De plus, une victime présumée, si elle a moins de 18 ans, ou était d'âge mineur au moment des crimes reprochés, voit son identité gardée secrète par nos lois.
Par ce billet en apparence anodin, le 26 mars, je divulguais, sans intention malveillante, un indice qui permettrait peut-être d'identifier la présumée victime de la personnalité publique québécoise accusée cette semaine là de viol, grossière indécence, agression sexuelle et agression sexuelle armée.
La plaignante, âgée de 9 à 17 ans lorsque les actes ont été présumément posés, a 34 ans aujourd'hui et est, elle aussi, une personnalité publique.
Serait-il raisonnable (et souhaitable pourquoi pas ?) que je sois accusé d'outrage au tribunal, ou sanctionné pour avoir divulgué des indices précis sur l'identité d'une présumée victime, protégée par une ordonnance de non-publication du tribunal, ordonnance à laquelle les médias sont tous tenus de se conformer ?
Serais-je prétentieux de me considérer devant vous comme mon propre média, comme mon propre véhicule médiatique ? La loi me considère-t-elle comme un média ? Qu'en est-il des personnes qui ont clairement nommé une personne susceptible d'être la plaignante, dans les commentaires assujettis à ce billet ?
L'anonymat relatif (relatif car il serait toujours possible, pour qui a suffisament de temps à perdre, de découvrir mon identité) avec lequel j'ai chosi d'opérer ce carnet me protège-t-il ?
Vous ignorez si ce que j'insinuais l'autre jour était fondé sur des informations, des sources précises, ou si je ne faisais que spéculer et risquer un nom au hasard. Comment la loi peut-elle savoir si j'énonce des faits ou lance une rumeur ?
La gloire matinale me tire du lit ce matin à neuf heures. La journée aurait pu débuter par une tragédie innomable: m'aventurant à l'extérieur encore tout ensommeillé, j'évitai de justesse le gros camion, facilement identifiable, de Monette et Frères Transport.
J'amorce par la rue Sainte-Catherine la nécéssaire tournée des Dollorama, nécéssaire car il faut bien retaper un peu mon taudis, confortable mais négligé, avant de changer de coloc...
Ensuite je passe faire des copies de copies de copies à la boutique de copies. Le Chinois m'accueille en héros et j'utilise sa photocopieuse distraitement en regardant les pigeons picorer dans une gerbe, déposée aux premières heures de la journée dans la ruelle Labrecque, à côté du pub Yer Mad, quelque part entre un vieux gant en latex tout sale et une enveloppe de seringue, élément familier du décor de ce quartier.
Le printemps est l'époque où, après un trop long hiver, la saison du rôdage intensif reprend son cours. Professionnel ou amateur, le vagabond en chacun de nous se risque plus volontiers à l'extérieur.
Je me surprends depuis deux jours à reconnaître des gens un peu partout. Au dépanneur, jeudi, on m'offre de la bière pour pas un rond, et vendredi je déjeune gratis dans un resto du coin !
Même en achetant une brosse à toilettes et quatre rouleaux de P.Q., dans un autre dollar store, sur Ontario, tout à l'heure, je croise un (joli) visage familier.
Je pourrais être vaguement embarassé de mes achats, mais que celui qui n'a jamais été aux chiottes me lance la première pierre.
Le camion de Monette et Frères Transport est un énigmatique véhicule, que j'eus l'occasion d'étudier la semaine dernière.
Ce camion, décoré d'un numéro 75 noir surplombé par un arc-en-ciel aux sept tons de... brun, vante 70 années d'excellent service. Leur sittoueb, décevant, car plus bleu que brun, nous apprend toutefois que l'entreprise existe depuis... 1920.
Leur sittoueb contient d'ailleurs une section où le client en devenir peut obtenir une estimation des coûts d'un déménagement avec Monette et ses frangins.
Vous faites comme vous voulez, mais moi je me méfierais de leurs calculs.
De dangereux prédateurs se cachent-ils sous ces sinistres boîtes aux lettres ?

Entre deux de ces rêves, je me réveille pour penser à des personnes que je n'ai pas vues depuis cinq ans, pour regretter toutes ces aventures que j'aurais pu avoir mais que je n'ai pas eues.
Je regrette aussi les appels logés d'un téléphone public, les invitations spontanées à monter, les mokaccinos maison faits avec du Quik, le mois de novembre, et Otis Redding.
Les gens de ce pays sont-ils donc tous si aigris, si malheureux, si nauséabonds ?
Ce que j'entendis toute la journée, du boulot au supermarché, ne fut que plaintes et complaintes au sujet de la neige qui tombe depuis cet après-midi.
Que se passe-t-il donc de si inquiétant pour que je sois le seul dans cette ville à reellement apprécier la neige qui tombe depuis cet après-midi, et jusqu'en ce début de soirée ?
Suis-je donc le seul à m'apercevoir que, en dépit de la neige, les réverbères s'allument maintenant avant la tombée de la nuit, causant sur la rue Sanguinet une salutaire surabondance d'éclairage, gratifiant presque d'un soupçon de beauté cette hideuse avenue, la plus navrante de la ville à mon avis.
Peut-être suis-je simplement satisfait de voir tomber la neige maintenant que j'ai un glorieux chapeau pour mettre en dessous ?
Peut-être pendant que tout ce beau monde se plaignait du temps, étais-je moi-même trop occupé à me plaindre du fromage qui est hors de prix, et de l'impossibilité de localiser le baba gannouj dans les rayons de ce supermarché ?
Peut-être que la terre est tout bonnement en train de se désaxer calmement, ce qui expliquerait qu'un individu comme moi, obsédé par l'été trop court au point de le poursuivre à des milliers de kilomètres de son home, éjacule d'exubérance sous la derniere caresse hivernale qu'il reçoit aujourd'hui ?
Je ne suis ni aigri, ni nauséabond, encore moins malheureux, malgré le prix du fromage. C'est simplement une question d'état d'esprit, titillée par la joie de voir mes prophéties se réaliser parfaitement. Et par une putain de belle neige.
Savez-vous pourquoi le Marché Richelieu au coin des rues Ontario et Saint-Hubert est le meilleur dans le quartier ?
Parce que c'est le seul dans ma saloperie de quartier.

Alors qu'on vantera au touriste la beauté de l'architecture, le Château Frontenac, les grands restaurants et les discothèques de la Grande-Allée, il existe un site glauque et mysterieux, dans la ville de Québec, que le visiteur en mal de sensations fortes ne saurait manquer. Une visite nocturne est même chaudement recommandée aux plus téméraires.
Le Café Zorba est aisé à trouver. C'est sur la rue Saint-Jean. Sachez repérer la moustache sur l'enseigne.
Pour m'y être aventuré à plusieurs reprises au fil des ans, et pour y avoir, récemment encore, passé quelques heures au beau milieu de la nuit, je peux confirmer que le Café Zorba, dont la collection d'amendes pour insalubrité est désormais légendaire, est fort animé à 4 heures du matin, et ce même en tout début de semaine.
D'un côté, il y a Richard, saoul comme une bourrique, qui se fait indiquer par la serveuse le chemin de la sortie. De l'autre, un second client éméché, qui avait su échapper à la vigilance de la brave femme, nous suivra aux toilettes.
Des toilettes ou, si vous avez de la chance, vous verrez peut-être un jour une cliente se soulager, debout devant l'urinoir (c'est un cas vécu).
Pendant que les drags queens (et/ou kings) se succèdent dans le restaurant, la sympathique Nicole, à présent débarassée de Richard -malgré deux nouveaux efforts de ce dernier pour s'introduire à l'intérieur- nous sert une assiette de frites gratinées dans un généreux coulis de sauce brune, que nous dégusterons à la hâte, tout en inhalant les effluves d'eau de javel qui se dégagent de la vadrouille passée sous notre table.
La prudence s'impose durant le repas: on peut à tout moment se présenter à vous, s'immiscer dans votre conversation, voire même s'asseoir sans permission à votre table.
Enfin, le festin terminé, nous rentrerons nous coucher, soulagés d'avoir su distinguer la porte de sortie à travers le smog de fumée de cigarettes.
Le Café Zorba... Une expérience inoubliable. À conseiller au moins une fois.
Peut-être pas deux.
Conservez donc un souvenir de votre passage: demandez un reçu de caisse à Nicole.
J'ai enfin pu, hier soir, exposer mon somptueux chapeau aux intempéries dont il est censé me préserver, et me vautrer narcissiquement dans le spectacle de l'homme respectable que je suis devenu, marchant seul, tête couronnée, sous la neige dans les rues d'un quartier quatre fois centenaire.
Porter un chapeau dans l'hiver québécois comporte plusieurs risques et difficultés. La saison des grands froids rend nécéssaire certaines mesures d'urgences plus adaptées aux rigueurs de l'hiver, tel le port d'une tuque, d'un passe-montagne, ou encore la réclusion totale pendant six mois.
Mais hier, c'était le premier jour du printemps. Des flocons d'une blancheur immaculée empoudraient le Vieux-Québec, ça dérapait bon train sur les trottoirs. Le temps étant clément, je profitai de ce salutaire tandou pour sortir et dénicher dans les faubourgs quelque denrée très périssable susceptible de me sustenter.
J'eus donc énormément de bonheur à exposer mon couvre-tête aux intempéries, tout le long de la rue Saint-Jean, et jusqu'au sinistre Café Zorba, où je fis irruption vers minuit sous le regard vide de deux clients attablés (un troisième squattait les chiottes).
J'avais le chapeau blanchi par la neige; j'étais imbibé de ma propre importance, et me drapant d'une dignité dont je saisissais toute la grandeur, je me dirigeai d'un bon pas vers la serveuse, lui commandai une grosse poutine extra-fromage (je porte un chapeau, ça se voit que je ne suis pas n'importe qui et que j'ai de l'argent) et, les congères perchées sur mon couvre-chef fondant comme vache qui pisse, je payai mon repas en dégouttant sur la machine interac.
Si je n'étais pas aussi hypocondriaque, je m'autoriserais la débauche et l'utilisation à titre expérimental de substances psychotropes.
Après toutes ces années à utiliser les guichets automatiques, il fallait bien qu'un jour, j'effectue un retrait de 20 dollars et que le distributeur m'en donne 40.
En en débitant seulement vingt de mon compte, bien entendu.
«Un bon team d'Allo-Stop »Le type assis devant moi, côté passager, a bien résumé ce voyage Montréal-Québec mené rondement, à fond la caisse sur l'autoroute 40.
Mon nouveau couvre-chef est censé resister aux intempéries, et à la neige en particulier. J'espère qu'il saura se montrer tout aussi efficace pour parer la pluie de quolibets qui, après seulement une journée, s'abat sur moi.
Hier, dans un café, un type s'exclame: «Dick Tracy ! » , à mon apparition.
Au dépanneur du coin, je constate une grande amélioration: «Salut Dean ! »
Cet après-midi, chez Pizza Max, coin Henri-Bourassa et Saint-Denis, un arabe presque ému me demande, alors que je compte ma monnaie, de lever la tête. Je le regarde; il m'exprime son admiration pour Clint Eastwood.
«You know Clint ? ».
Bien sûr que oui. Il est content.
Je paye ma pizza, il me souhaite «bonne journée my frrriend mon ami ! ».
Pendant qu'ici l'hiver s'étire encore un peu et refuse paresseusement de s'éclipser tout à fait, je me remémore la chaleur et le soleil, lorsque, perdu au milieu de nulle part, le 21 décembre 2003, nous débarquâmes de l'autocar à quelques kilomètres de Nuevo Laredo.
Avant de ralentir puis d'immobiliser le lourd véhicule en bordure d'une route solitaire, quelques mots en espagnol, à l'intercom, avaient provoqués l'hilarité de tous les passagers... sauf nous deux, qui ne comprenions rien.
Celle à qui avait été confiée la tâche de nous faire traverser la frontière était une petite, mais intimidante hispanophone qui s'était aprubtement mise en colère contre moi au terminal de San Antonio, lorsque que je lui demandai, poliment pourtant et en arborant mon air le plus embarassé, de patienter encore quelques secondes, le temps que ma compagne, retenue à l'extérieur du bus par les employés qui identifiaient son sac, puisse monter à bord et s'asseoir à la place que je lui réservais.
Dans le bus, tous les passagers étaient Mexicains. Sauf nous.
Dès le départ de San Antonio, la conductrice s'est adressée aux voyageurs en espagnol, uniquement. Nous étions pourtant toujours aux États-Unis, dans l'État même de Dubya, du Commander in Chief. Mais exit l'anglais. Exit les règles de Greyhound USA.
Fuck off.
Avant qu'elle ne ralentisse puis immobilise le lourd véhicule en bordure d'une route au milieu de nulle part, je suppose qu'elle avait partagé avec nous son urgent besoin de pisser, ou toute autre nécéssité aussi glorieuse que j'eus le loisir de ne point imaginer...
Je ne le saurai jamais. Mais dans l'éventualité que mes déductions soient exactes, c'est la vidange de la vessie de cette femme inoubliable qui me procura le premier contact réel avec mon soleil, que j'avais poursuivi à travers toutes ces frontières.
Et Henri m'a trouvé un chapeau...
Henri, Henri... toi qui a 72 ans, trouves moi un chapeau identique à celui que James Stewart portait dans Vertigo.

Petit tour à la clinique, cet après-midi.
Je n'ai pas de mono, ça je le savais déjà...
Pas d'anémie non plus.
Formule sanguine complète comme ils disent: tout est normal, tout coule comme il se doit dans mes somptueuses veines.
Il paraîtrait aussi que j'ai un beau pipi sans protéines et sans traces de sang. J'attendais des compliments sur la couleur, la quantité, ainsi de suite, mais de toute évidence on ne peut pas tout avoir.
Reste à connaître, dans quelques jours, les résultats des tests concernant le fonctionnement de ma glande thyroïde, puis ce sera terminé... jusqu'au prochain effondrement physique, que je saurai bien aggraver le moment venu par une autre mémorable crise d'hypocondrie.
D'ici là, je regarde mes proches s'affaiblir et tituber, et j'essaie de camoufler devant eux mon soulagement.
Je le savais bien que ces symptômes curieux, ces pseudo-vertiges, cette impression de marcher de travers, cette sensation d'endormissement et d'irréalité n'étaient pas seulement dans ma tête.
Bonjour. Mon nom est Fred. et je suis bruiteur.
Ce midi, j'ai mangé des haricots.
Entre autres passe-temps, l'Américain Michael Swango collectionnait les articles de journaux décrivant, photos à l'appui, divers accidents, et se plaisait à saupoudrer de cyanure les beignes qu'il achetait pour ses collègues, le lundi matin. Il aimait aussi verser un produit contre les fourmis dans des verres de Seven Up.
Les patients du Docteur Swango ont aussi gouté à sa médecine. Il en a tué une soixantaine entre 1984 et 1997.
Je me demande maintenant quel employé a amené à la clinique médicale que je fréquente ces temps-ci le Reader's Digest dans lequel j'ai puisé ces rassurantes informations...
Partager |Hyperlien | Toi, qu'est-ce t'en dis ?J'étais trop nerveux, mercredi dernier, pour remarquer le nom du médecin qui m'a examiné. Puis le lendemain, à l'hôpital Saint-Luc, nous avons été incapables de déchiffrer sa signature.
Hier, sur l'heure du diner, je passe donc à la clinique, qui est à deux pas de chez moi:
- « Vous devez absolument voir le Docteur H***** » s'est écriée l'infirmière.
- « Pourquoi ?? C'est grave ?? »
Elle croyait simplement que j'ignorais que je devais revenir voir le médecin pour les résultats de mes analyses sanguines. Un peu plus et je paniquais.
« Les résultats ne sont pas tous arrivés, et je n'ai pas le droit de vous donner ceux que j'ai déjà » me dit-elle, en me montrant pourtant toutes les feuilles qu'elles avait devant elle, puis en ajoutant, sourire en coin: « Vous n'avez pas la mononucléose ».
Acheter pour 39,06 $ de livres d'occasion chez Mona Lisait, sur Saint-Denis, en face du toujours très chic Café Chaos; rentrer chez moi; attendre que ma cuisine soit déclarée pays indépendant.
Partager |Hyperlien | Toi, qu'est-ce t'en dis ?J'aimerais bien redevenir l'homme que j'étais il y a quinze jours. Redevenir gentiment sarcastique, manier l'auto-dérision avec brio. Être à nouveau lucide, vif d'esprit, rieur et enjoué, avec des érections puissantes.
Partager |Hyperlien | Toi, qu'est-ce t'en dis ?Conversations inutiles pour une journée inutile.
TOPONYMIE
fred dit : j'ai changé mon nom...
=v= - i am not batman - dit : lequel est-ce maintenant?
Alowishus Devadander Abercrombie dit : Je me prénomme maintenant Alowishus Devadander Abercrombie
=v= - i am not batman - dit : tout ça c'est ton prénom ?
Alowishus Devadander Abercrombie dit : futiles questions que cela
LÉGER DÉTAIL
fred dit : as-tu des news de Léon ?
Luz dit : Tu es le deuxième aujourd'hui à me poser cette question (et non je nai pas de nouvelles de ce charmant Léon)
fred dit : ...c'est que son décès nous laisse perplexes
Luz dit : dis pas des choses comme ça !
fred dit : pourquoi ?
Luz dit : ben là ... il n'est pas mort
Luz dit : il est juste disparu
TOPONYMIE... (encore)
fred dit : tu me sembles ne pas être Batman, me trompe-je ?
=v= - i am not batman - dit : effectivement, ça saute aux yeux
VIEILLISSEMENT PRÉMATURÉ
fred dit : je me sens telle une vieille femme de 94 ans
giz dit : t'as tu les seins aux genoux?
fred dit : non pas encore, mais j'ai la poche aux chevilles
RAGE CONTRE LA MACHINE
Fille dit : un ticket pour rien faire dans un parc ahaha
fred dit : quelle belle société ! Plus ça change, plissé pareil !
L'APPEL DE LA NATURE
=v= dit : caline j'suis sûre que je vais être malade
=v= dit : j'ai bu trop de vin
=v= dit : parle moi sinon j'm'en vais bon
=v= dit : la toilette calllllllllle mon nom
=v= dit : avec insistance
fred dit : ben va te soulager sillefo
=v= dit : j'ai pas envie, cé le souper qui veut revenir visiter ma bouche
=v= dit : oh, un rot.
=v= dit : correction, plusieurs rots
=v= dit : moi partir
=v= dit : bye bye -xxxxx
fred dit: ok à plus, et bonne fête encore
The following message could not be delivered to all recipients:
fred dit: ok à plus, et bonne fête encore
Pour faire suite (et espérons-le conclure) mes tribulations hospitalières des derniers jours : aujourd'hui, pour la première fois depuis deux semaines, je me suis éveillé.
Puisque qu'il fallait absolument y aller, je me suis mis à espérer vaguement des retrouvailles avec cet infirmier si encourageant qui m'avait dit: «Rock and roll !!! » en juillet dernier, juste après m'avoir démoli le bras pour trois bonnes semaines. Mais ce matin, on m'a envoyé dans un bâtiment connexe à l'Hôpital Saint-Luc.
Tant mieux, je ne me sentais guère d'attaque pour supporter la salle d'urgence et assister à la pénible succession d'itinérants désorients et chevelus, de fugueurs déprimés et malpropres, d'alcooliques finis qui se sont fait massacrer au cours d'une nuit de débauche et qui ne s'en rappellent plus...
J'ai patienté dans une salle bondée, mais tranquille, en présence de cadres fringants fin prêts à aller travailler apres un rapide pipi dans un gobelet, et de quelques vieux chinois -le Chinatown est tout proche- accompagnés de leur progéniture.
Nos vieux à nous, ils y vont seuls, à l'hosto.
On m'a appellé par intercom, je me suis senti important.
Assis dans la salle 2, mon bras gauche est resté calmement sur la table. Ma main droite s'est baladée dans mes cheveux à peu près 48 fois. Il est étonnant de constater comment notre niveau de stress peut varier, selon la raison pour laquelle on a une aiguille dans la peau.
Ensuite, visite aux toilettes.
Mes précautions ont porte fruit. Je suis fier de moi: aucune éclaboussure sur les mains. Et j'ai tout vidé moi-même dans l'éprouvette sans aucun dégat. J'ai failli mentionner avec orgueuil à l'infirmiere que j'en avais uriné beaucoup plus que ce que je lui apportais, mais elle avait l'air un peu pressée.
Je préfère les cliniques de ce genre à l'urgence des hopitaux. Les gens ont l'air moins malades. C'est encourageant.
Maintenant je ne tiens plus en place tant je suis impatient de savoir si mon lactate se transforme adéquatement en pyruvate, et autres choses de ce genre.
C'est à partir de cette prémisse, ainsi qu'au souvenir de tous ces popsicles aux bananes achetés dans un dépanneur Perrette de Saint-Hubert, aux début des années 1990, que j'élaborai il y a deux ans, la théorie du popsicle.
Cette théorie représente en fait un idéal personnel, visant à atteindre le bonheur parfait.
Le bonheur parfait apparait ici sous la représentation d'un individu, assis sur le rebord d'un trottoir par une chaude journée d'été, se délectant d'un popsicle (aux bananes ou autre, la saveur est facultative), indifférent à la circulation automobile, qui ne saurait en aucun moment constituer pour lui une quelconque menace ou une source d'inquiétude, de même qu'au soleil qui risquerait de faire fondre la friandise glacée.
À certains instants, au cours d'une existence humaine, il devient impératif de s'arrêter et de regarder le pospicle aux bananes en soi.

Je suis passe de l'état de nervosité excessive qui m'accablait dans les derniers jours, à un état d'émotivité excessive.
Voila trois jours que cette mutation s'est opérée; je ne peux l'ignorer plus longtemps.
Dans le passé, j'ai vécu cette situation à quelques reprises.
Lorsque cette transformation se produit, vous devenez bouleversé lorsque le chien pleure. Vous vous demandez pourquoi, mais pas très longtemps, parce qu'après tout, est-ce vraiment important ? Comment ce questionnement pourrait-il être important lorsque le chien pleure ??
Vous ne vous en êtes d'abord pas aperçu... mais vous parlez à voix basse à tout le monde maintenant...
Vous ne riez plus vraiment, vous vous abstenez de prononcer des blagues grossières, pour vous contenter de sourire doucement.
Lorsque vous vient l'idée, un midi de printemps, d'aller méditer dans quelque parc où vous aviez été méditer jadis, vous vous en faites presque pour le muret sur lequel vous êtes assis, et tandis que la glace fond sur ses parois, vous vous demandez si ce n'est pas un crime que de perturber sa renaissance...
Il semble que votre peau devient extrêmement mince, et que vous ressentiez l'âme brisée de toute chose, les Bouddhas irréalisés dans chaque créature, vivante ou inerte.
Un peu plus et vous en écraseriez une larme sous votre talon d'Achille.
Raphaëlle, we're chained... Raphaëlle, mon âme soeur inconnue, toi qui hantait jadis les lieux que je hante maintenant: j'ai en ma possession ta facture d'électricité.
Après l'avoir reçue, vendredi, je l'avais pourtant remise à la poste. Mais elle est revenue dans ma boîte aux lettres aujourd'hui. N'est-il pas merveilleux de recevoir chez soi une preuve si flagrante de l'efficacité de notre service postal ?
Peut-être n'aurais-je pas dû écrire «Ouère did shiigo ?? » sur l'enveloppe, à la droite de ton nom. Un simple et banal «déménagée » aurait probablement fait l'affaire.
Raphaëlle, je remettrai ta lettre à la poste.
En terminant, je me permets un conseil, dans l'éventualité où Postes Canada récupérerait ta facture, puis réussirait le tour de force de l'expédier vers ce lieu inconnu où tu résides maintenant (après tout, nous pouvons désormais nous poser la question: y a-t-il quelque chose à l'épreuve de notre service postal ?)
Je te suggère d'écrire «destinataire décédé » sur l'enveloppe, puis de la poster à nouveau...
J'ai moi-même, lors de mes années de vaches maigres, réduit au silence quelques créanciers par cette courte phrase sinistre... et tu vois, je suis toujours là !
C'est une question d'attitude. C'est la façon dont on perçoit l'existence.
Comment résumer les divergences entre elle et moi ?
Elle aime les Sex Pistols; moi j'aime les Ramones.
À New York, l'été dernier, elle voulait voir le Chelsea Hotel, où Sid Vicious a assassiné Nancy Spungen à grands coups de couteau.
À New York, l'été dernier, je voulais voir le CBGB, où Joey Ramone a enfanté la scène punk américaine à grands coups de «1-2-3-4 ».
«J'avais pris la peine de mettre une pancarte, calvaire !!! »
(Un individu furieux, le bras droit tâché de peinture noire, un pinceau à la main, surpris derrière une porte que je venais d'ouvrir violemment d'un vigoureux coup de pied)
«Tu vas suuucer ma gwène !!! »
(Un deuxième individu, non moins furieux, s'adressant à un gérant de dépanneur qui venait de le surprendre à voler un Coke)
Une autre histoire qui se perpétuera à travers les âges, pendant plus de vingt siècles.

Montréal. La Cité sous son jour le plus laid. Aujourd'hui: jour gris, sans intérêt. Où la pluie n'a cessé depuis le lever du jour, où toute l'eau tombée du ciel dispute les trottoirs aux accumulations de neige souillée qui survivent encore au redoux de cette fin d'hiver et aux cacas de chien fraîchement dégelés et ramollis.
De mon parapluie, je repousse les attaques répétées des voitures, qui roulent dans les flaques et m'éclaboussent au passage.
Au croisement du Quartier Latin, du Plateau Mont-Royal et de Centre-Sud, les neuf grands drapeaux détrempés tiennent leur profil bas.
Debout à l'angle de la rue Sherbrooke et de l'avenue du Parc-Lafontaine, je surveille d'un oeil la circulation de cette fin d'après-midi, et j'observe de l'autre toute l'eau tombée du ciel, l'eau qui dévale la chaussée jusqu'au croisement rassurant des rues Amherst et Ontario, là où Centre-Sud amorce son déploiement avec superbe.
La rassurante voie des pawn-shops, des putes assexuées. De la tabagie Pat et Robert...
Seize heures trente, je quitte pour Québec. Dans la petite voiture blanche, trois personnes échangent leurs impressions du Mexique et de México. Moi je me tais, je garde mes souvenirs pour moi, des photos et des photos, des billets de bus et des photos, cachés dans mon énorme sac de voyage, qui repose dans le coffre arrière du véhicule et c'est tant mieux.
Les bancs de neige s'élèvent vers le ciel, toujours plus haut, à mesure que nous roulons vers le nord. Encore une soixantaine de kilomètres avant Québec Citi, et la route est désormais franchement mauvaise. Les rafales de vent balaient maintenant la neige vers l'autoroute, font divaguer l'auto. Issoudun n'est pas un endroit pour mourir. Route-du-Cap non plus. J'offre mes plates excuses à l'autochtone. Je caresse mes ulcères d'estomac.
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