«La réalité, à 25 ans, c'est que tu as envie de fourrer;
à 40 ans, tu as fourré en masse et tu repenses à ça»
(Jean Leloup)
«Je regarde les gens autour et ce qu'ils appellent l'amour, ç'a l'air plate à mort.
D'un autre côté, je vois des gens qui se quittent parce qu'ils n'aiment pas les mêmes sports... Les gens sont lamentables!»
(Jean Leloup)
Source: Cyberpresse.ca, 2002.
Je n'allais quand même pas monter en voiture avec de parfaits inconnus, par un temps pareil.
La neige trop abondante (la neige est toujours trop abondante, surtout à ce moment de l'année) m'a persuadé de rester à Québec une journée supplémentaire.
J'aurais pu opter pour le moyen de transport le plus sécuritaire: l'autobus. Mais à quarante-deux dollars le billet, on me comprendra de m'être abstenu.
Ces heures supplémentaires dans la Capitale m'ont donné la possibilité de passer la soirée SOUS SUPERVISION dans la Basse-Ville, au bistro Scanner d'abord, puis aux Salons d'Edgar. J'aurais été incapable de passer une bonne soirée si j'avais dû monter dans la Haute-Ville.
J'étais avec une des rares personnes qui a de l'importance sur cette planète, pour le reste, voici ce que ça a donné...
Rencontre sans importance #1: le type qui travaille au Scanner, rue Saint-Vallier, est le même que l'automne dernier, lorsque j'étais au chômage et que j'allais prendre l'espresso dans ce bistro, avant l'entrée des étudiants.
Je ne sais s'il m'a reconnu. Probablement que oui, les gens me reconnaissent toujours.
Rencontre sans importance #2: un chauffeur de taxi, un conducteur jeune (ce qui est fort rare), m'a appris certains faits totalement inutiles.
Par exemple, Québec-Montréal en taxi coûte 350 dollars.
Pour Québec-New York, c'est 1100 dollars. Quatre touristes américains ont payé cette somme le 11 septembre 2001.
Rencontre sans importance #3: un moustachu jovial, employé (peut-être même propriétaire, vu son âge) du restaurant Ashton, sur la 1ère Avenue, a longuement fait état, devant une laidronne aux dents croches, de ses souvenirs des années 1970...
«On avait plus de liberté que vous autres»
«On écoutait la musique forte, maintenant j'ai des problèmes»
«J'en écoutais du Supertramp !»
«On avait pas toujours la police au cul, comme aujourd'hui !»
«J'avais un ORCHESTRE, en plus !»
Lorsque ce fut mon tour de défiler devant lui, pour recevoir ma commande, il a poursuivi, sur le même ton, spécifiant que j'étais chanceux d'être jeune et d'avoir «tout ce qui existe aujourd'hui».
J'ai refusé de donner mon approbation, préférant l'encourager en répondant: «Oui mais vous aviez plus de liberté !».
Puis j'ai réclamé 4 sachets de mayonnaise, mettant un terme à une conversation qui promettait pourtant quantité de moments forts.
Je suis rentré avec une poutine déguelasse. Ça va me foutre des crampes, comme à chaque fois que je mange la merde qui vient de ce resto. Mais c'est de la merde qui en vaut bien une autre.
Et, au moins, il ne m'ont pas fait le coup du fond de plat rempli de pommes de terre qui ont passé dans la friteuse deux fois.
Je connais l'arnaque, j'ai déjà travaillé dans un de leurs restos.
Presque une semaine plus tard, je suis toujours à Québec, où je devais initialement demeurer une journée ou deux...
Je crois que je suis maintenant prêt à rentrer chez moi. De toute façon, je commence à sérieusement tourner en rond, et il n'y a plus de café.
Le but du voyage, nébuleux au départ, a été atteint. Du moins je le crois...
Dans quelques heures, je rentrerai et serai en mesure de passer à l'étape suivante, et de réorganiser à nouveau mon existence chaotique.
Il vient un moment où trop d'idées, trop de questions, trop de plans machiavéliques et trop de concepts abstraits se bousculent dans notre esprit, nous rendant par le fait même incapable d'avancer et de comprendre quoi que ce soit.
Généralement, c'est dans l'état de confusion causé par les multiples collisions des idées que se crée la peur irrationnelle, mais néanmoins obsédante, de terminer ses jours dans un hôpital psychiatrique.
Les craintes dissipées (pour tout de suite), le Vagabond confus peut retourner dans sa maison, et même se risquer dans son habitat naturel, le transport en commun, avec la confiance de jours meilleurs.
J'aime bien recevoir des emails à 2h17 du matin.
Partager |Hyperlien | Toi, qu'est-ce t'en dis ?Les choses reviennent tranquillement à la normale: je commence à en avoir assez d'être à Québec, je commence à avoir hâte de rentrer chez moi, et je commence à avoir hâte de boire mon propre café.
J'ai pris des engagements, j'ai des endroits où je dois aller ce midi, cet après-midi, ce soir.
J'aurais envie pourtant de rester ici, enfermé dans cette pièce qui a constitué mon univers depuis 5 jours , malgré la pénurie de café qui sera effective dès que j'aurai bue cette dernière tasse, posée là devant l'écran.
Le téléphone n'arrête pas de sonner et ça m'énerve.
Je ne réponds pas: je ne suis pas chez moi ici. D'ailleurs, je ne réponds même pas au téléphone lorsqu'il sonne chez moi, alors je ne commencerais pas ça ailleurs, ce matin.
De toute façon, si c'était pour moi que ça sonnait, c'est peine perdue. Il y a des façons hautement plus pratiques de me rejoindre. Dans mon cas, même le pigeon voyageur est un moyen de communication plus efficace que le téléphone.
Conseil du jour: attention à ce nouveau breuvage. Il cause des effets secondaires néfastes, tel l'endormissement sur le sofa.
Dante: You hate people!
Randal: But, I love gatherings, isn't it ironic?
(Extrait du film "Clerks" -1994)
Je commence à avoir hâte de rentrer chez moi et de recommencer à vagabonder. Ici, je ne vagabonde plus.
--Fred. (Vagabond Somptueux...de confection européenne)
Musique du jour: The Get Up Kids "One Year Later"
Si je suis toujours à Québec pour une quatrième journée, c'est probablement parce que je suis enfermé quelque part, et que je sors très peu.
Mes sorties se sont jusqu'ici limitées à des déplacements du point A au point B, toujours pour aller voir une personne bien précise.
Hors de ma cachette, quelque part dans le quartier Limoilou, mes rares contacts avec le monde extérieur ont eu lieu dans les autobus (rien de surprenant) ou chez les personnes que j'ai justement visité.
Je me sens relativement en sécurité, une sécurité précaire, mais qui fera l'affaire dans les circonstances.
Voici quelques observations sur ce vagabondage, amorcé samedi dernier, 20h30:
Samedi
Le sosie du chanteur de Weezer travaille au restaurant "La pointe des Amériques", sur le boulevard Laurier.
Dimanche
Dans la 801, face à l'Université, un gros bonhomme aux dents jaunes et aux longs cheveux de la même couleur (rapport à la saleté), aborde une femme Noire dans la quarantaine, qui porte des lunettes et fait semblant de lire pour se débarasser de son indésirable interlocuteur, par les mots suivants:
«Vous ressemblez à Woupi Gaulebeuuuurgue... l'actrissssse !»
Lundi
J'ai donné rendez-vous à quelqu'un dans un café.
En l'attendant, soupe, espresso, journal.
En l'attendant, j'ai réalisé que je me foutais totalement de voir cette fille ou pas.
Je me suis levé, j'ai enfilé mon manteau, payé la soupe et le café. Je suis sorti. Je ne la reverrai probablement plus.
Mardi
Vingt-six novembre: un an, jour pour jour, après mon départ de Québec.
Pourquoi pratiquement chaque personne à qui j'ai parlé ces quatre derniers jours, m'a demandé si j'étais revenu vivre ici ?
Je suis de passage seulement, et à chaque quartier que je traverse avec la saloperie de bus qui ne roule jamais assez vite, c'est quarante mois de souvenirs que je vois passer.
Voilà pourquoi la réponse est: non, je ne suis pas revenu vivre ici, et non, je ne reviendrai pas m'installer dans cette ville.
Je ne sais pas trop à quoi sert ce voyage, mais une chose est sûre, je suis dans un meilleur état que vendredi dernier.
D'abord, je n'ai plus l'impression désagréable d'être sur le point d'obtenir mon aller-simple pour l'asile.
Je sais que c'est un sentiment banal, fréquent, que celui de devenir fou, mais il reste que j'avais un peu perdu l'habitude de le ressentir.
Ça explique pourquoi j'ai décidé de me sauver samedi dernier. Je me sens mieux maintenant, et même le visionnement de "Girl, Interrupted", dimanche soir à la télé, ne m'a pas affecté.
L'homme qui conduisait, samedi dernier, le taxi qui m'a mené au terminus, voulait devenir mon ami, je crois. Du moins, il tenait absolument à me faire la conversation.
Je n'avais pas envie de parler, je l'avoue.
D'autant plus qu'il a mis du temps à se pointer, beaucoup de temps, et que j'étais bien déterminé à ne pas lui laisser un sou de pourboire lorsque je suis monté dans son véhicule.
Au moins, c'était confortable là-dedans. Et chaud, parce qu'on se les gelait samedi, c'était atroce...
Le chauffeur: barbiche noire, grosses lunettes épaisses, et un sourire qui donnait l'impression d'être tatoué à jamais dans sa figure jaune.
Réalisant, dans un éclair de lucidité bouleversant, qu'un seul mois nous séparait de Noël, il a cru bon de me souligner que les Québécois étaient ceux qui célébraient le plus cette fête.
Je ne lui ai pas demandé de preuves, je n'ai pas voulu non plus le décevoir en lui disant que je ne fêtais jamais vraiment Noël, et que je n'avais pas passé de 25 décembre dans ma famille au cours des 6 dernières années.
Il a changé de sujet; m'a demandé où j'allais, vu que je lui avais demandé de me déposer au terminus.
Je lui ai dit que j'allais passer quelques jours à Québec.
Alors, le conducteur de ce taxi m'a dit qu'il n'y avait rien de mieux que les voyages en autocar, la nuit. À la noirceur.
J'ai approuvé, et, soudainement, il m'a paru plus sympathique.
Le type m'a dit avoir souvent fait le trajet Toronto-Québec la nuit, et qu'il adorait, et qu'il aimait aussi quand le bus s'arrêtait dans un restaurant quelconque, pour faire une pause, dans un village inconnu.
Ça m'a rappelé le milk-shake que j'avais bu, une nuit d'octobre, dans un restaurant quelconque, et une ville inconnue, quelques jours avant mes 15 ans, alors que je m'étais sauvé.
Et le type m'a paru, sans le savoir, encore plus sympathique.
Puis il m'a avoué qu'autrefois, c'était son métier, dans son pays, de conduire des autobus voyageurs.
Mais le jour seulement !
--Et pourquoi pas la nuit ?
«Parce que la nuit, dans mon pays, ils nous tiraient avec des mitraillettes ! » qu'il m'a répondu en riant, comme si c'était là la chose la plus comique qui ait existé.
--Et c'est quoi votre pays ?
--Le Cambodge !
Alors je suis parti à Québec. Et j'ai donné 3 dollars de pourboires à ce monsieur. Beaucoup trop, mais il le méritait.
Partager |Hyperlien | Toi, qu'est-ce t'en dis ?Impossiblité à communiquer.
YOU CAN'T FIRE ME BECAUSE I QUIT
YOU CAN'T FIRE ME BECAUSE I QUIT
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Risque: oser sortir en plein jour, malgré la neige qui est tombée depuis 2 jours.
Le soleil qui reflète sur la neige est une des choses les plus laides au monde, mais il ne faisait pas soleil, et il n'y avait pas assez de neige pour que ce soit si laid que ca.
Sortir fut donc un risque calculé. En voici les fesses-à-yan faits saillants:
¤ J'ai eu une discussion intéressante dans un salon de photo de la rue Bleury.
Elle m'a dit que si son frère etait capable de passer la frontière, j'en serais assurément capable. J'ai plutôt tendance à la croire, sauf que je ne connais pas son frere.
¤ me perdre dans le Vieux.
¤ me retrouver.
¤ acheter du café.
¤ songer à ma règle de conduite numero 1, celle à propos de la supervision, et en constater le bien fondé.
¤ terminer de lire mon livre, enfin. Ça se termine mal: un type se fait jeter en bas de la cage d'ascenseur, un autre se fait tirer par les flics sur un toit, et le dernier se suicide. Tout ça pour en arriver là...
Voici les choses qui n'ont pas été faites hier, mais qui ont été accomplies aujourd'hui: dormir, acheter du café, rouler les cents qui trainent dans un pot.
Voici la chose que je n'ai pas faite aujourd'hui, mais que j'avais fait hier:
Réflechir a la personnalité du concierge de notre immeuble.
Conclure que s'il travaille autant, et qu'il met tant d'énergie à se mêler des affaires des locataires, c'est parce que sa femme est laide.
Les heures passent et j'oscille toujours entre un profond dégoût de moi-même et une confiance à toute épreuve.
Dehors, il faisait froid, les pigeons pateaugeaient dans une flaque de vomi.
Je suis rentré chez moi, pour faire mon lavage, et pour patienter, j'ai écouté "American Pie", doublage en français mes ami(e)s...
J'ai aussi ouvert l'ordinateur, pendant que le film jouait... Hélas, ça donne des discussions comme celle-ci:
Fred dit : tu as déja regardé de pres les équipements sanitaires de cette école ?
Luz dit : non malheureusement ou heureusement ?
Fred dit : comment une femme aussi radieuse peut enfanter un type comme Stifler ?
Luz dit : est-ce que ca va ?
Ou encore:
Fred dit : c'est pas en amenant une fille au belvédere pour lui sortir des phrases de cloche que tu seras plus romantique
Marie dit : quoi?
Fred dit : SUCE MOI BEAUTÉ FATALE
Marie dit : Ok je comprends maintenant
et puis:
Fred dit : une jolie européenne de l'Est, toute nue sous ton toit
Gilles, L'Homme De La Situation dit : européenne de l'est haha est belle elle
Fred dit : merci seigneur pour ce magnifique jour de gloire
elle va a l'étage du dessous !
Fred dit : il y a une ravissante femme allongée sur mon lit en train de se masturber
Fred dit: fonce la bas merde elle est toute chaude !
Gilles, L'Homme De La Situation dit : trace de merde
Fred dit : hahaha il est rentré chier a la maison
Gilles, L'Homme De La Situation dit : jconnais un gars qui sfait apler comme (trace de merde) passe qu'il a déja chier partout
Fred dit : est-ce qu'il s'est tapé ta mère ?
Gilles, L'Homme De La Situation dit : malheureusement non
Ok, ça va, c'est assez... et ce que je bois là est un mokaccino et non un café (merci Finch...)
Partager |Hyperlien | Toi, qu'est-ce t'en dis ?Neuf ans plus tard, un sk'4 novembre avec toi, pour la dernière fois...