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Histoire qui ne commence pas par un tremblement de terre, ni par des oiseaux, ni par des serpents, ni par des aéroplanes, et où il n'est pas question de Lenny Bruce ou de Lester Bangs

28 mai 2008

Levé tôt, allé faire pipi, brossé les dents, fait chauffer de l'eau pour le thé, à la cuisine. Il n'en reste plus. Alors j'ai rébouillanté (du verbe rébouillanter) les feuilles d'hier soir laissées dans la théière. Je suis retourné au lit, ai posé la théière à côté du matelas. Le thé était âcre. Trois gorgées.

De passage dans la cuisine, j'ai marché devant une fenêtre ouverte en-haut de l'évier. J'ai cru comprendre qu'il faisait mille degrés dehors, et un tour de balcon, debout en bobettes, m'a permis de constater le vrai de la chose. Les gens s'accumulent à la sortie du dépanneur d'en face, avec dans leurs mains des bières froides et des Mister Freeze. C'est l'été et j'ai mis des culottes.
C'est l'été et voilà enfin une excuse, attendue depuis des mois, pour sortir de la maison en wifebeater.

J'ai amputé de quelque dollars le deux-cent-quatre-vingt-neuf économisé jusqu'à maintenant pour le scooter du futur (voir plus bas), et je me suis payé un café à l'Atomic, même si la caféïne ne me fait pas, que le lait de vache c'est dégueulasse et que le lait de soya me donne des glaires.

Des fois tu marches sur la rue et tu vois au loin une fille que tu trouves de ton goût. Quand tu la croises sur le trottoir, elle te dit bonjour et là tu te rends compte que tu la connais et que t'as déjà couché avec. T'as l'air étrange, mais gentil. Des fois, c'est le genre de chose qui arrive. Mais pas dimanche dernier.

Dimanche dernier, j'ai fait de la fièvre des foins au coin Joliette et Ontario.

Ça pue dans ma chambre. On a décidé de virer les meubles, puisqu'on déménage dans cinq semaines. En fait, Mathilde a décidé de tout donner. Je pense que j'ai approuvé son geste. Allez voir dans les annonces classées pour un aperçu des meubles qu'on donne et la chance unique de venir les chercher dans notre salon et me voir me gratter devant vous.

Ça pue dans ma chambre. J'ai opté pour une solution simple pour règler le cas de la commode : vider par terre le contenu des neufs tiroirs et déplacer le meuble de la chambre au salon, en attendant que son éventuel acquéreur, recruté via les annonces classées, vienne m'épargner la tâche de le déménager le mois prochain, et vienne me voir me gratter.

Depuis le vidage des tiroirs, ma chambre est un sol mou sur lequel je rebondis tel Buzz Aldrin en soixante-neuf. Plein de vêtements partout, dont plusieurs n'avaient pas vu l'odeur du jour depuis un bon moment déjà. Un doux fumet de fond de garde-robe et de syndrome pré-Armée du Salut flotte dans la pièce. Le thé est âcre en maudit, la théière est restée là. Je travaille de mon lit en éternuant et je m'ébouillante avec le café chaud du coin, qui me tâche la camisole. S'abreuver en position semi-kekchose constitue un risque pour la propreté de ses plus belles tenues.

J'ai la fièvre des foins et le lait de soya me donne des glaires. La fenêtre ouverte chasse les odeurs mais les lattes du store claquent.

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