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J'ai peut-être pas de classe, mais j'ai de l'hygiène

12 mai 2008

Je viens de sortir de mon appartement, après trois jours sans sortie, passés à bosser de la maison, à boire du thé, à boire de la bié.
Je coupe à travers les petites rues question de croiser des femmes de trente-deux ans habillées comme des guédailles de quatorze. Sur Valois, je lis un graffiti en belles lettres attachées : « La crise du logement n'est pas finie ». Je pense à acheter une canne de spray paint et écrire en gros : « Pénurie de peinture en spray ».

Détour au Pharmaprix pour acheter un objet unique et désirable : un bâton de désodorisant à odeur de « glacier » (c'est écrit dessus). J'ai peur que le réchauffement climatique me fasse puer des en-dessous de bras en me faisant suer plus chaud qu'une marque concurrente. À la caisse, l'employée me fait payer sans me dire un mot, sans me regarder. Néanmoins, mon bonheur demeure intact, car j'ai une carte Optimum et un jour moi aussi je bénéficierai d'un rabais substantiel.
Mon achat me comble, je vais sentir bon, je vais sentir comme le glacier, je vais sentir une croisière dans l'Antartique. Je ne sors pratiquement jamais parce que je ne sais pas me tenir, mais sachez qu'à la maison je prends des douches.
Avant de quitter la pharmacie, je croise un ami qui s'approche des caisses. Je me réjouis de n'avoir acheté aucun article gênant. Pour montrer ma bonne foi, je lève le Speed Stick haut comme la torche olympique, haut comme le skyline de Dubaï, haut comme la longueur de mon bras finalement. Mon anti-sudorifique a l'air de dire : on n'a peut-être pas de classe mais on a de l'hygiène.

Arrive à l'épicerie pour me rappeler la verdeur des denrées. Dans une des cinq rangées de cannage, je croise une fille que je voyais le matin dans l'autobus 29, dans une autre vie que je travaillais pour vrai. Je la trouvais cute dans le temps. Mais maintenant à chaque fois moins. Même que de plus en plus moins, à mesure qu'elle enlève des couches d'hiver. En plus, son chum a l'air de puer.

La caissière la plus lente travaille à la caisse rapide. Je lui demande le comment-ça-va-chez-vous, dans une logique de non-agression et d'implantation sympathique dans un quartier donné de la terre des hommes. Après un silence, elle exhale un « oui », et puis c'est tout. Les supermarchés sont pleins de denrées périssables et de caissières de dix-sept ans qui n'ont pas encore appris les aptitudes sociales.

Les denrées font bip-bip à la caisse -je chante Roadrunner de Jonathan Richman dans ma tête mais tu n'étais pas là- et taxes incluses mon épicierie coûte 20.00 $ pile. Le juste prix ! Pour une rare fois que ça arrive, je n'ai pas de billet de vingt. Je veux payer avec ma carte. La transaction est refusée.

Je dépense le reste de mon petit change pour un café à l'Atomic. Un inconnu se mêle de la conversation que j'ai, j'ai envie de le frapper à coups de pelle dans face mais à la place je caresse sa barbe. Il se montre agacé. J'arrive chez nous sans croiser d'autre mécréant. Les vidanges fleurissent comme à tous les lundis. Elles me font penser à des gens que je ne croise plus et je me dis : peut-être qu'ils sont morts ?
Rentré chez moi, je me débarasse de mon t-shirt, met une camisole et ressent la fierté d'avoir des en-dessous de bras même si de leur utilité je ne suis pas sûr.

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