Gagner un concours dans un bar est une mauvaise idée car tout le monde voit bien que tu as de l'argent
Pittsburgh a gagné vendredi soir, et les Red Wings en ont remporté une deuxième samedi. Je suis maintenant en seconde place dans mon pool, c'est fou comme c'est excitant, on peut suivre ça ici pratiquement en temps réel. D'ici deux ou trois semaines on devrait savoir combien d'argent de bière j'ai gagné avec ça. Si jamais j'empoche le magot, j'ai pas l'impression que c'est avec ça que je vais m'en payer un, scooter.
Autre raison qui explique peut-être, comme nous en parlions hier, que mon enthousiasme initial pour le sport ait été tué à l'adolescence : une haine viscérale pour mon prof d'éductaion physique en secondaire 3.
Je ne me rappelle pas de son nom. Je pourrais peut-être faire une recherche sur les sites du genre « Rate my teacher », mais je ne suis même pas certain que je pourrais le reconnaître. Quinquagénaire, il avait joué dans l'équipe de volley-ball olympique de son pays d'origine, l'Égypte si je me souviens bien. En tout cas, c'est ce qu'il nous avait raconté, pour les Olympiques. Mais une vilaine blessure l'empêchait maintenant de trop se démener dans le gymnase. Il nous faisait jouer constamment à sport de prédilection, et comme j'ai toujours détester, sans raison précise, ce sport de prédilection (les blancs ne savent pas sauter), on n'était pas fait pour s'entendre lui et moi. Il s'en est pris à moi parce qu'il me trouvait paresseux, pour une raison ou une autre, puis s'est mis à m'accuser, devant tout le monde, d'être trop fatigué pour participer aux cours parce que je me levais tôt le matin pour passer le journal.
Comment il avait su ça et qui s'était ouvert la trappe ? Aucune idée. Il y a dû y avoir du coulage dans une réunion de parents, ou une taupe matinale dans mon quartier. Mais bref, entre me salir les mains à l'aube sur une trentaine de journaux et récolter du bon tip des Anglais, ou jouer au volley-ball l'après-midi et récolter des ecchymoses aux poignets à cause d'un stupide ballon, le choix n'a pas été difficile.
Peut-être espérait-il me secouer de mon apathie légendaire en y allant de ses beaux discours devant les autres, qui du reste devaient s'en crisser éperdûment, mais moi quand on m'attaque gratuitement, surtout devant tout le monde, ce qui n'a guère de classe (joke d'école, « classe »...) je ne fais que me retrancher davantage dans mes positions et m'entêter encore plus.
La balance de l'année s'est déroulée de la manière suivante : quand l'envie me prenait, et elle me prenait souvent, d'aller m'asseoir dans un coin plutôt que de jouer au volley, on avait tôt fait de me dénoncer au prof, qui m'invitait cordialement à aller me « reposer » de mes loyaux services matinaux au quotidien The Gazette dans le bureau du directeur le plus proche. Joie.
