Bouillon de neige jaune pour l'âme
15 mars 2008
Quand je suis rentré dans le quartier samedi après-midi, une odeur de soupe poulet et riz embaumait la rue pas encore déneigée, et le long des cutters on voyait cascader en de grandes rigoles, jusque dans les caniveaux, des vaguements jaunes qui roulaient des yeux. Les morceaux de carottes qui flottaient dans les bols fumants étaient tous assez gros pour rester pris au travers d'une gorge juvénile et étouffer un enfant de trois à six ans. Leurs grands frères et grandes sœurs jetés à la rue décrochaient des morceaux de bancs de neige et les portaient à leurs bouches en aspirant le bouillon comme autant des mal-nourris aux regards hépatiques.
Frederic Rappaz © 2002-2008
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