This is not a broadcast
Pour une erreur qui est trop conne pour qu'elle soit relatée ici, je suis arrivé à New York 68$ dans le trou, et me retrouve avec à peine quarante dollars dans mes poches pour dormir, manger et boire pendant 2 jours et demi. Assez vite, je me dis qu'advienne que pourrira. Aussi bien flamber le tout comme bon me semble et sacrer le camp lorsqu'il ne restera plus rien. C'est ça qu'on va faire.
Ma chasse au wi-fi sauvage et au tea-shop sera d'une durée plus brève que prévue. Me voici en début de soirée chez Finnerty's, prétendument un pub irlandais qui n'a pas grand chose d'irlandais, ni la musique, ni le décor, encore moins l'ambiance. Trois personnes entrent en hurlant, à un point, mais partent se cacher derrière la table de billard. Le bouncer lit le journal du matin à minuit le soir, et semble s'ennuyer entre deux shots occasionnelles. Je bois des cannes de Pabst Blue Ribbon en lui tournant le dos, et voici ce à quoi ça ressemble (vous admirerez les couleurs chatoyantes de ce portrait) :

Je quitte après deux cannes. Plus tard, ailleurs, j'ai rencontré un couple d'Irlandais, deux vrais, de Dublin, première visite ici. Que voilà du monde bien.
Pendant que Josh tapait sur le zinc et hurlait à tout le monde de sortir, Amy : « Let's pretend I'm talking to you, so you can stay ». Je suis resté jusqu'à cinq heures du matin à « fermer » le dive avec les deux employés qui, pour une raison ou une autre, semblaient s'être pris d'affection pour moi, dans le sens qu'ils me gardaient là comme un ami de toujours et comme s'il n'y avait rien d'incongru à ce que je m'y trouve. Le comptoir est torché sommairement, une folle crie dehors. Le rideau de fer intérieur est baissé, de sorte qu'on ne voit pas le soleil se lever.
Mon hôtel est sur la 103e Rue. Amy m'a offert de partager le taxi. « J'ai fait trop d'argent ce soir, j'aime mieux ne pas prendre le métro. » Elle monte jusqu'à la 186e. Je décline l'offre, prétextant que le métro est plus ergonomique économique. Mais avec le peu qui me reste, au lieu de chercher à rentrer je remonte l'avenue, arrête au dépanneur et en ressort avec une cannette de Budweiser à 1,25$, que je bois en marchant de long en large jusqu'à ce qu'elle soit finie en cherchant un divan de rue que je connais, mais qu'au final les éboueurs ont dû emporter. Je pense au gars que j'ai vu se faire frapper par un camion de vidanges, plus tôt dans la soirée, au coin Mott et Bayard. J'entre chez Odessa, même si je m'étais dit que non.
Le serveur a un accent épouvantable, en plus d'être un des hommes les plus laids qu'il m'ait été donné de voir dans mon existence. Il refuse de me servir du borscht, prétextant qu'il n'y a plus de soupe. J'en doute. Je soupçonne qu'il ne m'aime pas. Je commande des frites, ou autre chose, je ne sais plus. En attendant la bouffe, je paranoïe à l'idée que son acolyte m'a reconnu et sait que j'ai dans mon garde-manger 4 bouteilles de sauce piquante volées deux semaines plus tôt sur les tables du même restaurant. Je me mets à penser qu'ils cherchent à m'empoisonner, qu'ils pissent dans la mayonnaise, ou pire encore. Finalement, je mange quand même. Un gros monsieur en complet tape comme un forcené sur le cul du ketchup Heinz, il déploie de l'effort, je lui crains une crise cardiaque.
J'échappe tout le contenu des mes poches en sortant, question de me faire remarquer, et me revoilà à pied à essayer de me perdre en cherchant le métro. Une fois dedans, c'est pas mieux, je me perds encore, mais je fais du progrès, je me rends compte que je m'enligne sur Queens avant d'y être arrivé. Je souris à des inconnus, je porte des souliers, je ressens du bonheur.
Tout ceci est faux, bien entendu.
