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« Guide d’introduction aux rapports entre les êtres humains avant la guerre avec la Corée du Nord » : Extrait 2 de 7.

30 décembre 2007

Voici le second des 7 extraits de « Guide d’introduction aux rapports entre les êtres humains avant la guerre avec la Corée du Nord », un genre de guide Michelin pour les visiteurs de l'espace, dont la rédaction a été entreprise à l'été 2006. Cet extrait est un petit peu plus long, mais on est en vacances, on a tous le temps.

(Lien vers l'extrait #1).

EXTRAIT 2

Bizarroïdement, je commençai à faire de grands projets de grandeur, moi qui ne projetais plus rien et qui ne projetais même pas de projeter quoi que ce soit avec la gent féminine. Soudainement, c’était comme si je ne pouvais plus compter seulement sur mon apparence physique et ma tenue vestimentaire pour faire bonne impression. Il fallait que je sois quelqu’un de grandiose. Il fallait que je sois quelqu’un à la hauteur, et la seule pensée que je pouvais faillir, ne pas être à la hauteur de cette femme, pensée que je repoussais en-dedans, me terrorisait. (...)

Aussi, je me demandais si, un jour, à force de voir les mêmes grains de beautés aux mêmes emplacements sur le même corps humain de femme tout le temps, on ne vient pas un peu à ne plus remarquer, à trouver moins belle la beauté du corps autour du grain, à moins aimer le grain de beauté lui-même, le considérer tout à fait anodin.

Bref l’attrait ne s’évanouissait pas, ne passait pas, ne disparaissait pas, ni dans un sens ni dans l’autre, malgré les mois qui eux passent tout le temps, et je me posais des fois comme question si, de son côté à elle, ce n’était pas que l’attirance physique qui la faisait m’inviter tout le temps à aller la voir.

Mais je me plaisais à croire que non, parce que des fois, pour rien, elle me regardait avec de drôles d’yeux, pas le genre d’yeux que le monde regarde autrui avec, et pas le genre d’yeux qu’elle utilise pour voir des objets.
Encore bien moins la paire d’yeux que prennent les gens, n’importe qui, n’importe quelle autrui, pour m’observer ailleurs, dans le grand monde, ou dans la file d’attente au marché.

Je me posais des questions sur ses yeux là, à elle. Mais je ne posais pas de questions à elle, au sujet de ses yeux. Parce que je ne connaissais pas la réponse et ça m’angoissait.

En règle très générale, quand une personne pose très directement une question à la face d’une personne qui est autrui, cet autrui doit rétorquer, sinon ça fait un trou dans le continuum question-réponse qui est la base d’un échange entre deux êtres vivants non-décédés. Il y aurait eu réponse; j’angoissais de la réponse. J’angoissais de l’entendre me dire qu’elle ne m’aimait pas, j’angoissais de deviner un mensonge ou pire, un bien-flou.

J’angoissais, de ne pas croire autant que de tout gober, même gober tout rond une vérité toute nue, dite sur l’oreiller par une personne toute nue, une réponse entrée dans l’orifice duveteux de mon oreille, sur l’oreiller, l’oreille de mon moi nu poilu étendu à côté de son soi, à elle, nue, avec un orifice duveteux.

Mais il y avait mieux : grâce à elle, mon coeur que je disais de pierre, et que je présentais comme tel à toutes les filles, fondait et fondait et fondait, en plein juin, en plein août, en plein juillet.
Le sentiment que je m’attendais, cynique, à voir partir d’un jour à l’autre, me collait après et me rendait rempli de joie. Mais en même temps, j’avais une peur de ne pas être assez grand pour toute sa grandeur, ses cinq pieds quelques tout lisses qui étaient pour moi tout ce que je n’avais jamais osé vouloir.

Juillet 2006.
À suivre...

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