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Le courrier du cœur de Gargouillis, #0001

23 novembre 2007

Extrait de « Gargouillis au pays des bulles blanches », le blogue-hommage collectif à déviance surréaliste.

Espectacular Lucha Libre

Cher Gargouillis,

J'aimerais beaucoup lire tes aventures dans le sud de Lachenaie alors que tu étais aux prises avec un lutteur mexicain légèrement adipeux.
Serait-ce possible ??

Merci.

E.

Chère amie,

Bien entendu que cela est possible ! C’est d’ailleurs une anecdote que l’on me demande souvent de raconter, principalement lorsqu’il y a des enfants aux alentours, car ces galopins sont friands d’histoires de lutte, de prises et d’adipe.

Tout a commencé à Guanajuato-Bousquet, où je venais de me faire expulser d’une serre après avoir, dans un accès de delirium tremens, tenté de voler une plante en pot qui m’avait parue attrayante.

On m’intima assez solidement de quitter non seulement les lieux mais la ville tout entière dans les plus bref délais, et ce dans des termes et des gestes que je sus comprendre malgré ma condition physique précaire et le sevrage forcé que je me promis alors de combattre à la première occasion.
On me retrouve donc alors 3 jours plus tard, ivre mort dans un bouge miteux de Ciudad Juárez. Il ne m’avait fallu que quelques secondes pour convaincre les autochtones que j’étais aussi Mexicain qu’eux tous, grâce à une moustache bien taillée et, surtout, à un teint brun-doré réalisé en me huilant soigneusement de sirop de maïs. Je vécus là trois mois de bonheur parfait sous le pseudonyme de Senor Dildo, m’enduisant de sirop de poteau chaque douze heures, conchiant toutes les lois, descendant verre après verre, et me goinfrant de stupre en compagnie de Ranchita, la soeur intime d’un lutteur local bedonnant, Chi-Chi Ramone, parti en tournoi dans la Capitale du pays.
Bien vite fauché par un incurable alcoolisme et par les désirs tyranniques de Ranchita, je quittai seul, en douce, un matin de mai à l’aube, emportant le cachet de mon beau-frère endormi. Ce dernier venait tout juste de rentrer avec en poche la somme importante, remportée à l’issue d’une séquence de combats tous victorieux, qui allait servir à payer sur le marché noir les nouveaux reins de sa mère malade.

Deux ans plus tard, en villégiature dans un Rigolfeur de Lachenaie-Sud, haut-lieu du tourisme international, quelle ne fut pas ma surprise et ma terreur d’apercevoir Chi-Chi Ramone, le lutteur mexicain adipeux, surgir d’un fourré et foncer sur moi en arborant sur son visage démasqué un air belliqueux ! Nous nous poursuivîmes à travers trous, zigzaguant entre les sprinklers à gazon et les mille-et-une astuces de ce mini-putt peu commun. Un plongeon étonnamment gracieux du pugiliste me cloua au sol autour du 9ème trou. Il s’ensuivit une lutte furibonde, dont je m’échappai in extremis uniquement parce que j’avais eu le matin même l’intuition inexplicable, et comme qui dirait miraculeuse, de me graisser tout le corps à l’huile de canola, plutôt que d'utiliser le sirop de maïs que j’employais toujours quotidiennement, par coquetterie et nostalgie des fornications hispaniques que j’avais naguère connues.

Depuis cet incident, je prends soin de m’oindre d’huile de canola chaque matin. Je me suis ainsi échappé de maintes situations fâcheuses, en plus de me faufiler facilement en toutes circonstances dans les endroits les plus étroits, et de conserver une peau luisante et douce-douce-douce-douce.

Amicalement,

Gargouillis.

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