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Sandwich au tronc

10 octobre 2007

En descendant l'avenue du Parc tantôt en automne, j'ai contourné un arbre.
Parce qu'il me barrait le chemin.
Tout semble normal jusque ici. Et ça devrait le rester d'ici la fin de l'anecdote, ce qui ne m'empêchera pourtant pas de la raconter.

8 octobre 2006

Elle se déroule un peu avant la rue du Président-Kennedy (à côté du boulevard Patrice-Brisebois). Je contourne vite fait cet arbre planté au milieu du trottoir au cas où une voiture effectuerait une sortie de route et viendrait se planter dans le tronc, avec moi encore devant, pris en sandwich comme un sandwich quand celui qui le fait appuie trop fort et laisse ses traces de pouces sur le blanc du pain.
Un accident qui aurait été surprenant, puisque le trafic était justement en train d'interdire aux voitures de rouler. En tant que piéton et usagé usager du transport en commun, je me sentais alors bien malin. Mais c'était sans compter que sous terre le métro était immobilisé depuis plusieurs minutes pour une raison mal définie, ce qui est bien pour dire, comme on le dit bien chez nous.
Dans un élan d'empathie envers l'arbre, mais aussi par intérêt désintéressé pour sa psyché propre, je me demandai si, parfois, cet arbre-là trouvait que la vie était injuste, que sa vie était cruelle de l'avoir fait pousser comme ça en plein milieu de ville, à dix centimètres d'une avenue très passante, à la merci de n'importe quelle automobile ayant envie de faire une embardée et de s'y écraser un pare-choc ou deux; alors qu'il aurait pu tout aussi bien venir au monde tranquille et peinard dans une forêt. Cet arbre fut-il déraciné en bas âge, arraché à sa pépinière natale, pour être abandonné, planté là dans le grand monde ? Cet arbre se considère-t-il comme une victime de la société ? Va-t-il poursuivre son maire d'arondissement ? Va-t-il faire un grève de la sève ?

Cette anecdote n'a pas de chute. Parce que c'est l'automne. Si c'eut été l'hiver, une vieille serait tombée sur la glace au dernier paragraphe, et ça aurait fait la job, comme on le dit si bien chez nous.

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