PDA
« Je considère comme pleine d’obscénité la situation où quelqu’un étale ses histoires de cœur » - Plume Latraverse.
C'est ici que je prends le crachoir et que je m'élève contre l'obscénité. L'obscénité virtuelle, les public display of affection, sans affectation régurgitées sur facebook, d'un wall à un autre, de ton wall à mon wall, de son wall à elle à son wall à lui, plus vulgaire qu'une boîte vocale, plus vulgaire qu'un email cochon à deux heures du matin, plus obscène que du iPhone sex entre deux meetings au bureau, du devant-tout-le-monde, des xxxx et des émoticons, ton sourire et mon sourire et ton sourire et mon sourire, ras-le-cul des couples qui se forment et se déforment, puis se reforment et s'échangent des mots doux en wall-to-wall, sur l'espace virtuel commun.
Un jour j'ai lu un profil MySpace où une jeune femme signait simplement : « J'ai le goût de fourrer mais tu n'es pas là ». Et il n'y avait rien là pour choquer les moeurs. Et il n'y avait rien là qui n'était pas immensément tendre et immensément cute.
Ce qui me choque et me dégoûte c'est plutôt l'exposition éhontée de baby talk, l'explosion des mots d'affection sans tête à queue au venu et au flux de tout le monde, qui s'en câlice énormément autant qu'un éléphant s'en trompe énormément. Sur ma table de salon, table qui n'est pas à moi, siège le parmesan des relations humaines lorsque j'ouvre le couvercle du laptop, que je loade le facebook, et que je lis les gens puer.
C'est-tu moi qui est rendu trop vieux et qui n'est pas à la page ? C'est-tu moi qui ai erré sans le vouloir, qui fut élevé en vase clos, préservé de l'amour des hommes, dans une Pépin-la-bulle-de-savon bien étanche où les caresses furtives et les claques dans le dos n'existent pas, sans jamais personne pour toucher autrui à des endroits couverts par le maillot de bain des filles ?
Je m'insurge aussi, un coup parti et tant qu'à faire, et bien que ça n'ait pas de rapport, contre toute tentative de cohésion supplémentaire dans le monde du 3ème millénaire. Et je revendique la première et dernière chose que je revendiquerai sur cette Terre, c'est-à-dire le droit universel d'être décousu.
