Un message en sanskrit
Je vais vous avouer quelque chose. Parce qu'une fois de temps en temps, j'aime bien être super honnête avec vous et vous avouer des trucs. C'est le jeu de l'âne et de la carotte. Attends, non je peux pas dire ça... L'âne n'est pas un symbole très flatteur. Le jeu du bâton et de la carotte. C'est-tu ça ? Quelque chose du genre. Enfin, bref. Je voulais dire. Des fois. Des fois, quand je sens que vous avez bien suivi où je voulais vous emmener (et ne le niez pas, je lis tous vos courriels, même que j'y réponds, alors hein, c'est vous dire si je ne vous mens pas quand je vous dit que je vous lis) alors je me laisse aller, parce que c'est bien ce que vous voulez bande de vampires (meu non, c'est pas péjoratif) du vrai, du filandreux, du fleur de peau, de l'intime. Une fois de temps en temps. Tout d'un bloc, comme ça. Phrases courtes. Ponctuation abusive !!!!!!!! Pas d'alinéas; ni de grands mots. Comme si la présentation graphique serait rébarbative et que vous ne liriez pas. Mais vous lisez. Je le sais, j'ai reçu ton courriel. Ne me mens pas. On n'a plus de secrets l'un pour l'autre. Je suis sur les internets depuis trop longtemps, et tu viens ici depuis trop longtemps. Ce que je voulais te dire. Merde. Je m'en souviens plus. Mais non. C'est une blague. Je voulais t'avouer que, dans le fond, je ne suis pas très intelligent. Je devrais l'être, mais je ne le suis pas. Oh j'ai des connaissances. J'ai une certaine mémoire, à qui je dois une fière chandelle. Mais tu ne peux pas débattre avec moi, ni discuter. Parce que je ne comprends rien de ce que les gens disent, et si les mots sont trop longs, moi à part voir le mot compte triple que je ne serai pas capable de placer au Scrabble malgré tous mes efforts (il manque toujours une voyelle, ou on est trop tard dans la partie et sur la planche de jeu, il n'y a plus la place), je ne comprends rien. Je pense que les gens pensent que je suis intelligent. Je dois être meilleur acteur que je pense, en quelque part... Ils sont vite déçus quand ils voient bien que je ne veux rien dire. À un point, ça peut me causer de la gêne, de l'inconfort, et occasionner le repli sur soi. La désenvie d'échanger avec mes concitoyens. Bof. Ce que je voulais dire, c'est que je ne suis pas très sûr de moi. Je n'ai pas beaucoup de confiance. J'aimerais être capable de comprendre ce que les grandes personnes racontent. Et comprendre ce qu'elles écrivent. Aussi, si je reste à l'écart des débats, « de société » ou autres, c'est que je ne me crois ni la compétence, ni les connaissances, pour y prendre part et y tirer mon épingle du jeu. Y amener un minimum de pertinence. Sans bafouiller. Sans dire des « tsé veux dire ». Sans faire étalage de lieux communs. Sans redouter les contre-arguments. Je donne raison à tout le monde parce que pour chaque point de vue il y a deux médailles. Ou non. Une médaille. Avec deux côtés. Et ça se vaut. Et ça ne vaut rien. Ça dépend de quel côté tu regardes les affaires. J'ai envie d'écrire en sanskrit. Mon nez me pique. J'ai des allergies. C'est pratique de dire qu'il n'y a ni message ni envie de dire. C'est plus simple de faire semblant d'être un original qui n'a qu'un mission un peu conne, celle de faire ce qu'il a à faire comme s'il était dirigé par une main divine, ininformé, inconscient de ce qui se passe autour. On s'en tire bien.
