La quatrième dimension
(Texte publié dans P45 le 13 avril 2007).
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«Je vous présente Monsieur l’Indien,
en l’honneur de tous les déracinés du monde par la civilisation.»
Le dimanche de Pâques, le journal La Presse a caché, après un hommage à Rogers Normandin, ce fier Québécois bien de chez nous et à l’idiome coloré (nouveau phénomène Internet et réalisateur de films amateurs psychotroniques), une interview avec un autre iconoclaste, culturellement et historiquement plus important celui-là: le poète, auteur, musicien et artiste multi-disciplinaire Claude Péloquin. Et lui, on l’aime bien.
Mais quelle déception d’arriver à la fin de l’interview, durant laquelle Péloquin parle de choses et d’autres (un nouveau recueil, un happening à venir, de vieilles histoires avec Charlebois), alors que Péloquin aurait déclaré:
«(...) j'ai lancé la serviette. Là on est embourbés dans les accommodements déraisonnables: Québec n'est plus une terre d'accueil, c'est une terre d'écueil. Les immigrants nous fraudent; notre grand coeur a été floué: qui tire partout dans les rues de Montréal? Mailloux (le «doc») et (Gilles) Proulx ont raison... Fermons les frontières!»
À la défense de l’interviewé, précisons ici que la manière dont l’article est conclu ne lui rend peut-être pas justice. La déclaration-choc est balancée en fin de page, mauvaise chute pitchée au lecteur sans précisions supplémentaires. Ça laisse un goût détestable, et ça laisse surtout bien des interrogations sur l’intention de l’artiste.
Faute de mieux, prenons la citation comme elle fut reproduite, et étonnons-nous un peu qu’elle n’ait pas fait plus de vague depuis sa parution, le 8 avril dernier.
Arrière-goût médiatique
Monsieur Péloquin, ça me fait de la peine de vous le dire parce que je vous aime bien, mais vous avez apparemment vécu 15 ans aux Bahamas: retournez-y. Il fait chaud là-bas. Et emmenez une couple de péquistes «purs et durs» avec vous.
Lors des mois qui ont précédé le référendum sur la souveraineté en 1995, Raymond Lévesque alla jusqu’à suggérer que seul les Québécois «de souche» puissent se prononcer lors du plébiscite. Quelle connerie… Amenez sa gang aussi, s’ils pensent encore de même douze ans après.
Ma génération n’a pas été abusée par les méchants Anglais de Montréal. Elle n’a pas à livrer le combat que votre génération a livré. Elle ne se sent pas non plus envahie par les immigrants.
Dire «je», c'est dire «nous»
Le discours nationaliste ne vaut rien dès que l’on place en opposition, les uns contre les autres, les Québécois «de souche» (ça n’a jamais existé) et ceux qui sont d’une autre couleur, qui physiquement ne sont pas faits pareil, dont les parents viennent d’ailleurs ou qui sont eux-mêmes nés dans un autre pays.
Ou qu’on les oppose aux méchants anglophones de Montréal. Les célèbres «grosses vendeuses anglaises de chez Eaton» n’existent plus (tout comme Eaton d’ailleurs…).
«Fermons les frontières»? Pourquoi? Fermer les frontières signifie: vous êtes d’ailleurs, on ne veut pas de vous ici. Est-ce la manière dont certains comptent s’y prendre pour essayer de ressusciter le Québec, le «pays mort-né»: en essayant de faire vibrer assez fort une fibre nationaliste qui n’a, hélas, jamais été assez forte pour générer suffisamment de votes du bon bord lors de deux référendums sur l’indépendance, en utilisant pour ce faire les arguments de la dernière chance: la haine, le racisme et la xénophobie?
Je vois peut-être les choses pires qu’elles ne le sont, mais il me semble que c’est bien ces trois choses que l'on essaie, consciemment ou non, de camoufler en parlant d’accommodements (dé)raisonnables, de kirpans, de turbans et d’embrassage d’asphalte (dixit Christian Raymond, triste candidat de l’ADQ, qui a fait long feu), de «patentes grecques» (dixit André Drouin, pathétique conseiller municipal d’Hérouxville, exprimant à Tout le monde en parle, avec toute l’éloquence dont il est capable, son amour des gyros et des souvlakis) et de fermage de frontières.
Le nationalisme québécois doit-il absolument être basé sur la crainte d’être délogés par quelqu’un d’autre, par la courbe démographique qui nous montre, comparés aux immigrants, toujours déficitaires?
Sommes-nous déjà à ce point déracinés?
