Les amis sont plus importants que l'argent
Quelque part sur Ste-Catherine Ouest, il y avait un vieille boutique Fila fermée, dont les vitrines étaient tapissées de papier rouge, resplandissants de slogans accrocheurs : « 99% des maladies sont causées par le stress », « Les boissons comme Pepsi et Coke sont les nouvelles cigarettes » (le V8 is the new breakfast, dans mon cas), « faites du yoga », (achetez nos vêtements de yoga) « les gens qui ont du succès ne disent pas je devrais ou je pourrais, ils disent : je m’y mets dès maintenant » (ou : je me mets dès maintenant ?), « les amis sont plus importants que l’argent » (achetez à vos amis des vêtements de yoga). On aurait aussi dû ajouter « L’amour, c’est plus fort que la police » (Ducharme), ou encore « La mouche est la plus belle conquête du papier collant » (Fallet), mais bon...
Et moi, criblé de dettes dures à clairer et parfaitement conscient que je suis d’une nullité indécrottable quand vient le temps de gérer un budget, j’envisage certains moyens pour me sortir du trou et me remettre en moyens. J’envisage un été sans sortie (qui s’harmoniserait admirablement bien avec mon actuel printemps sans sortie, mon hiver sans sortie et mon récent automne sans sortie); un avenir sans caméra DV (ça, ça me fait mal dans la région du ventre, parce que j’en aimerais une belle, pour pouvoir me dire aussi : « je m’y mets dès maintenant »); les épousailles et les convolements avec une vieille femme riche; et faute de mieux, la fatalité d'une vie entière passée dans l’incapacité d’exploiter un quelconque filon qui me permettrait de faire de l’argent.
Après plus de dix ans de majorité légale, c’est pas un gros-gros succès mes affaires...
Dans les derniers jours de ma 19ème année, après des mois et des mois d’errance qui me menèrent un temps dans la Beauce (glorieux été) et sur quelques autoroutes où la vie ne coûte pas cher, j’entrepris de tarir la cassette que le ministère de l’Éducation met à la disponibilité des étudiants, avenir de la nation... mais pas pour étudier et construire le dit avenir, mais simplement pour pouvoir manger.
Après une autre année à me faire héberger et nourrir ici et là, à vivre des fruits du système D, à boire mon thé pas de poche dedans et à pinailler les repas à base de pain et de pommes de terre, je réussis à me trouver, à l’été 1999, un job inespéré, et me permettant de subvenir à mes besoins. Je n’ai pas été capable d’empiler un traître sou. Ensuite, de 2002 à 2005, tournée de boulots de café et de restaurants cheaps, à s’en faire mal aux jambes à force d'être debout, à laver des planchers à l’eau de Javel en se disant que le gars de Javel, lui il l’avait l’affaire avec son eau. Il a pas dû mourir dans la dèche.
Ça nous amène, fast-forward, à maintenant, où je gagne suffisament pour toucher un salaire que dans les faits je ne touche pas, puisque je le transfère partout à chaque deux vendredis. Je la boirais bien ma paie, ça semble un bon choix de vie. Mais j’en ai même pas le luxe...
C’est pas le gros succès tes affaires quand la seule raison pour laquelle tu tiens un agenda, c’est pour être certain de ne plus sauter un paiement.
