Histoire de pigeon
Il y a un pigeon blessé qui suscite un intérêt croissant près du Thai Express sur l'avenue du Parc. Il a été découvert agonisant samedi dernier, presque immobile dans un coin, craintif et tremblant. Mais contre toute attente et toutes probabilités, il est toujours au même endroit six jours plus tard, reprenant du poil de la plume de la bête, sautillant sur une patte, déféquant à un rythme effarant, et se nourrissant des aumônes abandonnées par les passants (et peut-être même, suspecte-t-on, par les cuisiniers du restaurant thaï qui essaieraient de l'engraisser à dessein). En plus des bouts de pain, tranches de tomates et quartiers d'oranges qui lui sont régulièrement fournis, il peut s'abreuver à même un bol d'eau placé par un bon samaritain, amant de la faune et soucieux de la préservation de ce qui constitue la principale ressource naturelle de nos villes, avec la pauvreté et l'exclusion sociale.
L'animal s'est rapidement gagné un vif capital de sympathie, d'aucuns chassant les pigeons mieux portants qui vont régulièrement lui voler son manger. Étonnamment, les deux Amérindiens qui quêtent devant le Provigo et qui traînent dans les couloirs du métro Place-des-Arts les soirs de pluie n'ont pas encore découvert le volatile, ce qui laisse présager sa survivance pour un boutte encore.
Je vous raconte ça de même. C'est ça qui se passe par ici. Allez pas le tuer en fin de semaine. Je connais votre cruauté légendaire. Les pigeons sont des animaux mal aimés, malgré les services innombrables qu'ils rendent à l'Humain : son cuir sert à confectionner des vêtements, son lait peut être bu, ou être utilisé pour baratter du beurre, sa viande sert à faire des hamburgers et des maladies coronariennes.
À moins que je ne confonde avec la vache ?
