Comme un punk en hiver
Les semaines sont bonnes quand c’est Pâques et lorsque le méningiome qu’on s’est inventé décide de ne pas faire de siennes. Moins de maux de têtes veut dire moins de sautes d’humeur, et moins de mauvaise humeur veut dire travail plus efficace.
Je travaille cinq jours semaine.
Je parle de « vrai » travail ici, celui qui me procure un chèque de paye à chaque 14 jours. Pas de l’écrivaillage. Pas du tètage. Pas des « projets ». Je parle d’ouvrage, de job, de vrai(e) job. Celle pour laquelle y m’donnent un t’check.
Je travaille cinq jours donc. Mes deux journées de congé hebdomadaire sont le mardi et le dimanche. C’est de même. Et, non, ça ne me dérange pas. S’amène Pâques, comme un cheval sur la soupe, parce que lui il n’arrive jamais à la même date chaque année, pareil comme le printemps, les retours d’impôts et la grippe aviaire.

Comment ? La grippe aviaire n’est pas encore arrivée ? Ah bon. Ça viendra. J'allais donc dire que Pâques va me donner une semaine un peu particulière : congé aujourd’hui, parce que c’est Good Friday (je trouve que ça sonne mieux en anglais, bien qu’on perde le double-sens de Vendredi Saint), travail demain comme à tous les samedis, congé dimanche rapport à Pâques et rapport qu’on est fermés de toute façon chaque dimanche; puis retour au boulot lundi pour une journée seulement, congé habituel du mardi et enfin retour au travail mercredi.
Fort de tout ce temps libre, j’avais promis de terminer mon premier recueil de nouvelles, celui sur lequel je travaille depuis des temps immémoriaux mais dans le fond depuis pas vraiment longtemps, étant donné qu’un recueil de nouvelles, ça ne s’écrit pas nécessairement d’un trait, puisque c’est plusieurs histoires courtes qu’au final on recueille, et qu’on se dit : « Ouais, je suis pas ben bon pour écrire un roman, et en plus, le mot « roman », ça fait bien trop pompeux, bien trop prétentieux. Et je ne suis pas prétentieux. Hautain, bourru et élitiste, oui. Mais prétentieux, jamais. Je suis ben trop loser pour ça. » Or donc, vu qu’écrire un roman, c’est plein de bonnes raison pour pas le faire (ou ne pas être capable de le faire), on écrit un recueil de nouvelles. C’est-à-dire qu’on prend tout ce qu’on a écrit d’un tant soit peu potable depuis des temps immémoriaux, et on regroupe le tout.
Enfin, j’imagine qu’un recueil de nouvelles, ça ne s’écrit pas d’un trait et que ça se fabrique comme je viens de vous l'expliquer. Je ne sais pas dans le fond, personne ne m’a montré comment faire. J’ai ouvert un document word, fais des copier-coller rusés et habiles, et la première chose qu’on sait, c’est qu’on a un recueil de nouvelles. Même deux. Sauf que dans le deuxième, en plus des nouvelles terminées, j’en ai jeté quelques unes qui ne l'étaient pas encore, housse qui manque une chute, où encore celles dont je ne suis pas pleinement satisfait (comme si être pleinement satisfait était chose possible par icitte) et qui méritent (ou peut-être pas) qu’on les retravaille encore avant de les montrer au grand jour à tous ces milliers de lecteurs et lectrices qui n’attendent que ça mais qui ne le savent juste pas encore.
J’étais particulièrement confiant de venir à bout de ce premier recueil cette semaine, parce qu’il n’y avait plus qu’une seule histoire à terminer. Mardi dernier, jour de congé, je suis parti de bon matin (une heure de l’après-midi) avec mon portable sous le bras. Et j’ai ouvert un texte qui faisait quelque trois mille mots pour conclure en début de soirée avec un beau document de 8700 mots. Depuis, on a bouclé le tout à neuf mille. Ça s’appelle « L’amore aux rats ». Oui c’est un très mauvais jeu de mots. Mais eh... vous êtes habitués si vous passez ici de temps à autres... De toute façon, c’est un titre provisoire. C’est-à-dire un titre qui va rester là en attendant de trouver mieux.
Et comme on ne trouvera pas mieux, on va finir par le publier de même.

Pour faire une histoire courte (brevity is for the weak, brevity is for the weak, brevity is for the weak, brevity is for the weak, brevity is for the weak) : le livre va avoir 100 pages, il va sortir ici, en joli format tout petit, il va se vendre quelques piastres (sept? huit?). Dans quelques semaines, le temps que le produit fini soit approuvé par deux trois ivrognes le comité de rédaction.
Ensuite, on se cherche un éditeur. On le trouve vers 2014. Et d’ici là, on écrit et on écrit, et on se publie soi-même, comme un bon garçon qui prend ses choses en main, tel un cheval fougueux né pendant l'année du Cheval, indépendant et fier. Comme un punk en hiver.
J’espère que mes histoires vont vous plaire. Ça pourrait être mieux, mais laissez moi le temps. (Sinon, écrivez-les vous même). Elles ne ressemblent en rien (ou en pas grand chose) à ce que vous lisez ici depuis 4 ans et demi. C’est ce que j’aime faire dans la vie. C’est pour ça que je ne sors pas beaucoup. Comme un punk en hiver.

