Des posts pas longs, c'est pour les faibles

Je vais vous expliquer quelque chose qui ressemble un peu à un secret, et qu’il me semble bien ne jamais avoir expliqué ici. Une chose que j’ai déjà racontée, parfois, dans l'autre vie, là... la vie réelle... mais habituellement quand je l’ai expliquée, c’était à des inconnus, parce qu’ensuite je me fais regarder d’un drôle d’air, inévitablement. Et quand on se fait donner de cet air-là, mieux vaut que l'air-là provienne d'une personne dont on n'a rien à battre, plutôt que de gens que l'on connait depuis une période de temps relativement importante, parce qu'avec ces derniers, ça occasionne de la gêne, du désillusionnement, et cette désagréable question qui vient parfois déranger des rapports humains jusque là plutôt harmonieux : « Et si dans le fond, je m'étais trompé tout le long au sujet de cette personne ? Si elle m'avait toujours considéré comme un weirdo, un iconoclaste, pire : un mésadapté ? » Ou plus désagréable encore : « Et si je m'étais leurré tout le long au sujet de ma normalité et que j'étais simplement trop étrange pour des gens normalement constitués ? »
La chose que je veux vous dire, c’est la suivante : souvent, quand les gens me parlent, j’ai l’air d’écouter, mais je n’écoute pas.
Rien pour écrire à sa mère, me direz-vous, c’est ce que la majorité des gens font. Mais il se produit ceci : la personne me parle, et tout ce qui en sort, je ne le comprends pas. Je n'assimile pas des paroles et une tentative de communication, mais plutôt des sons et des fragments.
Entre mon intercoluteur et moi, je vois (le verbe «voir» est ici utilisé dans le but d’imager le propos, ce n’est pas «voir» au sens littéral, il faut le préciser sinon, encore plus inévitablement, j’ai droit au « drôle d’air » sus-mentionné) toutes les phrases. Les mots commencent à bouger à l’intérieur des phrases prononcées par l'autre personne, et les lettres elles-mêmes commencent à bouger à l’intérieur des mots. Ça tangue comme dans un bateau un soir de tempête, et tout seuls se reforment des mots nouveaux, de nouvelles phrases. J'entends juste une succession de syllabes, dont l'ordre importe peu puisqu'on peut le modifier à sa guise, de manière aléatoire.
Mécaniquement, je hoche la tête, mais je ne comprends rien. Je suis tout dissipé. Je pourrais être en présence du plus grand orateur que la terre aie porté, tout ce que je vois c'est un charabia sans aucune signification, mais avec des syllabes qui sonnent bien et des milliards de possibilités, de combinaisons plausibles.

C’est aussi un peu pour ça que parfois ça m’épuise de parler aux gens. Pas parce qu’ils m’ennuient, pas parce que je ne les aime pas, pas parce qu’ils ne sont pas intéressants, bien au contraire, mais parce que pour soutenir une conversation normale, je dois en certaines occasions déployer beaucoup plus d’efforts que je veux bien le laisser paraître.
Alors, quand vous vous apprêterez à me demander, si d'aventure vous me rencontriez dans un coin (ce qui serait étonnant puisque je n'ai plus beaucoup d'envies sociales) :
« Un blogue, à quoi ça sert ? Un blogue, pourquoi ? Un blogue, pour kèssé faire ? », rappelez-vous de ce que je viens de vous expliquer.
Il y a des jours où taper sur un clavier, les deux yeux plantés dans un document Word, est la seule activité qui me permette de focusser et d’arrêter l’hyperactivié mentale, un terme qui sonne cool, qui amuse l’entourage souvent, mais qui demande quand même beaucoup de travail (non-rémunéré) dans une journée. C’est pas la télé qui me permet de me concentrer, ni le Banquier, ni le cinéma. Autrement, je suis rarement vraiment là. Même quand je suis tout seul avec toi, je pense à côté.
