Québec, juillet 2004
chaleur, odeurs, deux p'tits vieux...
Comme prévu, j'ai quitté Montréal avec Allo-Stop à 14 heures samedi. Le conducteur de notre voiture était un homme d'environ 118 ans, qui se définit comme assez flexible.
Mathieu: À quel endroit à Québec pensez-vous nous déposer ?
Arthur: J'va t'dire bin honnêtement, moé j'su flexible
Le trajet s'est déroulé à un rythme monotone, Arthur, ce camionneur expérimenté, ex-pilote de camion-citerne, roulant sur l'autoroute 20 à une imperturbable vitesse de 110 kilomètres/heure, jamais plus, jamais moins.
À l'arrière, il faisait une chaleur épouvantable. Nous étions cinq personnes au total dans la voiture, et l'air conditionné ne suffisait plus à la tâche. Je n'ai pu, durant le voyage, déterminer qui de ce Mathieu, à ma gauche, ou du touriste Français, à ma droite, dégageait cette odeur d'antisudorifique cheap.
Le clou du voyage fut sans contredit l'escale dans la région de Drummondville, où Arthur fit le plein d'essence.
J'aperçus près du dépanneur l'inénarrable Normand L'Amour, le Wesley Willis septuagénaire de cheu nous, coiffé de son inséparable casquette de papi blanche.
L'artiste et tenancier de dépanneur vendait à qui le voulait bien un exemplaire d'un de ses albums indépendants, gravé sur cd. Il a maintenant écrit, enregistré et produit 43 albums, je le tiens d'une source sûre: Normand L'Amour lui-même.
Je défilai rapidement, en mémoire, la liste de ceux de mes amis qui seraient heureux de recevoir comme cadeau un des disques de Monsieur L'Amour. Je n'identifiai personne qu'une telle offrande put combler; je remontai donc en voiture, abandonnant devant la station-service cette apparition surréaliste, assise jambe croisée, sirotant un p'tit Coke Diète en cannette, au milieu des dinosaures de fabrication beaucerone et des pneus géants plantés dans le stationnement du Restaurant Madrid, ce château-fort du mauvais goût québécois.
