Tao on the Radio
Rien à signaler, si ce n'est un palpitant voyage jusqu'au métro Atwater, jeudi, pour dépenser ma paie, et cette longue balade sous la pluie, tard mardi soir, afin de me rendre apprécier le groupe TV on the Radio (recommandé par Sa Sainteté David Bowie lui-même...), découvrir Alexis O'Hara, et me faire, par la même occasion, enfumer tel un vulgaire saumon dans la petite salle emboucanée du El Salon. J'en suis revenu seul au monde à une heure du matin -mais ce n'était vraiment pas grave- par la paisible rue Marie-Anne, alors qu'il aversait toujours sur ma tête, mais j'avais un parapluie.
Outre ces aventures indignes d'intérêt, la semaine qui se termine est passée rapidement, puis est partie pour ne plus revenir.
Levé de bon matin, depuis lundi jusqu'à vendredi, invariablement aux premières notes de Boys Don't Cry des Cure. Huit heures de travail, traversées machinalement, sans trop y songer. En réfléchissant plutôt au vide ressenti, en tentant d'en investiguer les raisons. En essayant singulièrement de savoir pourquoi je n'ai pas étudié la médecine et pourquoi je ne suis pas en train de soigner des enfants Bosniaques ou des Rwandaises mutilées.
Je rentre à la maison en fin d'après-midi. Je ne soupe pas, je me gave. Ensuite j'indigeste.
Enfin, quelques heures après, sans avoir employé mon temps à quoi que ce soit d'autre qu'une somnolence langoureuse, je me couche et j'écoute mon coeur qui bat, mon coeur en proie à une angoisse existentielle que je ne me rappelle pas avoir ressentie depuis la sortie de l'enfance.
Je pense à la façon d'employer mon précieux temps. Je pense à Dieu parfois. Je regarde une des chaises du salon, les lattes de bois aux trois-quarts massacrées qui sont posées en dessous, et j'essaie de faire passer mon regard au travers, de détruire l'Illusion.
Parfois (trop souvent) je pense aussi à la solitude qu'on doit ressentir lorsqu'on flotte dans le néant. Je ne parviens pas à me convaincre qu'il est possible de se libérer de la douleur, et encore bien moins qu'il est possible de se libérer de la conscience de son propre corps.
Je m'assieds dans la baignoire, je laisse l'eau ruisseler sur moi. Je regarde mes deux jambes et je me demande comment il est possible d'être sans mon corps, dont je ressens la présence.
Comment il est possible que je n'existe pas vraiment, que ce corps que je ressens ne soit qu'une impression de corps.
Comment est-il possible que je sois, tout entier, un humain amputé qui envoie encore des signaux à son cerveau comme quoi il est, quand, à la vérité, il n'existe pas.
