rappaz.net : depuis 2002
à propos de... | contact | archives | photos | vidéos | entendu à montréal | le bêtisier | gargouillis | rappaz.net, les livres

Lèse-calator

21 février 2007

Un quinze minutes de pause a failli mal tourner lundi après-midi alors que je tentais de regagner l'ascenseur menant à mon lieu de travail.

Je revenais prestement du Van Houtte, et je décidai d'utiliser l'escalator afin d'accélérer mon retour au bureau, comme un bon employé ponctuel. Quelques secondes après m'être engagé dans le redoutable engin mécanique, j'eus la surprise d'apercevoir un commissionnaire perdre la maîtrise de son DIABLE et laisser tomber deux boîtes pleines, qui cédèrent sous le choc et se répandirent juste à la sortie de l'escalier roulant.

L'histoire se corse lorsqu'un homme bien mis, qui nous précédait dans les marches, arrive au sommet et, saisi par l'avalanche de documents renversés de l'infortuné commissionnaire, reste le sac coincé dans l'étroit passage permettant au quidam de poursuivre sa route hors de l'escalator.

Voici le tableau, de haut en bas de l'escalier : un commissionnaire désespéré devant un amas de cochonneries épandu sur le sol, un monsieur bien mis et son porte-documents coincé, puis des marches qui défilent à une vitesse infernale, prêtes dans leur folie meurtrière à catapulter des passants innocents sur les lieux du désastre. Et l'individu juste devant moi se dirige justement droit sur le monsieur coincé ! En quelques secondes, il enjamba l'obstacle et évita l'homme avec l'énergie du désespoir, déployant des efforts d'acrobatie pour ne pas s'étaler subséquemment sur les papiers épars.

L'escalator, insensible, me pousse à mon tour à pleine vitesse sur le dessus de la catastrophe.

Finalement, tout s'est bien terminé, ma condition physique excellente et ma légendaire souplesse de gymnaste me permettant de cascader à mon tour pour atterrir sur le sol ferme, plutôt que de buter contre un des maladroits. Rapidement, nous voilà tous ensemble, les quatre s'entraidant, qui pour décoincer le sac de monsieur, qui pour ramasser les papiers et les boîtes éparpillées. On a pleuré, on a ri, on s'est congratulé, soutenu, on n'a pas mangé les survivants et on a bu de la slush au raisin en partageant nos aspirations et en se disant mutuellement : « C'est beau ton vécu ».

Aucun mort ne fut à déplorer, aucun vieillard ne passant, hélas, par là.

Épilogue : cette histoire n'est pas sans rappeler le fameux bouchon de circulation à l'école secondaire Calixa-Lavallée, dont je retrouve à l'instant une copie dans mes archives.

Partager |Hyperlien | Toi, qu'est-ce t'en dis ?
Frederic Rappaz © 2002-2008
Tous droits réservés. Photos : © Frederic Rappaz (sauf avis contraire)