Les Savardises, épisode 21
Résumé de l'épisode précédent:
Alexandre Savard vient de se faire administrer de force par Monique Liquide une rasade de gros gin comme remède à une intoxication alimentaire. Récalcitrant, Savard a attisé l'ire de l'infirmière improvisée, qui l'étrangle presque. Il est sauvé de justesse par les aboiements intempestifs d'un chien alcoolique, qui vient de vider le plancher de tout l'alcool renversé, et par la sonnerie salvatrice du téléphone, qui résonne tel un coq retardataire à onze heures un dimanche de grasse matinée. Nous retrouvons Monique au combiné.
- Bonjour, ici le plombier. On m’a dit que vos tuyaux étaient défectueux.
- Aucune idée.
- Je peux venir voir.
- Depuis quand les plombiers appellent les gens ?
- Vous savez, les temps sont durs pour les plombiers. Il faut aller chercher la clientèle. Bientôt, vous verrez les médecins faire de même.
- En êtes-vous bien certain ?
- La semaine dernière encore, mon frère, qui justement est médecin, m’a parlé d’un de ses concitoyens, en banlieue, qui s’était opéré lui-même grâce à des indications trouvées sur l’internet.
- Sur internet ?
- Oui, c’est bien ce que je dis.
- Non, vous avez dit « sur l’internet ». Il convient de dire plutôt : « sur internet ».
- Sans « L »?
- Et sans apostrophe !
- Avec ou sans majuscule sur le « i » ?
- Avec.
- Non, je crois que c'est mieux sans.
- En êtes-vous sûr ?
- J’en suis certain. Et, en passant, on dit « sur l'i », et non pas : « sur le i ».
- En êtes-vous sûr ?
- J'en suis certain !
- Êtes-vous linguiste ?
- Non, plombier.
- Alors parlez de ce que vous connaissez, je vous prie.
- Je viens vous les examiner ces tuyaux, oui ou non ?
- Écoutez, ce n'est pas chez moi ici et...
- N'êtes-vous pas Alexandre Savard ?
- Ai-je l'air d'un homme ?
- Comment le saurais-je ? Je ne vous vois pas !
- Vous m'entendez !!
- Vous savez, on entend tellement de choses de nos jours...
- Monsieur ! Je m'appelle Monique Liquide, pas Alexandre Savard !
- Alors où est Alexandre Savard ?
- Il est ici, juste derr...
Là-dessus, Monique s'interrompt. La place sur le sofa est vide, la place dans le salon est vide. Et comme pour souligner ce vide et cette absence de gens, et cette absence de chien irons-nous même jusqu'à dire, la porte d'entrée de l'appartement claque bruyamment. Monique Liquide se retourne vers elle : pas plus de trace de Savard que de berger allemand. Les deux, ivres de Tanqueray mal acquis, bras dessus bras dessous comme des compagnons de galère qui auraient gardé les moutons, trait les vaches et fêté le millénaire ensemble, ont quitté prestement les lieux, saouls comme des bourriques mais néanmoins vifs assez pour profiter de la chance. Ils sont partis, ils se sont tirés.
Ils sont partis aux danseuses...
à suivre...
Liens vers les épisodes déjà en ligne
Les Savardises: 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9,
10, 11, 12, 13, 14, 15, 16, 17, 18, 19, 20.
