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Exil au Rappazhistan : extrait #1

24 janvier 2007

Pendant que je répondais au message et que je ne m’en rendais pas compte, le printemps avait essayé de s'installer en faisant pleuvoir. Je regarde vers les nuages qui mouillassent encore un peu, et tordue vers le haut je m'estime chanceuse de ne pas être un chien blessé à qui l'on aurait mis un cornet élizabéthain autour du cou pour éviter qu'il ne ronge une blessure, et qui risque la mort par noyade chaque fois qu'il lève la tête vers des cieux orageux qui lancent sans vergogne des eaux dans son cône ajusté.

C’est en évitant les plaques de glace que je me rends à ma voiture. Il a verglacé au-dessus de la couche de neige au sol, et au-dessus des plaques de neige déblayées qui viennent de se découvrir un certain asphalte. Sur la glace noire, je fais des ice-capades jusqu’à mon véhicule; je m’y engouffre et starte le startaire. Damien habite à l’autre bout de la ville, mais il ne faut pas grand temps pour s’y rendre, cette ville n’étant pas bien grande et pourvue de surcroît d’une réserve de sel et d’un parc automobile suffisants pour déglacer en moins de deux, en moins que rien, en moins de temps qu’il n’en faut pour maudire (l’hiver) les grandes artères d'une ville toujours à moitié morte en morte saison. Une ville que personne ne sillonne jamais à pied par temps froid, par gros temps, par temps mauvais, tant nos concitoyens sont frileux.
Les artères de la ville : jamais bloquées; ou le sang ne coule pas bien-bien. Ou les gens ne se parlent pas sur les trottoirs... parce que, pour faire simple et faire logique, ils ne s'y croisent tout bonnement jamais. Où l’automobiliste ne peut même pas se distraire en roulant en trombe dans une flaque grosse pour arroser un piéton nul, un piéton con, parce que le piéton n’est juste pas là, il ne piétonne pas, il est tout juste chez lui à piétonner de long en large dans son long corridor, dans sa maison, en se demandant quoi faire de bon, quoi faire de moins con.
Et c’est justement ce que Damien faisait lorsque à sa sonnette je sonne, celle devant sa porte d’entrée, et qu’il ouvre, pour vérifier si elle s'ouvre encore, et pour me laisser entrer si je l’ose.

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