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L'essence

20 juillet 2006

Quand William Burroughs était au Maroc, complètement intoxiqué, il écrivait et lançait sur le sol chaque feuillet dûment rempli. Il a fallu que ses amis débarquent, qu'ils ramassent les papiers éparpillés et qu’ils tapent à la machine les écrits de Burroughs. Puis ils les firent éditer. Sans quoi, Burroughs ne l’aurait jamais fait, il n’était tout simplement pas en état de faire autre chose qu’écrire.
Nous sommes bien loin de l'état d'esprit et de l'état de conscience du vieux Bill, ici maintenant, quoi que la chaleur des dernières semaines n'a pas grand chose à envier à Tanger. Pour le temps que ça durera, ça tape fort. Je ne publie rien sur le web, parce que les gens ne lisent pas l'internet l'été. Ils sont occupés à acheter de l'essence.

Il y a des jours où j'ai envie de donner mon iBook à quelqu'un, avec tout ce qu'il y a d'écrit dedans, tous mes disques remplis de documents word et de laisser cette personne s'en occuper à ma place: trier le bon du mauvais, faire publier ce qui est publiable. Je sais que ça ne durerait pas deux jours, que le control-freak qui sommeille pas trop loin, au milieu de toute cette apathie présumée, referait surface et demanderait à récupérer son bien, à revoir lui-même, phrase par phrase et mot par mot des dizaines de fichiers, des pages et des pages.

Mardi, dans toute ma journée, j'ai prononcé deux phrases.

J’applique une vraie discipline, ce que je n’ai jamais véritablement fait avant, comme Hemmingway, sauf les électrochocs en moins. Je m'installe sur les terrasses, parfois il y a des gens qui viennent me distraire de mon travail, s'asseoir une heure. C'est bien la seule chose pour laquelle je montre une quelconque discipline ces jours-ci: me forcer à écrire, et le faire de manière cohérente en évitant les bouts de phrases éparpillés ici et là, travailler le même long texte et les mêmes fichiers word over and over again. Et ça fonctionne, c’est d’ailleurs la seule chose dans mon existence qui fonctionne actuellement. Donc, pour ceux qui m’appercevraient sur une terrasse, en plein soleil, sachez que je suis parfaitement heureux puisque la seule chose qui semble compter pour moi fonctionne. Évidemment, le loyer ne se paie pas. Mais il y a des livres qui s’écrivent, qui seront publiés, et dont la vente ne paiera pas les loyers dans le futur.

Si je ne publie pas beaucoup sur le web, c'est que j'essaie d'en sortir.

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