Les Savardises, épisode 17
Résumé de l'épisode précédent:
Entraîné par d'irrépressibles pulsions carnivores, Alexandre Savard a été intoxiqué par un repas douteux. Apparue au moment inopportun dans l'appartement du Centre-Sud où s'écroule Savard, Monique Liquide s'improvise infirmière. Elle essaie de lui administrer la cure au gros gin censée soulager son mal, mais elle doit évoluer entre un malade récalcitrant, amateur de discussions oiseuses, et un chien gigantesque qui rôde autour du moribond.

Alexandre Savard saute sur l’occasion :
« Qu’est-ce qui te dit que c’est la viande pour commencer?»
« Ça me semble évident!»
« Absolument pas. Ça peut être n’importe quoi!»
Monique a l’air tout sauf convaincue.
« Ça pourrait être les maukicour, tout le monde attrape ça» insiste Savard.
« C’est le steak.»
« Ce n’est pas le steak!»
« Quoi d’autre alors?»
« Le chien en a mangé aussi, du steak : est-ce qu’il a l’air malade? Non, il est tout à fait normal, bien portant...»
« Ça ne prouve rien, ce chien n’est pas normal justement! C’est un chien atomique! Tu te rappelles la fois où il a mangé les cigares aux choux?»
« Il a pas été malade, non. Mais on a senti ses conséquences gastriques pendant 3 jours!»
« Bof. Tu sais ce qu’on dit du chou...»
« La fois où il a mangé l’huile qui restait dans une casserole, il a été atomique, comme tu dis, cette fois là? Il a été aussi malade que n'importe qui»
« Ça ne prouve rien non plus! Qui n’aurait pas des nausées après avoir bu deux litres d’huile de canola! Toi peut-être?»
« Il a pas eu des nausées, il a eu la diarrhée!»
« Peu importe»
« L’huile m’a jamais donné la diarrhée!»
« Bon, écoute...»
« J’ai bu des litres d’huile de canola dans ma vie! Et je n’ai jamais eu la diarrhée, tu sauras!»
Monique Liquide s’écrase sur la table basse du salon, s’essuie le front, et décourage un peu. Sa main, du revers, va chercher le verre de Tanqueray, et, le saisissant, elle le balance sous le nez d’Alexandre Savard, dont la discussion et la fascination pornographique pour les débats inutiles la font transpirer plus que jamais.
« Quoi ?» demande-t-il en reprenant son souffle; et sa face exsangue ne l’est plus, rougie par l’effort et l’emportement.
« Bois! ... Faut que tu boives ça!»
Alexandre Savard regarde Monique Liquide d'un air drôle, baisse la tête vers le fond du verre, regarde sa soigneuse à nouveau.
« Il est vide, ton verre...»
Monique Liquide regarde le verre: vide, en effet. Les deux doigts d’alcool british auraient ainsi donc filé à l’anglaise? Elle regarde le verre, étonné, puis fronce les sourcils en direction d’Alexandre Savard.
Et enfin, en se retournant lentement, elle baisse les yeux sur le berger allemand, couché par terre, en rond de chien, haletant et souriant, des kilomètres de langue mouillée pourlèchant son museau roux.
à suivre...
Liens vers les épisodes déjà en ligne
Les Savardises: épisodes un, deux, trois, quatre, cinq, six, sept, huit, neuf, dix, onze, douze, treize, quatorze, quinze et seize.
Les Savardises devraient normalement être publiées chaque semaine, d'autant plus que l'auteur possède des tiroirs pleins d'épisodes déjà écrits, mais comme il est aussi assez pogne-cul, il ne peut pas vous promettre de publier ces épisodes avec régularité. Vos commentaires sur les aventures d'Alexandre Savard peuvent cependant le ramener à l'ordre. Et en ce qui concerne Alexandre Savard, le vrai, il paraîtrait qu'il fait beaucoup d'apparitions publiques ces temps-ci. Surveillez-le, il a même un t-shirt à son nom.
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