Lettre à Memphis #055
«Histoires de couchette»
(aka « The Norman Rockwell post »)
Chère correspondante,
J'ai des fantasmes où je passe des journées entières à marcher avec un laptop sur le dos et à parler à n'importe qui; à écrire écrire écrire sans pouvoir savoir pourquoi et sans pouvoir m'arrêter; et que tout ce qui sort du bout de mes doigts est immensément génial. Et que le monde est juste une grosse napkin que j'encre non stop pendant qu'un plat tiède refroidit et que le monde entier, incidemment, refroidit aussi. Incidemment.
J'ai des ambitions et des embryons que je promène sur une rue Ontario glacée, et au-delà aussi, sans savoir pourquoi. Non plus. Et sans savoir pourquoi, la forêt amazonienne perd des plumes doucement. Et les glaciers fondent. Paradoxalement.
Il y a des jours de congé où je starte une révolution de mon lit, avec sur mes genoux une machine qui tue les fascistes, et tout ce que je peux penser-à: c'est Biloxi Mississippi, puis le Tennessee encore. De l'herbe jaune et une canne à pêche. Avec la conviction joyeuse que le temps presse, mais que le temps viendra. En son temps.
