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Des élections et des pommes de terre

23 janvier 2006

La couverture spéciale rappaz.net de cette campagne électorale 2005-06 s'annonçait divertissante, début décembre. Mais elle a été abandonnée, victime de mon désintérêt. J'ai essayé, mais bon... la vie a repris ses droits et le rock and roll way of life aussi. Victime d'un désintérêt constant consistant, la chose électorale s'est vue ensevelie sous les chicanes du temps des Faites Fêtes avec la famiglia et autres disputes moins politiques.

J’avais quelques idées griffonnées quelque part, quelques photos glanées ici et là, que je n'ai pas scanné pour cause de déficiences techniques (pas de scanneur, et université fermée pour les Fêtes) et par paresse : Gilles Duceppe qui se cale un petit verre d'alcool dans une dégustation de bière, Jack Layton l'air un peu grotesque, photographié la bouche ouverte.
Suis-je suis le seul à avoir remarqué, mais Jah Clayton, notre big party animal néo-démocrate préféré (la télévision d'État avait en 2004, diffusé un extrait d'un Layton pompette rockant un karaoké) a passé la campagne éléctorale à se phaire fotographier la bouche grande ouverte ?

Monsieur le Président...
Mais le matin même du scrutin, monsieur le président, je vous fais une bafouille, parce que c'est jour d’élections fédérales dans ce beau et trop grand pays du Tim Horton’s, du sirop d’érable et de Wayne Gretzky.
Nostalgique, je me rappelle de ce pays lorsqu'il était, au-delà des débats sur l’indépendance du Québec et autres bleutées du genre, the real land of the free, free des néo-cons. Je me souviens d'un temps où, contrairement à ceux qui habitent au sud, on gardait toujours la religion out of my contrée.

Inscription sur un t-shirt aperçu en juin 2004:
«Voter conservateur, c'est con»

Au départ, je n’avais aucune intention d’aller voter, par manque d'intérêt, encore une fois, et aussi parce que, bien qu'il apparaisse sain de dissoudre en première moitié de mandat un gouvernement qui ne mérite pas d'exercer le pouvoir, je trouvais inutile et presque honteux de déclencher de nouvelles élections qui coûtent cher, qui emmerdent et qui, pensais-je comme beaucoup, allaient aboutir à des résultats à peu près semblables à ceux de juin 2004.
Et on s’est fait fourrer... parce qu’à un point, le vent a tourné, et un matin au dépanneur du coin, les Conservateurs se retrouvaient en avance sur la gazette du matin. D’ailleurs, encore une fois suis-je le seul à avoir remarqué ou bien paranoïe-je: jusqu'à quel point les médias ont-ils «donné» cette élection à Stephen Harper ? En l’espace de 48 heures, il paraissait évident, selon eux, qu'il devienne le prochain prime minister of Canaduh, et qu’on en était, quatorze ans et demi plus tard, enfin libéré des libéraux (seule, unique et dernière référence à Loco Locass dans l’histoire de rappaz.net, yo!)

Urne + Isoloir = Urinoirs
J’avais donc sincèrement l’intention de ne pas aller voter du tout le 23 janvier; ou encore d’inscrire mon propre nom, ou celui d'alexandresavard et cocher à côté. Ou encore manger mon bulletin de vote (bien que ce soit illégal) ou le déchirer, (bien que ça ne donne rien).
Il est 8h30 du matin les urinoirs de votation ne sont pas encore ouverts, j’ai congé aujourd’hui et n’ai aucune raison particulière de quitter ma cuisine. Il n'est pas dit que je n'y resterai pas.

«Moi je l'aime mon pays, je l'aime» (air connu)
Quand cinq saoulons me hurlent à quatre heures du matin, au coin Rachel et Papineau, que c’est tellement important d’aller voter... je n'achète pas ça, avec ou sans l'argent des contribuables. Je l'entends davantage comme une belle phrase propre qu'il sonne bien de répéter. Peter McLeod, ce grand communicateur, va vous le dire aussi, sûrement tout à l'heure dans le radio.
Le «peu-importe-pour-qui-vous-allez-voter, même-si-vous-annulez-votre-vote, l'important-c'est-d'y-aller»... ça ne me rentre pas dans la tête. J’ai exercé mon «devoir de citoyen», comme y disent tout le temps, à chacune des élections à laquelle j’ai eu le droit de vote dans ma vie, jamais je n'ai «annulé» mon vote... et je n’ai pas l’impression que ça a donné quelque chose.
Ça n’a pas empêché des années de radotages, de campagnes de peur, de commanditages et de boules de Noël (et de balles de golf!) avec un drapeau rouge et blanc dessus, sous prétexte de «défendre notre pays» et «préserver l’unité canadienne». Moi je m’en fous, quand je me lève le matin ou que je me couche le soir, ce n’est pas à l’unité canadienne que je pense. Vous ?

Surtout, l’argument qui veux que ce soit un devoir moral de voter aujourd'hui parce que j’ai la chance d’être né et de vivre dans un pays démocratique, doté d’élections libres et plus honnêtes que ceux qui les gagnent, n'a pas plus d'impact sur moi que l'argument qui m'obligerait à finir mes patates, sous prétexte qu’il y a des enfants pauvres en Afrique qui ne mangent pas à leur faim. Ça ne leur donne pas plus de patates que je finisse les miennes ou non. Des élections et des pommes de terre.

Si je comprends bien, je suis en train de vous dire: «à la prochaine fois» ?
Voici ce que je ferai la prochaine fois: je combats mon désintérêt . Que je le dise, que je le fasse ou pas, ça n'a vraiment guère d'importance. Mais si d'ici la prochaine fois vous vous en souvenez, prière de me rappeler mes promesses électorales à moi.

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