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Les Savardises (titre sujet à changement)
épisode 6

23 décembre 2005

Lorsque Alexandre Savard descend la rue, son lunch à la main, sa condensation suit le rythme de ses pas. Il marche vite, d’un air courbé, sans regarder devant lui.
C’est le presque hiver. Encore quelques semaines et tous les trottoirs seront à jamais disparus, pour des mois disparus, sous une glace noire.

Il arrive devant un chantier. Il s’arrête, et debout devant les larges grilles, il observe à travers les interstices tous ces bons travailleurs. Planté devant eux, il les regarde s’activer dans leur trou, leur très gros trou; et la clôture est pour Savard un rideau de fer. Alexandre Savard est peut-être un communiste, un communiste lesbien, un beatnik. Alexandre Savard peut être ce qu’il veut, et même ce que les autres veulent qu’il soit.
Souvent, il n’en a pas conscience, mais parfois il devient tellement lucide qu’il voit à travers les murs, voit à travers les vêtements. Voit à travers les barbes et les mensonges.

L’hiver s’entame et les hommes de la cité, ceux qui entourent Savard, se laissent pousser au menton un poil dru, abondant, désordonné, qui frise. Et lui, tout en tirant entre le pouce et l’index un des légers fils blonds qui lui pendent au menton, il se caresse l’importance en observant des grues mécaniques gratter un sol gelé, concasser le bitume, massacrer la rue.

Les hommes et les machines font du bruit, beaucoup de bruit; Alexandre Savard debout devant les hautes grilles, entouré par un très large écho, essaie de calfeutrer ses tympans, mais c'est le bruit dans sa tête qui l'empêche de se reposer.

« C’est comme Beyrouth ces jours-ci » se dit Savard en regardant le chantier et les tuyaux qui pointent hors du sol. Tout n’est que trous, fissures et douleur. Ses tympans brûlent à cause des martaux-piqueurs et les images des douze mois à venir rebondissent et cognent dur contre les parois de son crâne.

Savard voudrait être un Tonka. L'an prochain, il voudrait devenir un camion qui roule fort en grognant fort. Il veut faire du bruit et rouler des mécaniques.
Alexandre Savard voudrait être une mine anti-personnel, anéantir tout ce qui lui marche dessus.

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Alexandre Savard cherche à vivre et a besoin de vous. Avez-vous des suggestions pour ses prochaines aventures?

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Liens vers les autres épisodes

Les Savardises: épisodes un, deux, trois, quatre et cinq.

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