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Les Savardises (titre sujet à changement)
épisode 4

14 décembre 2005

Debout devant des portes closes, debout dans un tunnel, Alexandre Savard se fait sillonner la ligne deux, seize mètres sous terre.
Son air ahuri se reflète dans les portes closes, noires, du métro bleu, et il se fixe dans les yeux, s’enfonce dans ses pupilles. Ce qui compte, ce n’est pas d’où l’on vient, mais bien où l’on va. Alexandre Savard se répète un mantra qu’il est le seul à connaître.

Le train freine brusquement, projetant les passagers dans tous les sens. La main osseuse d’Alexandre Savard resserre son emprise sur la barre d’appui verticale. En un instant, les projectiles se déploient, prennent les airs. Dans le wagon, les corps s’empilent. Qui perd la page de son livre, qui voit son sudoku voler en éclats, les cases et les nombres s’éclatent. Alexandre Savard voit une jambe, puis une vieille dame voler derrière sa tête. Sur ses côtes, quelque chose cogne violemment. Cependant, sa main glacée s’agrippe à la barre d’appui : sa pogne est ferme et le reste de son corps ne remue pas. À peine un hochement de nuque, à peine s’italique t-il un peu pendant le freinement.

Immobilisé au centre du tunnel, le train a cessé de vibrer. Une odeur d’arachide monte aux nez. Le métro s’est immobilisé tout à fait; qui récupère sa jambe de bois, qui son sudoku, ses fausses dents, son signet, sa menue monnaie, son missel, son scapulaire, ses lunettes, son monocle, son iPod, sa vertu, son code da vinci.
Savard ayant senti une piqûre double dans son côté droit, regarde la dame en noir à sa droite, et s’excuse auprès d’elle pour avoir commis l’impair de heurter son flanc, durant le freinage brusque, contre les pointes de ses seins.

« Je m’excuse » rougit-il.
« Non non, c’est de ma faute, c’est moi »
« Ce n’est pas grave... »
« Le métro a freiné brusquement et... »
« Euh oui, j’ai vu... »
« Pardonnez-moi... c’est ma faute... »
« Non, non, j’étais dans votre chemin... »
« Pas du tout... »
« Mais si... »
« En fait... euh, j’veux dire, oui... vous l’étiez... mais... »
« Je m’en excuse mademoiselle... »
« ...vous m’avez empêchez de tomber... »
« euh... »
« ...et moi je vous fonce dedans »
« Ce n’est pas grave »

L’inconnue s’interrompt. De la paume de sa main droite elle tapote son vêtement, en essuie la poussière de sudoku. Toute cette poussière qui retombe tranquillement sur les passagers secoués... Elle étire le bras, l’avance vers la veste d’Alexandre Savard, mais elle bloque son mouvement et lève les yeux vers lui. Son bras retombe.

« Je m’excuse » dit-elle encore
« Oui oui. C’est correct.»

*****

Alexandre Savard reviendra régulièrement, pour vous, sur rappaz.net, dans de nouvelles aventures.
Que lui arrivera-t-il ? Des suggestions?

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Liens vers les autres épisodes

Les Savardises: épisodes un, deux et trois.

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