Lettre à Memphis #052
Chère correspondante, je ferai de vous des héros.
De toi Kim St-Pierre, je ferai une star, comme tu l’es, comme tu le mérites. Comme tu me surplomberas de ta hauteur. Et de Savard, je ferai l’idole d’une génération: ce sera notre boys band à nous, notre Joey McIntyre, notre Jordy, notre création de toutes pièces, notre supercherie. Il amusera toute une génération de lecteurs et attendrira toute une génération de lectrices. Il sera celui que l’on veut aimer, protéger, défendre bec et ongles; celui qu’on veut à la maison pour la fête des enfants, notre clown chantant, notre clown râlant, celui qui fait le mime de service dans les surprise-parties, pour le bonheur de tous. Celui qui pour toi est dans la pièce d’à côté, dans son loveshack. Celui qui est au-dessus de ma tête, celui qui me voisine d’en haut.
Nous lui inventerons des aventures qu’il ne connaît pas, qu’il ne se sait pas connaître. Tu taperas du pied sur les lames de ton plancher quand passera un bon gag, un bon punch, une trouvaille génialissime. Et alors moi en bas dans ma chambre, moi concentré, moi buveur de thé, je consentirai à lever les yeux de mon écran plein de mots. Sourire en coin je jetterai un regard rieur sur la blancheur de mon plafond, comme si je transperçais d'un regard éclairé le solide entre nos appartements pour aller voir jusqu'à ton ordinateur, parce que je t’entends taper sur ton sol la satisfaction de taper sur ton clavier les flashes qui mènent aux savardises de demain. Tout le monde l'adorera: Alexandre Savard sera notre Gilligan.
