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Les Savardises (titre sujet à changement)
épisode 1

15 novembre 2005

J’ai sorti un sandwich crasseux, froid, mouillé, imbibé de sauce, de substances molles, de légumes vieux et de fraîche de frigidaire. L'heure du souper.
Je me suis levé ce matin avec des maux de ventre insultants, résultat d’un mélange brillant de bahji et de bourbon, de baba ganoush, de nachos et de soupe aux pois. Explosif mélange cosmopolitain, absorbé en moins de seize heures, et ressorti dans les délais.
Asperger le mix à grandes rasades de root beer, voilà qui me semble décent dans ces circonstances. Les ingrédients se coordonnent bien avec le pétillant d'une boisson gazeuse, avec les piments chauds ça pique la langue et c’est mieux que d’attraper la scarlatine.

Je téléphone à Alexandre Savard, pour des motifs flous:

- Une p’tite Root Beer, Alexandre Savard ?
- Euh… non… pourquoi ?
- Je sais pas, je viens de m’apercevoir que ça faisait des années que je n’en avais pas bue. Et quand j’étais kid, j’en buvais tout le temps.
- Ah.
- Avec le temps, j’ai opté pour moins de «root», et plus de «beer».

Savard rit à s’en péter les côtes, et je lui raccroche là-dessus, je le laisse sur un punch, sur un élan, question de le planter là dans les sphères vertigineuses de l’hilarité. Je l'assassine, en quelque sorte.
Je l’imagine bien planté de tout son long dans sa cuisine, un combiné inerte dans sa main gauche, rigolant ferme. Puis il replace l'acoustique sur son socle en secouant sa tête; il s’assoit seul à sa table, face au mur, et en souriant se remémore les hauts faits, les faits saillants, les hauts moments de notre échange, tandis que son dîner Kraft crame doucement dans la poêle et le prive d’un repas substantiel qui lui aurait fait du bien.
Mais je l’ai diverti, je lui ai causé du bien à l’âme! Savard rit et retourne dans sa chambre, dans sa cellule du Centre-sud, dans son loveshack personnel, l’âme légère et le ventre très creux.

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