De la clarté
Miami, joli trou. Trois millions de whiskey-a-gogo, que je n'ai pas payé. Avec un vieux copain beauceron d'il y huit ans.
Il m’a surpris par derrière mercredi soir dernier alors que je rentrais à peine d’un guichet automatique et que je me dandinais vers le Korova, rempli de la hâte du buveur qui n’a pas encore commencé l’adon à son vice.
De l'autre côté de la rue, Alexandre Savard, à qui, les deux bras pointés vers le ciel, je gueule -et c'était fort à propos: «Alexandre Savard!!!»
Et pendant que je fais l'idiot, derrière moi j’entends l'interloquement:
«Mais c’est camarade Rappaz ?!!».
Dan m’appelait comme ça à l’époque. À l'été 1997, à l'époque où nous jeunassions innocemment près de la chaudière. Il trouvait que mon nom de famille faisait dissident russe, bien qu’il n’y ait ni en moi ni en la Chaudière la moindre goutte de russe.
Alors je hangais au Miami, joli trou, sur St-Laurent. Fermé la place, quelques verres offerts en souvenir d'il y a huit ans, que je sirotais en recollant les noms que Dan me nommait. Tout le monde semble avoir bien tourné, et moi donc. Et lui donc.
Lendemain matin, Centre-Sud, joli trou. Je suis levé d'un bond comme si j'avais une bouteille cassée au cul. Mes idées sont tellement claires... et limpides... et transparentes, comme un Jameson cheap à deux dollars soixante-quinze qui se cognerait aux parois de mon sarvo.
