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«Wake me up when september ends»
(chapitre III)

14 septembre 2005

III

J’avais trouvé l’idée digne d’intérêt, parce qu’elle permettait un certain jusqu’au-boutisme. S’asseoir, se forcer à pousser ses limites jusqu’à ce qu’elles demandent pardon – tout en sachant bien que l’on est forcé à rien.
Exacerber ses angoisses, les exciter –mais alors les exciter vraiment, pas seulement les titiller- jusqu’à en devenir complètement fou, pétrifié, seul au monde que l’calice. Essayer, à toute heure du jour ou de la nuit, de devenir insane, morceau par morceau, section par section. Névroser par petits bouts, au milieu des activités de la vie courante. Névroser au travail, névroser en vacances. Névrosé à la plage, névrosé à la montagne, névrosé au zoo… Juste capoter, se tendre tous les muscles du corps dans une non-plaisante kind of oué; s’exorbiter les yeux, s’accélérer indûment le rythme cardiaque.

Il y a de ces jours, de ces semaines, où l’on se demande ce qui pourra bien nous rendre bien portants, calmes et reposés.
Et on ne voit rien. Rien, pas de réponse. Pas de tisane, d’alcool fort, de bain moussant, de sac magique, d’anti-flogistine pour la motherfucking âme, pas de musique divine, pas d’amitié assez forte, d’étreinte assez chaude ou d’orgasme assez volumineux pour nous détendre et nous ramener à de meilleures dispositions face à l’univers et à l’entreprise à laquelle il nous a greffé.

Inévitablement, lorsque l’impossibilité à accéder au repos s’impose à nous comme un fait inéluctable, succède la question terrible : dois-je renoncer à chercher le repos ou, pour aspirer à ce repos tant espéré, dois-je voyager au bout de l’angoisse et des peurs irrationnelles ?

Ta névrose te précède alors partout. Elle t’attend au bureau pour savoir si tu arrives à l’heure. Elle a déjà bu sa première tasse de café lorsque pieds-nus tu te décrottes à peine les yeux dans l’embrasure du salon. Elle a les deux pieds sur ton sofa et tapotes la télécommande dans la paume de sa main lorsque tu rentres le soir.
Lorsque tu seras étendu sur le dos, dans l’obscurité, à ne point fermer l’œil et à entendre hululer les pneus qui crissent dans la ville, elle prendra le thé au plafond de ta chambre; et tandis que tu la fixeras, elle te fixera aussi, elle fixera tes yeux hagards, débordants de sommeil, en savourant chaque gorgée de son infusion comme si, avide, c’était ta peur qu’elle buvait.

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