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Le bonheur est Saint-Jean-sur-Richelieu
(extrait 2)

24 mars 2005

«Pourquoi le bonheur est Saint-Jean-sur-Richelieu ? Je ne sais pas moi.
C'est une partie du bonheur, quelques bribes de bonheur. Le bonheur n'est jamais que fragmentaire; et divisible. Tu ne peux accéder qu'à des morceaux de bonheur, les empiler. Essayer de réduire les interstices entre chacun de tes morceaux.

Sinon, ce serait le bonheur tout le temps. Et à ce moment là, ce ne serait plus le bonheur. Ce serait la plénitude. Ça existe probablement. Mais plutôt loin. Quelque part en Chine, un coin de la Chine où il y a des montagnes, je dirais.
Il se pourrait que le bonheur complet ait déjà existé, il y a deux mille ans, sous la dynastie des Qin, mais les individus qui le connaissaient étaient plutôt discrets à ce sujet, et leurs témoignages, à supposer qu'ils aient existé, ont aujourd'hui disparu.

Sinon, le bonheur brille en bas du trottoir, avec les vieux mégots. Le bonheur ce sont les grains de sable et de poussière qui se baladent avec la neige fondue et qui descendent le cours du ruisseau que tu vois, quand tu sors de ta maison.
Le bonheur est un législateur qui n'a pas le temps, ou pas envie, de faire son travail, et d'ordonner que l'on soit toujours heureux.

Le bonheur, ce sont des Converse tout neufs qui débrillent au soleil. C'est passer sa langue contre une aisselle sucrée. C'est regarder un banc et voir une terrasse. Regarder un pantalon et voir une jupe. Regarder un genou, et voir deux seins. Regarder passer une fourmi, et voir l'humanité au complet se dérouler sous ses yeux. Regarder une termitière et voir une pyramide. Regarder sa main et voir un tableau. Regarder son pouce droit et voir chaque aéroport dans chaque pays du monde, même ceux où les gens sont supposément pas fins, supposément nos ennemis or something like that, la Corée du Nord, l'Iran, le Pays-Roux, l'Alberta, je sais pas. Ouvrir son porte-feuille, chercher en vain un gros billet, puis lever les yeux, s'aveugler avec le soleil et s'apercevoir que tout le monde est en train de rire, et toi le premier.»

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