Caféinopathes (extrait)
Aux environs du millénaire et aux environs d'une pièce remplie de fils, de cables, d’écrans, de rubans et d’ordinateurs géants, habitait une photocopieuse. J’avais insinué que cette machine était l’invention du Malin, qui la contrôlait, mais personne, incluant moi-même, ne m’avait cru.
Aujourd'hui, je réalise comme tous ces gens, autrefois, étaient méchants, comment leur oeuvre était (et est encore aujourd'hui, à ce qu'il parait) oeuvre de méchanceté. Je m'en veux d'y avoir participé et j'aimerais encore mieux aujourd'hui n'y avoir jamais participé. Même si cela aurait signifié pour moi le perpétuel transfert, tasse après tasses, d'un liquide bouillant à un récipient de carton, liquides brun dans une paper cup; même si cela aurait signifié l'inexistance de certaines amitiés que j’ai rencontré au long de cette route, certaines oasis, certains ravitaillements dans le champ de bataille hostile sur lequel j’évoluais.
Je m'en veux d'avoir participé à cette oeuvre vaine, cette oeuvre inutile de méchanceté, même si je n'y ai pris part qu'à titre eXpérimental, à titre d'eXpériment dans ma propre vie. Mais j’étais un maillon, même mineur, de cette chaîne. J'ai fait rejaillir l'oeuvre de méchanceté sur autrui. Autrui, alors, continue l'oeuvre de méchanceté et le cours suit son cycle, vice-versa, puis autrui viole mes amies dans des chambres d'hôtel.
Près d'une pièce verrouillée, remplie de machines énormes, d'engrenages, d'ordinateurs, de filage et de bobines, dormait une photocopieuse. Et il m'arriva de tenter de convaincre mon entourage de l'époque que dans cette machine résidait l'oeuvre du malin. En vérité, le malin ne se trouvait pas dans la photocopieuse, circa 2000.
«I promise to commit no acts of violence
Be it physical or otherwise
If things come alive»
(Interpol, Not Even Jail, 2004).
