Un testament pour rien du tout
Je m'ennuie moi-même. Je fais des jeux de mots que j'estime malhabiles. Comment considérer autrement que malhabile la bouillie qui est régurgitée ici chaque semaine ? Des exercices, voilà ce que je répète constamment, comme pour m'en excuser. Des terrains de pratique pour la grande oeuvre qui, peut-être, n'arrivera pas. Entre temps, je rature, tourne pages après pages et je bâtis un testament pour rien du tout. Les notes manuscrites, les paragraphes dignes (selon ma propre auto-critique, narcissique comme ça ne devrait pas être permis) d'intérêt, les carnets rouges qui ne se comptent plus, les chroniques (du smog ou autres), les textes de cent quarante pages que je ne me rappelle même plus avoir écrit (je devais être en train de me faire bringuebaler dans un bus, quelque part près d'un poste d'essence à Querétaro), les documents imprimés en petits caractères pour sauver du papier, brochés ensemble, parfois assortis de pages-titre, de dates pour mémoire ou de noms de lieux... J'aimerais être assis et écrire, ne faire que ça de toute la journée: écrire, écrire, écrire... N'est-ce pas pourtant ce que je fais, ce matin, à l'abri de la pseudo-tempête de neige, des individus qui dorment, ronflent et squattent chez moi ou dans le parc en face, à l'abri des téléphones, des sonnettes de porte, des interruptions et des déja-vus ? N'est-ce pas ce que je fais, les paupières lourdes d'un mauvais sommeil de trois heures, subséquent à une cuite rapide au désolant Peel Pub, à me faire photographier avec des alcooliques, let's go Yankees, socialiser avec Bloomberg (Pensylvannia) was in the motherfuckin' house; et Larry Robinson aussi.
Écrire. Il n'y a pas de grève ici; il n'y a pas de bon sommeil; il n'y a pas assez de temps, et il n'y a pas assez de talent peut-être, mais qu'importe, composons un testament pour personne.
