L'escabeau (un roman...)
Septième partie.
Joël s'éveillait pour aller travailler au chantier, reniant toutes les règles de logique établies depuis des siècles. L'odeur de bougie fraîchement éteinte lui emplissait l'haleine. C'était comme si une agréable cire chaude suintait de ses gencives.
Le putois avait décroché un emploi au chantier quatre ans plus tôt. Il avait alors abandonné son poste dans une usine de peroxyde pour ce nouveau travail qui le satisfaisait pleinement.
Les vapeurs de peroxyde, qui, pendant cinq ans, cinq mois et cinq jours, lui avaient empli les sinus et attaqué le cerveau, le dégoûtèrent à jamais de ce liquide désinfectant, à un point tel que la moindre éraflure le jettait désormais dans un terrifiant état de panique qui lui faisait pousser les cris de putois les plus perçants. D'autant plus que le sang, rouge sur son pelage violet, déroute les normes les plus élémentaires d'esthétique.
Ces légères blessures qui effraient tant Joël sont le seul point de discorde entre l'animal et Georges. Ce dernier ne compte d'ailleurs plus les plaintes formulées par son ancienne voisine, importunée maintes et maintes fois par le vacarme causé par le coloré animal.
Au reste, Joël était un paisible compagnon, qui occupait la majeure partie de son existence à travailler à la sueur de son front. Dans ses rares temps libres, il s'avérait un causeur fort agréable bien que ses propos, affectés par les émanations de peroxyde, semblaient particulièrement loufoques aux oreilles des non-initiés.
À suivre...
(Liens vers les parties un, deux, trois, quatre, cinq et six).
