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06 septembre 2004

Comme disait Labrèche à une autre époque: «Tout d'abord, des nouvelles... de moi ! »

Non. Tout d'abord des nouvelles de Benn. Il vient de se remettre d'un trouble gastrique qui l'a fait excréter liquide et restituer par l'avant les épis chipés aux ancêtres dans une récente épluchette de quartier. Le tapis violet du salon a été durement atteint. Il a écopé, et repose croûté sur la balustrade du balcon arrière.

J'ai passé les dix derniers jours à nauséabonder dans le même sens, à faire tourner des pensées circulaires. Ça roule, ça donne le tournis. Ma tête, un lavoir, idées séchées par culbutage.
Je rôde, question de filtrer la confusion, les pensées circulaires. Je claustrophobise et évite le dedans. Je multiplie les sorties.
Sortie pour un acheter un thé vert, sortie pour promener le chien, sortie pour gamasiner.
Sortir parce qu'il y a une invasion de guêpes dans mon appartement, elles viennent crever dans mes plantes. Sans compter les saloperies de mouches qui volent en carré dans mon salon. J'attends toujours les moustiquaires, et je songe à lancer maintenant une fatwa contre Gaylord Landlord, notre propriétaire.

Sortir parce que le vacarme matinal des ouvriers, à l'extérieur, m'empêche de dormir tard, et leurs pelles mécaniques m'amènent lentement mais sûrement à la psychose si je ne fuis pas le quartier. Vacarme des ouvriers qui ont creusé un cratère. Les chutes Amherst. Un canyon. Vendredi, ça causait un embouteillage de voitures. Depuis, un embouteillage de p'tits vieux, qui s'installent autour des clôtures de métal pour observer les bon travailleurs qui bontravaillent dans le canyon.
À la nuit tombée, les passants jettent les clôtures par terre, et je me réveille. Mieux: un individu hurle: «Appellez la police! » à trois heures du matin. L'écho se répercute, me réveille une nouvelle fois. Sous mes fenêtres, le connard est debout sur une voiture, tandis qu'un autre type, dans la rue, devant le véhicule, le menace calmement: «J'te laisse tranquille, man, mais un jour j'va t'revoir dans rue. Pi tu vas en manger une crisse ».
Le belliqueux s'en va, et moi, en boxers dans mon appartement, je regarde de haut l'autre individu qui reste monté sur la voiture comme un idiot, pendant dix minutes.

Le soir, je mélange alcool et médicaments contre les allergies. Je ne le ferai plus: c'était ma période Fat Elvis. J'étais si saoul, si confusé, qu'il m'a fallu promener le chien une heure et demie de temps pour reprendre mes sens et enfin aller me coucher.

Le jour, je rôde près des hôtels de passe, pas tant pour voir les putes que pour voir celle qui habite près des hôtels de putes. Celle qui sort ses vidanges lorsque je passe devant ses portes, les vidanges de son ex, qu'elle a toutes sorties puisque je ne la vois plus sortir.

Je fais des listes de choses à faire. Aussi banales que sortir mes propres ordures, passer l'aspirateur, décrotter le tapis violet. Aussi banales que remettre ma vie sur les rails, planifier mon entrée à l'université, écrire le grand livre de l'impossibilité de communiquer. Planifier mon mariage avec une future qui ne le sait même pas.

Je prépare soigneusement mes cassages de gueule avec la conscience de celui qui sait qu'il va peut-être se la casser, mais qui néanmoins avance vers ses buts, dans le brouillard, sans savoir où se trouve le mur contre lequel il se pètera les dents, sans savoir où se trouve le mur qui, si ça se trouve, n'existe pas.

Tâchons d'éviter le mur; et d'ici là, évitons le canyon.

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