Se plaindre est-il un sport olympique ?
«Le Canada crie au vol», titre le distingué Journal de Montréal ce matin, après que le gymnaste canadien Kyle Shewfelt ait raté un podium aux Jeux Olympiques d'Athènes.
Shewfelt aurait brillamment réussi les deux sauts qu'il devait accomplir à la compétition du cheval-sautoir, mais Marian Dragulescu, un Roumain qui est tombé en pleine face à son deuxième saut, a quand même obtenu de meilleurs notes des juges, qui lui permirent de se classer troisième, reléguant Shewfelt en quatrième position et le privant d'une médaille de bronze.
Je ne regarde pas les Olympiques, n'ai pas vu la compétition qui défraie les manchettes ce matin, et m'abstiendrai par conséquent de la commenter. Néanmoins, je me permets quelques observations, que je vous jette en vrac. Faites-en ce que vous voulez. Libre à vous de me dire que je suis de mauvaise foi, si vous estimez que je le suis effectivement.
À chaque olympiade, le Canada ne remporte presque pas de médailles, ou moins que prévu. Les médias -qui pourtant n'ont pratiquement pas accordé d'intérêt aux athlètes canadiens dans les quatre années précédentes- s'offusquent, s'insurgent devant la honte qui ne manquera pas de rejaillir sur chacun de nous, puis critiquent le gouvernement pour un financement du sport amateur jugé insuffisant.
Puis, comme pour s'échapper de ces sempiternels sujets, le Canada, se trouve mêlé dans une controverse ou un scandale quelconque, sur lequel les médias locaux s'empressent de se jeter. J'ignore d'ailleurs si à l'étranger on porte un quelconque intérêt à nos histoires, comme celle du gymnaste Shewfelt cette semaine.
En 1992, aux Jeux d'été de Barcelone, Sylvie Fréchette se fait voler sa médaille par une juge brésilienne confuse qui enfonce les mauvaises touches de son clavier lorsque vient le temps de noter la nageuse. À Salt Lake City, en 2002, les patineurs artistiques Jamie Sale et David Pelletier sont victimes de magouille et de collusion. Ils n'obtiennent pas la médaille d'Or qu'ils semblaient mériter.
Et bien sûr, en 1988 à Séoul, le sprinter Ben Johnson, «l'homme le plus rapide du monde», est disqualifié pour dopage après avoir remporté l'Or aux 100 mètres, et fracassé le record mondial.
Dernière observation: aucun soupçon de dopage ne pèse jamais sur aucun athlète canadien. Jamais on n'oserait douter de Bruny Surin ou Nicolas Macrozonaris, qu'ils gagnent ou qu'ils perdent. Et si par malheur l'un des nôtres se fait prendre, on s'empresse de clamer que, si Carl Lewis avait été Canadien et Ben Johnson américain, c'est Lewis qui aurait été disqualifié...
Au lieu d'être chiants à l'année longue comme les Français et les Italiens, le chauvinisme canadian ne ressort-il donc qu'à tous les quatre ans, pour les Jeux Olympiques ?
Ailleurs, si l'on est pas Russe, Américain ou Chinois, si l'on appartient à un pays qui, comme le Canaduh, ne domine pas outrageusement le tableau des médaillés, faire scandale des titres ratés est-il aussi une habitude ?
