La vie facile
Je ne m'interdis aucune nouvelle rencontre dans le but de trouver un jour la bonne personne.
Ce serait le constat qu'il me faudrait tirer si je n'usais tant de mon désabusement et de mon incapacité à aimer comme moteur de mes vagabondages quotidiens, comme fondement de ma doctrine, essence de mon credo.
Pour simplifier, disons que je me préserve de l'erreur. Je poursuis ma route en tâtonnant et en manipulant ce que la vie place à ma portée, à la recherche de l'Unique. Et si je ne devais trouver, comme mon désabusement m'ordonne de le penser, j'aurai toujours, dans l'intervalle qui sépare mon début de ma fin, tâtonné et manipulé autrui. D'une manière ou d'une autre, on en sort gagnant pendant son existence.
Manipulations ou pas, j'aurai surtout été entouré de personnes extraordinaires. D'une manière ou d'une autre, on finit par mourir de toute façon.
Restons donc disponibles. Pour chaque nouvelle rencontre.
Cela réussira peut-être un jour ou l'autre. Et si ultimement je ne déniche pas l'Unique, je pourrai toujours me dire que je ne cherchais pas réellement, que dans le fond je n'y croyais pas.
Ce qui, par conséquent, me préserve de l'erreur, me garde de l'échec.
Je m'étends en hypothèses, mais je ne crois pas en fait chercher qui que ce soit. Je ne crois pas chercher l'Unique et attendre de la reconnaître à son passage, pas plus que je ne souhaite aujourd'hui reconnaître l'Unique qui est déjà passée et que j'ai retenue il y a longtemps. Déjà tellement longtemps que j'en ai oublié comment c'était. J'oublie beaucoup. Je cherchais à l'époque et j'ai cru avoir trouvé. Cru avoir trouvé l'occasion de mettre un terme aux recherches harassantes ?
Disons que pendant que plusieurs cherchent, mes disciples et moi oublions de chercher. J'oublie beaucoup. J'ai l'oubli facile, l'oubli commode.
Oubli facile pour une vie facile.
