Se faire sonner les cloches
Vers quatorze heures, j'ouvre la porte de l'immeuble, la franchit puis m'engage dans les escaliers. J'ouï un sonnerie lointaine. Non, cette fois ça ne vient pas de ma tête. Le bruit d'ailleurs s'amplifie à mesure que j'approche de l'appartement de ma sympathique voisine du second.
Je me dis qu'elle est sortie, que son réveil-matin s'est déclenché durant son absence et qu'évidemment il n'y a personne pour l'arrêter. Ma voisine doit posséder un de ces vieux modèles de réveil-matin, ceux qui font beaucoup de bruit et qu'on balance dans le mur dans les dessins animés du samedi matin ou sur l'heure du souper, pendant le temps des Fêtes, quand la télé nous repasse les mêmes vieux Bugs Bunny.
Mais je dépasse maintenant l'appartement de ma charmante voisine du dessous et me rend compte, tandis que j'entreprends, intrigué, l'ascension du dernier escalier de l'immeuble, menant jusqu'au pas de ma porte, que le bruit persiste, s'amplifie, devient de plus en plus agressant... et parait maintenant originer de ma propre demeure.
J'entre chez moi. C'est la carillon de ma sonnette qui fait ce vacarme. Le bouton de la sonnette, en bas, dans la rue, doit être resté enfoncé suite au passage de quelque visiteur, ou du propriétaire (ce qui est plausible, puisque c'est le premier du mois). Je descends donc les trois étages. À l'instant précis où j'arrive sur le palier de l'immeuble, le bruit, en haut dans ma cuisine, cesse sur le champ.
Je soupire, fait demi-tour et remonte vers chez moi.
Cinq minutes plus tard, occupé à évacuer mon goudron sauvage, je sursaute en entendant à nouveau ce carillon enroué qui se déclenche à nouveau et n'arrête plus ! Je sors de l'appartement le plus rapidement qu'il m'est possible, descends une fois de plus les escaliers, et appuie frénétiquement sur le bouton de la sonnette que je crois bloquée. Rien n'y fait: deux étages au-dessus, l'insupportable bruit ne veut pas cesser.
Maintenant, je m'impatiente. Puisque le bouton de la sonnette semble fonctionner normalement, le problème se situe dans le transformateur, placé au haut d'un des murs de ma cuisine.

Mettant en application ma logique légendaire, utilisant toute la mesure dont je fais habituellement preuve dans la moindre de mes actions, je cours quérir un marteau, tends le bras, vise quelque part dans la cloche.
Je rate en beauté le coin inférieur droit. Voilà un trou dans le mur, de quatre centimètres de diamètre environ, d'une rondeur admirable. Superbe orifice. Dommage qu'il n'aie pas été situé plus bas, c'eut été des plus pratiques les jours de grande solitude.
Je prends un deuxième élan, puis un troisième. Cette fois, ces deux coups judicieusement placés éloignent suffisament le petit marteau métallique de la cloche qu'il cognait furieusement, causant cette assourdissante sonnerie enrouée.
Plus de bruit.
Plus de sonnette non plus.
