Le quartier est en feu (The quarter's on fire)
Ça recommence à picoler dans les environs, maintenant qu'est terminée l'ère glacière annuelle de cette vaste contrée, et que l'eau d'érable a conclu son déversement printanier.
La sève («le fruit de nos entailles ») s'est exportée des entrailles de son arbre jusqu'aux chaudières ornementales qui peuplent le fond de nos bois, puis de la chaudière est passée à la canisse hermétiquement fermée puis exportée tout de go en Australie.
Nous sommes tous fiers de notre patrie quand le tandou résurrecte, que les ivrognes de mon quartier dégèlent et les junkies beaucoup moins.
La trappe à B.S. de la rue Ontario (entre Amherst et Saint-Timothée) accueuille de nouveau, depuis le début du mois, quelques colorés personnages, qui savent ramener à la mode l'indémodable king can de bière cheap et le petit sac brun. C'est tout proche du dépanneur, donc plus pratique pour retourner le contenant vide et récupérer ses vingt cents de dépot.
C'est plus propre aussi, pas de déchets par terre, à part quelques humains, et le bureau d'arrondissement de Ville-Marie, encore membré*, vous en remercie.
Cet après-midi, sur Saint-Christophe, un vieillard titubant cachait mal derrière son dos une bouteille de vin blanc, dans son gésier vidée comme vache qui pisse.
Humectant sporadiquement ses entrailles, le poivrot s'excitait un peu, enguirlandait avec grand soin chaque personne croisant sa route.
Ce qui n'eut l'air d'offusquer personne puisque personne ne le comprenait, à part peut-être le cuisinier de la crêperie, qui émergea de ses terrasses pour inviter l'indésirable à indésirer plus loin.
Lorsqu'il fera trente degrés Celsius, j'investirai Hochelaga-Maisonneuve et vous déverserai mon rapport, vous roterai mes conclusions.
* oui, tu dois être québécois(e) pour comprendre la putain d'allusion... désolé...
