La Sainte-Flanelle ressuscitée

La frénésie des éliminatoires était de passage en ville pour la première fois en dix ans.
Un péquenot à la dent unique communiait le regard vide et le coeur solitaire, assis à sa place habituelle près de la caisse enregistreuse du Marché Amherst, face au téléviseur qui diffusait le grand match.
Sur la rue Ontario, près de Saint-Timothée, se lamentant entre deux lampées de vin de messe, une silhouette indistincte titube dans la trappe à B.S., lieu de pélerinage qui sent le calvaire et la bière renversée.
Cependant le dépanneur voisin regorge d'enthousiasme. Une faune pittoresque s'est agglutinée pour ne rien manquer de l'affrontement ultime. Ceci est mon corps, mutilé pendant 7 matchs. Ceci est ma bouteille de Gatorade, prenez et buvez-en tous.
Le pointage est toujours de 0-0 en ce début de troisième période.
Le commis me remet distraitement mes vingt-cinq cents, Théodore sort audacieusement à la droite de ses filets, et à ma gauche un Chinois pieux lâche un «Calisse » empreint de dévotion.
En vérité je vous le dit, cette nuit là, avant que la sirène qui marque la fin de ce septième match n'ait chanté dans l'enceinte du Fleet Center de Boston, le Tricolore aura marqué deux fois.
Dégagé des ténèbres par Kovalev, le disque apparait devant le filet pour Zednik à 10 minutes 52 secondes du dernier engagement. Andrew Raycroft, pourquoi regardais-tu la paille dans la visière de ton défenseur et non pas la rondelle dans ton propre filet ?
À quelques secondes de la fin, Zednik enfoncera le dernier clou en poussant dans un filet désert l'auréole de caoutchouc traversée en zone neutre par Koivu le miraculé.
En vérité je vous le dit, cette nuit là, c'est de l'est que la rumeur me parvint, par la porte ouverte de ma galerie arrière et jusqu'à mon humble logis. Les clameurs entonnées depuis Hochelaga-Maisonneuve m'annoncèrent le retour des Glorieux, et l'élimination des Bruins de Boston, par quatre victoires contre trois.

