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L'enrhumé solitaire

17 avril 2004

Je suis au lit. J'entends les cloches sonner, au loin, vers l'est. Si j'avais la méningite, je serais déjà mort.

J'ai mal aux jambes. Voilà une heure que je me suis couché. Je n'ai pas dormi, quoi que j'y sois presque arrivé à quelques reprises.

Je me suis d'abord interrogé au sujet de la température ambiante. Dans la chambre. J'avais froid lorsque je me suis glissé sous les draps. Était-il prudent de monter le chauffage ? Avais-je froid parce que je suis fiévreux ou parce qu'il faisait simplement froid dans la pièce ?
Et si c'est la fièvre qui me fait grelotter, la température de mon corps est donc légèrement supérieure à la normale, par conséquent il n'est pas souhaitable de surchauffer la chambre.

Mon corps me fait mal. Je ressens mon corps. Je touche mes cuisses endolories. Je sens qu'elles existent. Je ressens l'existence de membres inférieurs.

Je détourne mon attention de mes jambes, pour me concentrer à présent sur mes migraines et sur ma nuque, endolorie elle aussi. Est-ce la méningite ?
Si ce l'était, mon état se serait sans doute détérioré beaucoup plus rapidement, et, si ça se trouve, je n'aurais même pas connu cette journée.
Je me rappelle aussi qu'une personne frappée par la méningite souffre de nausées et de vomissements. Or, je n'ai pas de vomissements.

Pas encore.

Mes yeux sont fermés. Je rabats mes cheveux sur mon front, devant mes paupières closes, pour me protéger de la lumière du dehors, qui entre dans la chambre, à travers le mince rideau bleu, blanc et rouge qui orne la fenêtre.
Il fait noir.
Je fixe le revers de mes paupières en tentant de discerner le chemin, le couloir de la mort, où je me précipite à l'instant même.
Je ne distingue guère le chemin. Pas du tout même...
Où vais-je ?

J'ouvre les yeux. Je suis un mourant plutôt en forme.

Je songe à ce que ce serait d'avoir un autre être humain couché ici, à mes côtés. Mes pensées, du coup, se déchastent, s'impurisent. Il n'y a rien là de bien scandaleux, rien pour écrire à sa mère, qui d'ailleurs s'en balance, rien non plus pour activer le filtre parental de son lecteur DVD cérébral, mais ce nouvel ordre de pensées me fait dériver de la sensation de mes propres membres inférieurs endoloris, de ma gorge brûlante, de ma langue pâteuse.

Je me sens mieux.

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