Matinée
La gloire matinale me tire du lit ce matin à neuf heures. La journée aurait pu débuter par une tragédie innomable: m'aventurant à l'extérieur encore tout ensommeillé, j'évitai de justesse le gros camion, facilement identifiable, de Monette et Frères Transport.
J'amorce par la rue Sainte-Catherine la nécéssaire tournée des Dollorama, nécéssaire car il faut bien retaper un peu mon taudis, confortable mais négligé, avant de changer de coloc...
Ensuite je passe faire des copies de copies de copies à la boutique de copies. Le Chinois m'accueille en héros et j'utilise sa photocopieuse distraitement en regardant les pigeons picorer dans une gerbe, déposée aux premières heures de la journée dans la ruelle Labrecque, à côté du pub Yer Mad, quelque part entre un vieux gant en latex tout sale et une enveloppe de seringue, élément familier du décor de ce quartier.
Le printemps est l'époque où, après un trop long hiver, la saison du rôdage intensif reprend son cours. Professionnel ou amateur, le vagabond en chacun de nous se risque plus volontiers à l'extérieur.
Je me surprends depuis deux jours à reconnaître des gens un peu partout. Au dépanneur, jeudi, on m'offre de la bière pour pas un rond, et vendredi je déjeune gratis dans un resto du coin !
Même en achetant une brosse à toilettes et quatre rouleaux de P.Q., dans un autre dollar store, sur Ontario, tout à l'heure, je croise un (joli) visage familier.
Je pourrais être vaguement embarassé de mes achats, mais que celui qui n'a jamais été aux chiottes me lance la première pierre.
