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Ill communication (1)

11 janvier 2004

CUERNAVACA (MORELOS) -
Dans la portion piétonnière de la rue Las Casas, je tirai une chaise devant la table (branlante) d'un des bistrots animés qui sont légion sur cette toute petite place publique, et je commandai deux bières Sol.

Pour être honnête et précis: je n'en commandai même pas une.
Je regardai bêtement ce très grand type avec un tablier, le serveur, et je prononçai: «Sol », sans même prendre la peine de placer «cerveza de...» juste avant cette syllabe.

Je dus répéter deux fois, car le serveur ne comprit pas immédiatement ma demande.
Lui aussi articula quelque chose que je ne compris pas.
Même en français, je n'aurais pas compris, cette rue étant fort bruyante. Qui plus est, à l'intérieur de ce bistrot dont j'occupais la terrasse, un chansonnier mexicain braillait en s'accompagnant à la guitare.

Le serveur, donc, émit un son. Il prononça une phrase complète que non seulement je ne compris pas, mais que je n'essayai pas même de déchiffrer.
Et justifier mon attitude par le simple fait que la rue piétonnière Fray Bartolome de las Casas est animée et bruyante à 23 heures un samedi soir serait de mauvaise foi.

Le fait est que je n'éprouve plus le désir de comprendre ce que l'on essaie de me dire dans cette langue étrangère.

Le serveur revint avec deux Sol plutôt qu'une, probablement parce que c'était ce que l'on nomme ici: la hora feliz.
En déposant devant moi les deux bouteilles, le serveur émit encore...
Distraitement, j'entedis «mesa » (table) et je fis le lien à partir de ce mot que je connais, car je voyais bien que cette table en métal était bancale et que tout risquait de foutre le camp, ce dont ce serveur me prévenait.

Cependant, là encore, je n'éprouvai pas le désir de comprendre. Je ne cherchai pas à déstructurer la phrase qui venait de m'être adressée, à y identifier les liens présents entre les mots que je reconnais, ces liens qui me manquent pour construire une phrase complète en espagnol.

Rentrons à Montréal et écrivons un grand livre sur l'impossibilité de communiquer.

Le serveur, quelques minutes après, posa devant moi, sans mot dire, un bol de chips généreusement arrosées de picante, qui risquait moins de foutre le camp que les bouteilles.
Je grignotai quelques chips. La première des bouteilles de cerveza était encore pleine aux deux tiers.

Je me levai, sans jetter par terre la mesa branlante, je traversai la foule, plus dense à mesure que l'on avance vers l'angle des avenues Galeana et Hidalgo en passant devant toutes les terrasses. Je suis rentré à l'hôtel.

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