This ain't no holiday
Je me sentais particulièrement mal, après quatre longues heures à fouiller mon passé, entre deux crises aiguës d'éternuements.
De 22 heures hier soir à 2 heures ce matin, je demeurai enfermé dans une seule et même pièce, où je m'affairai à emballer l'essentiel de mes possessions matérielles.
A prime abord, le travail ne semblait pas si fastidieux, puisque j'ai peu de choses, et qu'à peu près rien n'a été déballé depuis mon déménagement, en juillet. Cependant, la plupart des boîtes sont endommagées, déchirées, mal en point. Je crains qu'elles ne tiennent pas le coup.
Par conséquent, l'idée est de regrouper mes effets personnels dans de petites boîtes, seules choses que la dive Société des Alcools m'ait fourni dans les deux derniers mois. De petites boîtes faciles à transporter, puisque je ne possède pas de voiture et que je prévois les amener, à pied, dans un endroit sûr, à quelques rues de mon taudis.
Ce travail, recommencé des dizaines de fois depuis que j'ai quitté le domicile familial, me déprime à tous les coups, et réveille le malaise de n'être jamais confortable nulle part, de n'être jamais totalement bien en un endroit.
Et moi d'emballer, de déballer, de remballer, d'éternuer.
Et moi de voir défiler sous mes yeux chaque étape de ma vie, et moi de jeter des trucs, et moi de ne pas jeter d'autres trucs, et moi de déprimer vaguement, et moi de moucher mon nez toutes les trente secondes...
Au bout de quatre heures, je me mis à divaguer pour de bon.
Essuyant la morve qui pendait de mon appendice nasal, je songeai que, si je ne devais jamais revenir de ce Mexique où je vagabonderai sous peu, ce que j'emballe cette nuit, ce qui se trouve dans ces misérables cartons, ne ferait que témoigner de la pauvreté de l'héritage que je lèguerai sur cette Terre.
Eventuellement, je voulu chasser ce cafard et sortis pour une brève ballade dans le quartier tout humide d'une averse que je n'avais pas vu passer. Je me débrumai l'esprit et me débouchai les deux narines par la même occasion.
